Michel Delpuech : Formation, migrants, le Préfet répond à Laurent Wauquiez
Interview # Politique économique

Michel Delpuech : Formation, migrants, le Préfet répond à Laurent Wauquiez

Michel Delpuech, préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes accueille aujourd'hui dans différents points de la région 751 migrants venus de Calais. Il y a quelques jours, le représentant de l'Eta revenait, pour le Journal des Entreprises, sur les polémiques déclenchées par le président de Région Laurent Wauquiez à l'encontre de plusieurs décisions gouvernementales, dont l'arrivée des migrants. Interview.

Le Journal des Entreprises : Le président (Les Républicains) de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez s’oppose parfois, au sein de son territoire, aux décisions gouvernementales : le Plan formation ou encore l’accueil de migrants. Interprétez-vous ces postions comme une forme de défi à l’autorité de l’Etat ?

Michel Delpuech : Concernant le Plan formation, je dispose de 101 millions d’euros, mobilisés via Pôle Emploi pour financer un peu plus de 33 000 formations supplémentaires. On a déjà dépassé 50 000 formations prescrites par Pôle Emploi, nous atteindrons ici en Région notre objectif soit presque 65 000 formations dispensées à la fin de l’année. Auxquelles s’ajouteront les 15 000 liées aux crédits accordés par l’exécutif régional du mandat précédent. Je regrette néanmoins la position de Laurent Wauquiez.

Pour quelles raisons ?

M.D. : Parce que, dans la réparation des compétences, l’Etat, responsable de la politique de l’emploi, a confié par la loi NoTRE des responsabilités importantes aux régions dans le domaine de l’orientation et de la formation professionnelle. D’autre part les derniers textes législatifs ont mis en place une gouvernance quadripartite de ces sujets. C’est-à-dire que siègent autour de la table l’Etat, la Région et les partenaires sociaux, employeurs et syndicats. Il existe une instance, le Crefop (Comité régional de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles, NDLR), lieu de pilotage et de reporting de l’ensemble de ces politiques. Je souligne que, lorsqu’on est devant le Crefop, on parle des sujets qui sont sur la table.

On aurait pu aisément, sur le plan des 500 000 formations supplémentaires pour les demandeurs d’emploi tel qu’il a été cadré au niveau national, écouter les attentes, les observations voire les propositions de la Région. Mais dans la mesure où elle dit « je n’en suis pas » je mets en œuvre le plan sans elle, entre l’Etat et les partenaires sociaux.

À mon avis la région a manqué une occasion de peser sur des choix. Car on ne peut pas dire « il s’agit d’un mauvais plan » et vouloir peser et en être. Du coup je ne confie pas le pilotage de ce plan au Crefop, et je le regrette. Car ce plan fonctionne. Nous sommes à près de 60% de demandeurs d’emploi qui à l’issue de ces formations trouvent un emploi.

Quant au sujet des migrants ?

M.D. : Revenons à l’essentiel : quels sont ces sujets, et quels sont les domaines de compétences de la région ? Concernant les migrants, la région n’a, en l’occurrence, aucune compétence. S’agissant de ce dossier précis, une telle la prise de position est un coup de canif porté au pacte républicain. Cette décision de répartition des migrants de Calais sur l’ensemble du territoire, prioritaire pour le gouvernement, est éminemment républicaine puisqu’il s’agit de mettre fin à une situation inacceptable sur le plan humanitaire pour les migrants et pour les Calaisiens. Il s’agit de trouver des réponses qui font appel à la solidarité et à l’intelligence, tout simplement. Les postures politiques sont traitées au sein du débat politique et ne remettront pas en cause mon action au service de la concrétisation de la politique de l’Etat. J’observe cependant que ces paroles ou postures sont un peu moins audibles ces dernières semaines, car j’ai le sentiment que cela a créé plus de gêne que d’adhésion.

Nous approchons du terme du mandat de François Hollande. Parmi les mesures phare de son quinquennat, le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) avait pour objectif de redonner aux entreprises des marges de manœuvres pour investir, embaucher. Quels en sont les effets sur le territoire ?

M.D. : Le CICE mobilisé en Auvergne-Rhône-Alpes représente plus de 1,7 milliard d’euros, à la fin de l’année on aura dépassé 2 milliards d’euros, avec 70 000 entreprises bénéficiaires. Il existe trois mécanismes, restitutions crédit et déductions. Pour les deux premières mesures, il s’agit de trésorerie pure laissée dans les caisses des entreprises, qui atteint 1 milliard sur les 1,7 milliards mobilisés. Les 700 millions d’euros ce sont les créances des grandes entreprises qui s’étalent sur trois ans. Le rapport rendu en septembre par France Stratégie montre que le CICE a un effet sur les marges des entreprises, qui ensuite investissent, développent leurs activités et créent de l’emploi.
Autre mesure : Embauche PME, 100.000ème contrat a été signé la semaine dernière dans la Région. Ce dispositif exonère de charge les salaires inférieurs à 1,3 fois le SMIC. Une mesure intéressante pour les TPE et PME. Dans l’Hexagone on devrait atteindre 1 million de contrats à la fin de l’année.

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