Meca Inox franchit une nouvelle étape avec le rachat de Bac Valves, basé à Figueras, en Catalogne. Déjà présente hors de France avec une filiale industrielle et commerciale en Chine, la PME familiale normande dirigée par la troisième génération est à un tournant de son histoire. "On commence à atteindre une certaine taille de grosse PME et le challenge, c’est de savoir comment devenir une ETI", explique Maxime Beurel, directeur général adjoint du groupe créé en 1955, engagé dans la reprise progressive de l’entreprise spécialisée dans la fabrication de vannes industrielles, aux côtés de son père Hugues Beurel, président du groupe depuis 2001.
Dans cette trajectoire, la croissance externe s’est imposée comme "l’une des voies les plus efficaces", notamment pour accélérer sur un sujet jugé stratégique : la technologie. Bac Valves, créée dans les mêmes années que Meca Inox, a développé une forte culture de R & D. Elle conçoit et fabrique des vannes à boisseau sphérique et des vannes papillon destinées notamment au pétrole et au gaz, au gaz naturel liquéfié, au maritime ou à certains process chimiques. "C’est principalement une acquisition que l’on fait sous le nom de la technologie. Bac Valves a une forte richesse technologique, une forte R & D depuis les vingt dernières années, et cela vient renforcer Meca Inox, résume Maxime Beurel.
Dix ans de partenariat entre Meca Inox et Bac Valves
Loin de se découvrir, les premières relations des deux entreprises remontent à 2016. Meca Inox avait notamment accompagné l’entreprise espagnole dans la création de sa structure en Chine, hébergée dans ses propres locaux à Dalian. Trois ans plus tard, lorsque la famille Bach a cherché un repreneur pour Bac Valves, faute de successeur familial, elle s’est tournée vers Meca Inox. "Ils connaissaient nos valeurs, très similaires, très humaines, et ils voulaient cette continuité dans l’entreprise malgré le fait de la céder", explique Maxime Beurel.
Le rachat ne s’accompagnera donc pas d’une fusion brutale : Meca Inox conserve la marque Bac Valves, les équipes et le site industriel de Figueras, qui emploie une centaine de personnes. Seule l’entité chinoise de Bac Valves sera absorbée par la filiale chinoise de Meca Inox, car elle était déjà hébergée par le groupe normand. "On est plutôt dans une logique d’investissement que de rationalisation. On conserve tout", insiste le dirigeant.
Les efforts porteront d’abord sur le renforcement commercial, les achats, les processus et les ressources humaines, plus que sur l’outil industriel espagnol, déjà structuré. Cette organisation permet de préserver les spécificités des deux maisons.
À Gisors, Meca Inox fabrique plutôt des séries de vannes destinées aux gaz industriels, à la pharmacie, à l’agroalimentaire et à la chimie, pour des clients comme Air Liquide ou Novo Nordisk. Bac Valves travaille davantage sur des vannes de plus grande taille, parfois à l’unité, avec de nombreuses certifications liées au maritime ou au gaz. "Les produits Bac peuvent venir étendre notre offre chez nos clients historiques", illustre Maxime Beurel, citant notamment le marché des gaz industriels et de la cryogénie. Avec cette opération, Meca Inox ne cherche donc pas seulement à changer de taille mais à bâtir un groupe industriel plus résilient, organisé par piliers géographiques et par marchés.
Du statut de PME à celui d’ETI
L’opération change immédiatement la dimension du groupe. Meca Inox réalisait 25 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2025, dont 20 millions en France et 5 millions en Chine. Bac Valves a connu une année 2025 exceptionnelle à 45 millions d’euros de chiffre d’affaires, même si son niveau habituel se situe plutôt entre 30 et 35 millions. Ensemble, les deux entreprises franchissent donc le seuil des 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les effectifs passent de 160 à environ 260 salariés, répartis entre la France, l’Espagne et la Chine.
Pour rendre possible ce changement d’échelle, Meca Inox avait préparé le terrain. Maxime Beurel ne communique pas le montant de l’opération, mais précise que cette structuration avait été anticipée. Depuis trois ans, l’entreprise familiale se préparait à réaliser une opération de croissance externe, notamment avec l’appui de BNP Développement, entré à son capital en 2022. "Le fait d’avoir BNP à notre côté, c’était déjà une préparation pour être prêts à se lancer le jour où on aurait une cible qui serait prête à vendre", explique Maxime Beurel. Non endettée, Meca Inox était aussi "prête à repartir dans un cycle d’investissement".
