Depuis deux ou trois ans, elles ont rejoint le champ lexical des politiques, des acteurs économiques, des spécialistes de l'entreprise. Les ETI- pour entreprises de taille intermédiaire- sont citées à tout-va. Elles sont aussi et surtout érigées comme l'exemple à suivre pour un pays- la France- en mal de compétitivité. Remède à tous nos maux face à une Allemagne qui en compterait deux fois plus. Pourquoi autant de louanges? Parce que cet échelon intermédiaire entre les PME et les grands groupes (cf. en savoir plus) présenterait plusieurs vertus: capacité à exporter, à investir en R&D et propension à une gestion plus souple que les grands groupes. Mais combien sont-elles et qui sont-elles vraiment? La Direction générale de la compétitivité de l'industrie et des services en recense 4.600 en France, sur un total de 2,8 millions d'entreprises en 2007, pour un effectif de 3 millions de salariés. Elle écarte toutefois les 1.400appartenant à un groupe dont la société mère est située à l'étranger, parce qu'«on ne dispose que d'une information limitée sur cette société mère» et parce qu'elles ont «des caractéristiques différentes» (une proportion d'export nettement plus élevée notamment). En local, les statistiques sont plus difficiles à trouver. Si certaines régions, comme la Bretagne, ont déjà réalisé un recensement précis de leurs ETI, avec une liste de noms à l'appui, en Midi-Pyrénées, il n'existe pas de tel listing «officiel». Chacun s'accorde toutefois sur la pertinence de considérer ETI et PME de croissance (dites «pépites») avec un même oeil. «Pour moi, jusqu'à 800-900 personnes, on est une grosse PME. Et les ETI ont des problématiques qui sont proches de celles des PME, notamment en matière de financement», juge Laurent de Calbiac, directeur d'Oseo Midi-Pyrénées.
La problématique des fonds propres
«Globalement, ce sont des entreprises qui ne se plaignent pas trop d'avoir des difficultés d'accès au crédit, indique Yvon Malard, président du comité Midi-Pyrénées de la Fédération bancaire française. Par contre, leur volume de fonds propres est parfois insuffisant, ce qui les rend plus vulnérables quand la situation économique et financière se dégrade.» Même constat pour Philippe Lambert, directeur régional de la Caisse des dépôts: «Si l'on veut que des PME deviennent des ETI, il faut agir sur leur haut de bilan. Des solutions existent- toutes réunies au sein de la plate-forme d'orientation financière des PME, créée il y a trois- mais il nous faut estimer les besoins réels des entreprises. Nous y travaillons avec les acteurs locaux.» Parmi eux, la Banque de France qui va commencer, avant l'été, une série d'entretiens avec les ETI pour mieux connaître leurs contours. «Nous avons défini plusieurs thèmes: le niveau et la localisation de l'activité, le recours à la sous-traitance, les délais de paiement, les opérations de croissance externe, le niveau de fonds propres, les sources de financement, l'accès au financement obligataire, l'importance et la nature des investissements productifs, la grandeur des budgets R&D, etc.», détaille Pascal Robert, chargé de mission auprès de la direction régionale de la Banque de France. Une publication est attendue avant la fin d'année.
Des référents «ETI-pépites» au sein de la Direccte
Côté Région, un dispositif baptisé «Croissance PME» vient d'être lancé en faveur des PME industrielles régionales susceptibles de franchir, à court ou moyen terme, un seuil de développement important (cf. interview de Bernard Raynaud ci-dessous). Il complète l'action menée par la Direccte depuis avril 2011. Après une expérimentation dans plusieurs régions, le ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie a décidé de généraliser la mise à disposition d'un référent pour certaines ETI et PME de croissance. «Nous avons identifié une cinquantaine de "pépites" et autant d'ETI avec des problématiques particulières- embauches, export, etc.- sur lesquelles nous pouvons les aider», explique Olivier Renne, correspondant régional de l'opération au sein de la Direccte Midi-Pyrénées. Les entreprises qui ont intégré le dispositif ont désormais un interlocuteur privilégié au sein de la Direccte, avec qui elles doivent avoir un contact régulier. «Nous faisons un point sur la situation avec le chef d'entreprise et, en fonction de ses besoins, nous l'orientons vers le bon interlocuteur au sein de l'administration, facilitons ses démarches et suivons l'avancée de son dossier.» Parmi les points soulevés, le financement bien sûr mais aussi l'accueil de stagiaires étrangers, les relations entre donneurs d'ordres et sous-traitants, etc. Des problématiques que connaît bien Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse et dirigeant de IGE-XAO, qui rentre dans la catégorie ETI. «En matière de financement, d'international, d'innovation et surtout de fiscalité, il faut des outils spécifiques pour nos PME et ETI créatrices de valeur et d'emploi. Beaucoup de choses existent déjà mais on peut aller plus loin», conclut-il.
Souvent citées en exemple, les désormais fameuses ETI seraient le modèle à suivre pour sortir la France de sa mauvaise passe. Mais qui sont-elles vraiment? Quels sont leurs besoins, leurs forces, leurs faiblesses? Enquête en région.