Le Havre
Michel Segain : « Prendre la 1ère place sur le range nord européen ou jouer en 3e division »
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Michel Segain : « Prendre la 1ère place sur le range nord européen ou jouer en 3e division »

L'Union Maritime et Portuaire du Havre ( Umep) a célébré le 18 mars dernier le 40e anniversaire de sa création. Son président Michel Segain souhaite un port ambitieux qui tutoie les sommets en Europe.

Vous êtes aux commandes depuis six mois. Quelles sont les grandes lignes de votre stratégie ?
La crise économique et la concurrence accrue nous contraignent à agir encore plus rapidement du fait des enjeux majeurs auxquels nous sommes confrontés. Pour le port Havre, il s'agit de prendre la première place sur le range nord européen ou de jouer en troisième division. Avec toutes les conséquences que cela implique, notamment en termes d'emplois. Nous sommes à une croisée des chemins. Soit nous prenons celui du déclin. Soit nous empruntons celui de l'ambition menant aux fondations du port du futur, dont la construction et l'aboutissement fera rayonner notre Ville et notre Région. Face à la concurrence des ports du Nord, les professionnels havrais doivent fournir à leurs clients les meilleurs outils et installations. Notre port doit accéder à la dimension XXL pour pouvoir continuer à recevoir les navires de nouvelle génération, mais également ceux de taille intermédiaire, et s'ouvrir à nouveau au conventionnel. Nous devons faire pression sur les Pouvoirs Publics pour que les délais de mise en place des différentes commissions missionnées par l'État soient aussi rapides que dans les autres pays de l'Union Européenne. D'accord pour des enquêtes de qualité et dans le respect des normes. Mais il faut accélérer le processus.

Le contexte dans lequel s'exerce l'activité portuaire doit-il encore évoluer ?
Nous demandons instamment une véritable politique maritime et portuaire pour la France avec un changement de méthode dans la gestion des ports et des transports. Nous voulons un ministre des Transports et nous souhaitons voir ce vœu porté et relayé par nos politiques eu égard au poids économique représenté par notre Fédération. Pour satisfaire nos ambitions, il faut nécessairement être accompagné par une véritable politique maritime nationale avec une organisation portuaire française fondée sur deux grands axes : Manche-Atlantique - Axe Seine, dont Le Havre serait le leader ; Méditerranée, où Marseille-Fos jouerait ce rôle. Ce qui permettrait de réorganiser les dessertes terrestres sur ces deux axes entre les différents ports français et de disposer d'infrastructures rationnelles. Nous sommes en faveur d'une participation accrue des Régions dans nos ports. Mais pas d'une régionalisation rampante qui serait éminemment destructrice. Les Grands Ports Maritimes doivent rester sous l'égide de l'État, tout en laissant une place plus importante au secteur privé, notamment le droit à partager les ambitions du Plan Stratégique.

Comment envisagez-vous l'avenir du Terminal Multimodal du Havre ?
Le Terminal Multimodal trouvera sa vocation dès lors que les volumes auront augmenté. Pour y parvenir, il faut une véritable politique ferroviaire en faveur du transport de marchandises. Nous nous impliquons pour l'électrification du tronçon Serqueux-Gisors, un projet datant d'il y a vingt-cinq ans et pour lequel l'enquête publique ne fait que démarrer. Le réseau ferroviaire français est calamiteux. Si la branche transport n'intéresse plus l'État, qu'il la vende à des sociétés qui savent faire. Arrêtons l'acharnement thérapeutique. C'est au Chef de l'État de trancher pour que la France ait un réseau ferré digne de ce nom. En matière de transport fluvial, le Conseil d'administration de l'UMEP a voté à l'unanimité le 14 mars dernier en faveur de la réalisation la plus rapide possible de la chatière à Port 2000 qui permettra le transbordement direct des conteneurs avec les navires de ligne et d'éviter ainsi les ruptures de charge supplémentaires. Et donc le surcoût logistique que personne n'est en capacité d'absorber.

Toujours sans Canal Seine-Nord-Europe ?
Sept milliards pour construire 107 km de canal n'est pas acceptable, lorsque nous connaissons les infrastructures maritimes et portuaires qui sont à terminer et celles qui permettent de construire port havrais du futur, permettant d'accueillir les navires de nouvelle génération XXL.

On se concentre donc sur l'Axe Seine ?
La complémentarité des ports de Paris ? Rouen ? Le Havre donne sa réalité au concept de l'Axe Seine. C'est pourquoi nous venons d'unir nos trois entités patronales pour former une Fédération des Communautés Portuaires de l'Axe Seine (FCPAS) dans le but de peser sur les décisions prises par les Collectivités locales, l'État, et l'Europe. La FCPAS qui devrait voir le jour dans le courant du mois d'avril constituera un ensemble pesant pas moins de 60.000 salariés.

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