Ville stratégique où convergent treize câbles sous-marins en fibre optique connectant au passage 3,5 milliards de personnes d'Afrique en Asie via le Moyen-Orient, Marseille attire les fournisseurs de data centers. « Les évolutions technologiques sont considérables, il est possible de relier Casablanca, le Caire, Djibouti en quatre millisecondes. Ville de transit, Marseille devient un hub informatique international qui attire de la production informatique pour des plates-formes de jeu en ligne, du cloud ou des applications Microsoft », explique Fabrice Coquio président d'Interxion France.
Un site de 8.000 m²
Les perspectives du marché sont telles que le data center « MRS1 », fruit de la reprise en 2014 du data center SFR situé avenue Roger Salengro, ne suffit plus. « Nous devions trouver des espaces pour une extension et sécuriser nos infrastructures », précise Fabrice Coquio qui a signé un bail de 49 ans avec le port de Marseille pour l'occupation de deux bâtiments inutilisés depuis des années, tous deux situés près de la porte 4. L'aménagement du data center MRS 2, encore soumis à l'obtention du permis de construire, sera bâti sur l'ancien hangar Fouré-Lagadec affecté à la réparation navale puis la maintenance industrielle, de 1982 à 1995. Le site comprend deux hangars recouverts par une structure alvéolaire et des terre-pleins pour une superficie totale de 8.000 m².
Un an de travaux
« Il faudra un an de travaux après le premier coup de pioche », annonce Fabrice Coquio qui espère une ouverture de ce deuxième data center de 4.000 m² début 2018. Sans attendre, il héberge déjà dans un mini data center des clients asiatiques connectés au câble sous-marin AAE-1 posé cet été par Tyco. Le « MRS 3 » sera construit dans l'ancienne base navale construite par les Allemands en 1942. Long de 232 mètres, le bâtiment permettait de recevoir dans 16 alvéoles 20 sous-marins reliés au bassin Mirabeau via un canal intérieur aménagé, disparu aujourd'hui. « Des fresques ont même été réalisées par des prisonniers allemands. Nous sommes tenus de les conserver », raconte Fabrice Coquio.
200 à 250 clients par jour
Au lendemain de la guerre, le bâtiment a trouvé une nouvelle affectation dans le stockage pour les armées jusqu'en 1982 et dans les matières chimiques sous douane jusqu'en 2000. Le port a occupé une partie du site jusqu'en 2005. Interxion devra composer avec les contraintes techniques, notamment l'épaisseur des murs (1,85 m) et la couverture composée d'une dalle en béton armé de 5,5 m d'épaisseur.
Port intelligent
« Nous ne voulons pas cacher le bunker mais le transformer en monolithe échoué sur une plage sur lequel viennent se fixer de la végétation, des algues, des coraux. Nous allons coiffer le tout avec un « diamant », une structure translucide poreuse qui hébergera des bureaux. Les deux bâtiments représentent un investissement de 180 à 200 millions d'euros », détaille le dirigeant de la filiale française. Les deux data centers consommeront 40 MW par an. À titre de comparaison, Airbus Helicopters, le plus gros consommateur d'électricité des Bouches-du-Rhône absorbe 11 MW. Cette opération immobilière devrait s'accompagner de l'aménagement d'une nouvelle bretelle, l'accès au GPMM étant réglementé. « Le MRS 2 va accueillir entre 200 et 250 clients par jour », précise Fabrice Coquio.
Recrutements
Pour Renaud Paubelle, nouveau directeur de l'aménagement du port, l'arrivée d'Interxion constitue la première brique d'un smartport. Dans un contexte de chute des trafics dans les bassins Est, le port (actionnaire de MGI qui prépare le passage d'AP + au nouveau cargo community system CI5) propose à ses clients compagnies maritimes, transitaires « d'améliorer la connectivité et de développer de nouvelles filières ». Le projet ne drainera donc pas de tonnages supplémentaires pour le port et peu d'emplois directs. À l'ouverture du MRS 2, Interxion verra ses effectifs marseillais passer de 11 à 20 salariés.
Le groupe néerlandais Interxion a choisi de reconvertir deux bâtiments désaffectés du port de Marseille, dont l'ancienne base navale allemande, en data centers. Un investissement de 180 millions d'euros.