Patrice Heintz, fondateur de l'agence de communication sensible Médiations
La centrale de Fessenheim a connu un incident début septembre. Dans ce cas, quelle est la priorité en matière de communication ? Il faut adopter une grille de lecture en trois points : quel est le risque humain, quel est le risque environnemental et enfin quel est le risque matériel ? C'est la règle de l'impact. Dès lors qu'il y a un risque humain, même minime, il faut se manifester rapidement auprès des médias, ouvrir un canal de communication pour éviter la suspicion. C'est d'autant plus vrai qu'il s'agit ici d'une centrale nucléaire, dans le contexte politique que l'on connaît.
Justement, le déferlement médiatique est inévitable, comment se gère-t-il ?
Un, on ne cache rien ; deux, on se rend disponible ; trois, on fait le gros dos. Et si l'on ne peut, dans l'instant, expliquer ce qui s'est passé, on prend quand même la parole pour expliquer comment on réagit. Si la procédure veut que 50 pompiers viennent sur le site, il faut le dire. Si vous êtes confronté à une crise, vous ne pourrez pas empêcher l'histoire de se raconter par le biais de salariés, syndicats ou élus locaux. Dès lors, prenez aussi la parole.
Le nucléaire est une industrie à part. Les industriels "classiques" sont-ils à l'abri d'un tel emballement ?
C'est vrai que l'on est dans un contexte surexposé. Mais les entreprises ne sont pas à l'abri du tourbillon médiatique. Je me souviens de cet industriel de la vallée de Schirmeck, il y a quelques années. Contraint de procéder à un plan social, il avait proposé des reclassements, parce que la loi l'y oblige, dans son site de Roumanie. Passée inaperçue, cette information a fait la Une un an plus tard. Pourquoi ? Parce que l'on était entré en période d'élections européennes et que se posait la question des disparités sociales entre les pays. Il a donc servi d'illustration "à l'insu de son plein gré". Il faut être prêt à affronter ces situations, en termes d'organisation humaine et de communication interne et externe.
- TROIS QUESTIONS À