Mobilité : Priorité à l'économie: bluff ou réalité?

Mobilité : Priorité à l'économie: bluff ou réalité?

Concertation Pour les participants au Grenelle des mobilités, priorité doit être donnée aux transports liés à l'activité économique. Un discours qui séduit les représentants consulaires, qui attendent désormais des actes concrets.

Priorité à l'économie. C'est la conclusion que les participants au Grenelle des mobilités ont souhaité donner à leurs travaux, qui se sont achevés au début de l'été après 6 mois de concertation. Alain Cougrand, qui représentait la CCI, avait donc le sourire lors de la conférence de presse de restitution, le 10juillet: «J'étais assez suspicieux au départ. Mais ma première surprise a été de voir émerger l'économie comme priorité. Tout le monde s'est rendu compte que sans développement économique, il ne pouvait y avoir d'emploi. Ma seconde surprise a été de constater la nécessité d'accroître l'attractivité de Bordeaux. Malgré tout ce qu'on dit, il est difficile d'attirer les entreprises sans les infrastructures adéquates».




«Volonté de trouver des accords»

Il revenait à Jean-Marc Offner, chef d'orchestre du Grenelle de mobilités en tant que directeur de l'agence d'urbanisme A'urba, de présenter de la façon la plus neutre possible le résultat des travaux des "grenellistes". «Nous avons réussi à faire travailler ensemble des personnes aux sensibilités différentes. Et nous avons constaté la volonté de trouver des accords. Le mythe du tapis volant, où l'on se déplace toujours plus vite, a vécu (...). Les "grenellistes" estiment que tous les flux ne se valent pas. Priorité doit être donnée aux transports liés à l'activité économique».




Pierre d'achoppement: le grand contournement

Un participant au Grenelle en convient: «entre les accros au vélo et à la patinette, les fonctionnaires et les universitaires, les représentants de l'économie ont parfois eu du mal à faire valoir la réalité. Il a fallu beaucoup discuter pour arriver à mettre dans la synthèse écrite certains sujets». Ainsi du grand contournement autoroutier, qui ne figurait pas dans le document initial. Pierre Goguet, président de la CCI de Bordeaux, a dû se fendre d'un coup de fil à Jean-Marc Offner, pour lui faire part de sa stupéfaction. Finalement, la synthèse du Grenelle des mobilités contient 20 principes d'action -et 18 mesures principales ? où le grand contournement n'est pas oublié. Un chapitre lui est consacré, même s'il est assez flou pour n'engager sur rien. Et on comprend à quel point la synthèse a pu être difficile à rédiger quand on entend, à quelques minutes d'intervalles, s'exprimer Alain Cougrand («On ne fera pas l'économie d'une réflexion sur les infrastructures») et Jean-Louis Bergey, directeur régional de l'Ademe («Un grand ou un petit contournement ne réglera pas le problème, au contraire, il constituera un apport de déplacements»). Tous les participants au Grenelle des mobilités reconnaissent l'utilité de la démarche. Et souhaitent être associés aux décisions qui en découleront. Car il revient désormais aux politiques de se saisir de leurs travaux.




Remise officielle aux élus en octobre

La synthèse sera remise aux élus en octobre lors de la Coopérative métropolitaine. Qu'en retiendront-ils? Certaines mesures concrètes proposées par les "grenellistes", comme la création d'un schéma directeur d'accessibilité logistique, une régulation d'accès à la rocade (pass électronique, péage...), la mise en place de contrats employeurs-salariés-collectivités... Ou bien profiteront-ils du verbiage qui caractérise certains chapitres pour faire avancer leurs projets tout en se revendiquant du Grenelle?




«Synthèse trop flou»

«La concertation initiée par le Grenelle a été une très bonne chose, estime Nicole Pizzamiglia, élue à la CCI et présidente de l'atelier "grands déplacements" lors du Grenelle. Mais la synthèse est trop floue: on y trouve tout et rien». Encore quelques mois de patience pour savoir si, au-delà des annonces sur la priorité à donner à l'économie, les entrepreneurs se sont réellement fait entendre.