Le modèle est très courant au sein de la technopole de Sophia Antipolis : les ESN, entreprises de service numérique, recrutent des collaborateurs qu’elles placent chez des clients. Meli Consulting, elle, ne recrute et ne place que des femmes.
"Des profils très diversifiés, précise Nathalie Chiurulla, sa fondatrice et dirigeante. De l’ingénieure qui sort de l’école, à la personne qui ne se sent pas bien dans son entreprise, à des profils en reconversion ou des seniors qui ont envie de changer d’environnement." Data engineers, project managers, développeuses… en deux ans d’exercice, elle en a ainsi recruté une douzaine - qui évoluent chez Amadeus ou Thales pour ne citer que ces entreprises - et voudrait en compter une vingtaine d’ici fin 2025, "au moins une quinzaine, l’année étant compliquée".
Si les femmes sont encore sous-représentées dans la tech, souvent considérée comme un terrain de jeu plutôt masculin, il est une seconde problématique qui vient se greffer : une femme sur deux quitte le secteur après 35 ans. Si attirer des talents féminins est donc un sujet de longue date, les retenir en est devenu un à part entière.
Des directions plus féminines
Un sujet dont Nathalie Chiurulla a voulu se saisir en créant son entreprise en 2023. Ingénieur de formation, elle l’a touché du doigt dès ses études de mécanique, avant de finir par se heurter au célèbre "plafond de verre". "La tech, j’ai toujours adoré ça, raconte-t-elle. À 6 ans, je demandais des revues scientifiques, je suis passionnée. Mais je voyais bien que même en étant devenue directrice générale, je n’avais pas le droit de choisir ma responsable RH, parce que j’avais choisi celle qui n’était pas suffisamment jolie ! " Remarques déplacées, sexistes, inégalités de traitement… elle finit elle aussi par vouloir changer de voie. Mais elle n’est finalement pas partie bien loin, s’offrant finalement un autre rôle, voire une mission.
Pour la construire avant de se lancer, elle a interviewé une centaine de femmes pour comprendre ce qui les avait attirées dans ce milieu, ce qui les avait fait fuir ou au contraire, ce qui les avait fait rester. "Pour moi, la seule façon de changer les choses est que nous soyons plus nombreuses. En plus de celles qui partent, quand on sait qu’il n’y en a que 16 % qui sortent des écoles scientifiques en France, mathématiquement, la parité est impossible au sein des directions. Or, tout part de la direction. S’il y a plus de femmes, le changement pourrait se faire à plus grande échelle. Il faut déjà avoir plus de rôles modèles." Les employées peuvent alors en effet se projeter plus facilement, envisager des évolutions de carrière.
Acquérir un autre type de compétences
Pour accompagner au mieux celles qui pourraient ainsi changer la donne, Nathalie Chiurulla leur propose aussi une formation aux "soft skills", ces compétences liées au savoir-être. "Celles qui ont quitté le secteur étaient peut-être tombées au mauvais endroit, concède sans mal la dirigeante. Néanmoins, il y a des choses qui peuvent être travaillées, car parmi les raisons qui poussent aussi au départ, il y a aussi une certaine frustration liée en fait à des mécanismes culturels, d’éducation. Cela se voit par exemple dans le rapport à l’argent. Dans les très grandes équipes que j’ai gérées, les collaborateurs qui venaient demander des augmentations étaient toujours des hommes. Autre exemple, les femmes ont tendance, surtout au début, à tout faire bien pour obtenir les meilleurs résultats, et pour autant, quand elles y arrivent, elles ne progressent pas. Ce n’est pas forcément parce que vous êtes une femme mais parce qu’un homme quand il remporte un contrat ou gagne une affaire, il le fait savoir à la terre entière. À sa façon, on peut aussi le faire. Cela s’apprend." Même si cela implique parfois de devoir forcer sa nature.