Après le Pacifique, où frappera le prochain tsunami ? En attendant, la PME Mesuris surfe sur sa vague. Avec deux chantiers, l'un mobilisant plusieurs milliers de personnes au port de Colombo au Sri Lanka, l'autre qui va démarrer à Açu au Brésil, à quelques centaines de kilomètres au nord de Rio. Mesuris n'emploie qu'une dizaine de personnes à Saint-Philibert. Mais l'entreprise est pourtant en situation de quasi-monopole mondial sur son marché. Grace à son système Posibloc, Mesuris permet en effet aux grutiers de mieux manipuler les énormes blocs de béton destinés à ériger les digues. Évitant ainsi le recours à des équipes de plongeurs, très risqué lorsqu'il s'agit de manipuler des masses de béton de 40 tonnes. D'autant que sur certains chantiers, en Corée du Sud par exemple, des manipulations devaient être réalisées jusqu'à une profondeur de 30 mètres. «Le système fonctionne dans n'importe quelles conditions et garantit une production beaucoup plus élevéeet régulière», explique le directeur technique Thierry Mouquet, fils du fondateur Alain Mouquet. «Il permet d'aller deux fois plus vite, quatre fois même si on considère qu'il autorise le travail de nuit.»
Gain de deux à trois mois
Au final, le gain de temps peut être de deux à trois mois par rapport à un chantier classique. Une économie non négligeable pour les promoteurs de ces ouvrages, qui doivent calculer en kilomètres de digues et en millions de dollars de budget, avec 30.000 à 80.000 blocs posés. «Lorsque sur une période de dix heures, les plongeurs installent 50 blocs, nous montons jusqu'à 100 blocs, voire 160 si on travaille avec deux équipes, ce qui n'est pas possible avec les plongeurs», précise Alain Mouquet, gérant de l'entreprise. «Notre savoir faire est unique. Un concurrent potentiel comme le britannique Coda devra se contenter d'une technologie Sonar, qui ne fonctionne pas bien à proximité des bulles de surface et nécessite quand même le recours à un plongeur.» La précision reste de mise, les blocs doivent être savamment emboîtés pour éviter qu'une lame de fond plus forte que les autres ne fasse s'écrouler l'assemblage. Un vrai jeu de mikado. «Mais inversé», glisse Laurent Guennoc, responsable commercial. Les boîtiers de mesure Posibloc sont directement accrochés sur les blocs de béton puis détachés une fois l'élément calé à sa juste place.
Vendu jusqu'à 300.000euros
En fonction de l'importance du chantier, Mesuris vend sa solution 200.000euros à 300.000euros. «Un montant dérisoire par rapport au prix d'une grue», signale Alain Mouquet. L'activité a de l'avenir. La tendance aux crues brutales peut toucher tous les littoraux du monde. Le tsunami de dix mètres qui vient de déferler sur les côtés nippones en constitue l'illustration la plus récente. Certes, crise oblige, la part de l'export dans le chiffre d'affaires de Mesuris est passée de 70% à 50% sur le dernier exercice. La petite entreprise familiale a pourtant récemment refusé une offre de rachat, s'estimant sous-estimée. Convaincue de son potentiel
, Mesuris est déterminée à faire fructifier elle-même ses activités.
Mesuris
(Saint-Philibert) Gérant: Alain Mouquet Chiffre d'affaires 2010: 1,2million d'euros Effectifs: 8 personnes Tél.: 02 97 30 01 55.