Comment s'est déroulée la fusion des Medef de Haute et Basse Normandie ?
Ca a été un challenge de réunir les deux régions. Je parlerai d'un consensus nécessaire entre les acteurs pour trouver la solution optimale. Nous avons abouti le 29 janvier dernier avec mon élection. Mais la fusion est longue en matière juridique et elle n'a été finalisée que le 11 mars. Celle-ci place notre siège à Honfleur dans nos statuts afin d'être à la croisée des chemins de l'ensemble du territoire normand. Je tiens à souligner l'engagement de François Quettier, président du Medef de Haute-Normandie, architecte de cette fusion et qui a porté le projet.
Quel est le moteur de votre engagement pour le Medef au niveau régional ?
Je crois que le développement de nos entreprises passe avant tout par l'export et l'innovation. Quel est le poids de deux petites régions à l'échelle nationale, européenne et internationale ? Je voyage beaucoup pour mon entreprise, Olvea, dans les pays anglo-saxons et ça n'a pas de sens de dire Haute ou Basse Normandie. A contrario, la marque Normandie est un atout extraordinaire et une grande région commence à avoir des budgets intéressants. Ceci dit, même réunifiée, la région est encore en dessous de la taille critique d'un « Länder » allemand. Personnellement, cet engagement vient à un moment où mon entreprise connaît un très fort développement et où après quinze ans d'engagement exclusif pour mon entreprise j'ai à coeur de faire partager mon expérience, une certaine vision de l'entrepreneuriat avec la volonté d'être utile. L'un de mes objectifs est de faire de la pédagogie auprès des collectivités territoriales pour les inciter à accompagner les entreprises sur quatre axes de développement stratégiques : l'export, l'innovation, l'investissement humain et matériel et en 2015, le développement durable dont notre territoire devrait bénéficier et qui sera un outil de différenciation dans une concurrence internationale de plus en plus féroce.
Quels seront les chantiers prioritaires du Medef Normandie ?
Ils seront menés à travers sept commissions. La commission Infrastructures sera notamment en charge de la question de l'aéroport régional, un sujet très important et qui montre des signes positifs au-delà des rivalités politiques. Cette commission traitera aussi des questions ferroviaires, routières et portuaires ainsi que de l'infrastructure de demain, le numérique. Une commission Logement s'attaquera au problème du déficit chronique de logements et à celui des entreprises du Bâtiment en grandes difficultés. Il faut trouver des solutions pour faire se rencontrer l'offre et la demande. Des rencontres sont à venir avec les représentants des fédérations du Bâtiment. Parmi les autres commissions sera installée celle des Mandats, car nous avons besoin d'une expertise pour bien connaître les enjeux. La commission Communication sera en charge de la pédagogie économique et sociale envers les élus locaux et parlementaires. Nous avons un grand chantier en matière de Formation et d'enseignement, c'est pourquoi trois permanents y sont dédiés. Il faut développer les partenariats école-entreprise et créer des ponts entre enseignants, étudiants, professeurs et le monde de l'entreprise. Une commission Économie
analysera les grands indicateurs économiques et sociaux afin de tirer des enseignements pour nous permettre d'être force de proposition. Enfin, nous disposerons d'une commission Éthique.
La réforme du dialogue social avance et Manuel Valls parle de facteur de performance pour les entreprises. Qu'en pense le Medef ?
Il y a d'abord eu échec de la négociation avec les partenaires sociaux sur ce thème du dialogue social. La grande difficulté des négociations avec les partenaires sociaux c'est que les syndicats ne représentent aujourd'hui que 5 % des actifs. On peut se poser la question de la bonne représentativité de la population active. Idéalement, un collège d'employés avec une forte représentativité permettrait la facilitation du dialogue social. Ainsi, dans mon entreprise, je suis convaincu que 80 % de mes collaborateurs seraient sûrement favorables à un assouplissement du droit du travail Mais, il y a un diktat des centrales syndicales. Il faut faire évoluer ça.
Quels sont les autres chantiers prioritaires du Medef ?
Les seuils sociaux car c'est une problématique qui tue la possibilité de créer des emplois. La flexibilité en général avec notamment l'adaptation du temps de travail à la charge de l'entreprise et l'adaptation des effectifs de manière plus simple, quand c'est nécessaire pour la pérennité de l'entreprise. A contrario, il faut aussi pouvoir augmenter ses effectifs sans peur de se faire sanctionner par un jugement des prud'hommes. Cette peur de l'embauche est forte aujourd'hui au vu des contraintes pesant sur les chefs d'entreprises. En matière de charges sociales, le CICE est clairement une bouffée d'oxygène pour de nombreuses entreprises. La montée en puissance du pacte de responsabilité viendra amplifier le premier dispositif. Les indicateurs sont bons, mais tout ceci prend du temps. Et, pour accompagner l'export, l'innovation, l'investissement humain et matériel et le développement durable, il faut une réforme en profondeur du Code du travail.
Composition du bureau du Medef Normandie
Président: Arnauld Daudruy. Vice-président: Jean-Marie Piranda (président du Medef Calvados). Trésorier: Yves Kerouedan (président du Medef Rouen-Dieppe). Secrétaire: Gildard Beuve (président du Medef de la Manche).