L’acquisition a été financée avec la participation de BNP Développement. Le capital reste très majoritairement familial, autour de 85 %, complété par le management, à hauteur de 5 %, et par BNP Développement, à 10 %. Le rachat a aussi été financé par de la dette bancaire, via un pool réunissant Société Générale, la BECM et Bpifrance.
Pour absorber cette première acquisition, la PME familiale estime aussi avoir suffisamment structuré son organisation en amont. Elle s’est dotée d’un general manager en Chine, d’un autre pour l’Europe et d’une équipe de direction capable de déléguer. Pendant près de neuf mois, le processus d’acquisition a mobilisé Maxime Beurel, tandis que son père pilote désormais l’intégration opérationnelle en Espagne. "On n’est plus dans le mode typique de la PME où le PDG est au four et au moulin, fait de la stratégie le matin et valide les commandes l’après-midi", souligne-t-il.
Cap sur 70 à 80 millions d’euros de chiffre d’affaires
Avec cette opération, Meca Inox ne cherche donc pas seulement à changer de taille mais à bâtir un groupe industriel plus résilient, organisé par piliers géographiques et par marchés. "Le but de croître et d’atteindre ce genre de palier, c’est de viser la pérennité et d’atteindre une masse critique qui permet au groupe d’être solide face à tous les aléas que le monde peut nous proposer aujourd’hui", explique le dirigeant.
La diversification doit jouer un rôle d’amortisseur : quand un secteur ou un marché ralentit, un autre peut prendre le relais. Avec Bac Valves, très tourné vers l’export, le groupe renforce encore son exposition internationale.
La logique est aussi géographique : Chine pour le marché chinois et l’Asie du Sud-Est, Gisors pour la France et l’Europe, Figueras pour des marchés à fortes certifications. "On veut continuer à localiser notre offre sur les besoins locaux, parce que de plus en plus de pays rédigent leurs propres normes et leurs propres exigences", observe Maxime Beurel.
À cinq ans, le groupe vise une stabilisation entre 70 et 80 millions d’euros de chiffre d’affaires, tout en améliorant son organisation et sa rentabilité. Chez Bac Valves, dont le point fort est davantage technologique que commercial, Meca Inox entend mettre à disposition ses méthodes et ses équipes pour accélérer le développement. D’autres opérations ne sont pas exclues, mais aucun dossier n’est aujourd’hui annoncé. Le groupe réfléchit cependant à un quatrième site industriel à moyen terme, pour compléter ses bases en France, en Espagne et en Chine. L’Amérique ou l’Inde font partie des zones de réflexion.
Meca Inox veut muscler son réseau commercial
La PME euroise veut structurer un réseau de bureaux commerciaux au plus près de ses marchés. L’ambition affichée par Maxime Beurel, son directeur général adjoint : passer progressivement à "10 bureaux commerciaux à travers le monde". Cinq points d’appui existent déjà : la France, l’Espagne, la Chine, la Malaisie et le Moyen-Orient, avec une présence à Dubaï. La prochaine étape se joue en Allemagne. Meca Inox est en cours de création d’une GmbH à Düsseldorf, l’équivalent allemand d’une SARL, pour adresser notamment le marché Allemagne-Autriche. Un premier commercial allemand a rejoint le groupe il y a un an et demi, un deuxième recrutement est en cours, et l’équipe pourrait monter à quatre ou cinq personnes, voire encore davantage.
Bientôt à Singapour ?
Cette expansion repose sur une logique d’entrepreneuriat "à l’intérieur de l’entreprise". Les responsables locaux sont invités à bâtir leur propre plan de développement. "Si le responsable allemand du bureau commercial est capable de me faire un business plan et de me prouver que s’il recrute deux personnes de plus, il fera mieux, on investira", confie Maxime Beurel.
D’autres implantations sont à l’étude, notamment en Inde ou en Asie du Sud-Est, où le groupe réfléchit à la création d’un hub à Singapour. Cette stratégie explique aussi le transfert du siège social de Cergy vers Gisors, engagé en janvier 2025. Le site eurois, où se trouve l’outil industriel, devient le centre de gravité du groupe tandis que Cergy est repositionné comme bureau commercial France. "L’idée, c’est de dire que le siège, c’est Gisors, parce que c’est là que nous avons notre outil industriel", justifie Maxime Beurel.