Si tout le monde s'accorde sur les causes qui ont conduit à la crise financière actuelle, il est plus difficile d'entrevoir les raisons et le calendrier de la sortie de crise...
Je ne suis pas d'accord avec vous. Je ne pense pas que tout le monde ait bien compris les raisons de la crise actuelle. En Europe, beaucoup de personnes pensent que cela vient de Lehman Brothers. Mais nous connaissons une situation de crise depuis le printemps ! La récession, nous la devons avant tout à nous-même ! Depuis 2002, la France connaît une croissance molle, de 1,3% en moyenne, ainsi qu'une hausse continue de l'euro et du prix du baril de pétrole. La hausse des taux de la Banque centrale européenne cet été était inacceptable. Et voila que survient la faillite de Lehman Brothers, qui a cassé tout le système. Certes, la France n'est pas en récession, au sens technique du terme, puisqu'elle n'a pas connu deux trimestres consécutifs avec un PIB négatif. Mais nous venons de connaître deux mois consécutifs de baisse de l'emploi. Ce critère, plus concret pour la population, est révélateur.
Comment sortir de la crise actuelle ?
Il faut avant tout rétablir la confiance. Il n'y a pas de risque d'effondrement de l'économie américaine. L'investissement des entreprises outre-Atlantique se situe aux environs de 2%. Il y a donc une dynamique qui persiste. La situation actuelle peut être comparée à 1992, quand Bill Clinton arrive au pouvoir. Rappelons-nous: à l'époque les États-Unis connaissent une récession, leur taux de chômage augmente, il y a une crise de confiance. Barack Obama prend la tête d'un pays qui connaît sensiblement les mêmes maux. Les nouvelles technologies de l'énergie, le new deal light qui se prépare et le taux des Fed founds historiquement faibles vont permettre aux États-Unis de s'en sortir. La crise devrait durer jusqu'à l'été 2009, puis nous assisterons à une reprise.
Quelle stratégie les entreprises doivent-elles adopter pendant les mois qui viennent ?
Il existe trois issues de secours: les marchés de niche, la recherche et développement et le développement international. Avec ces trois stratégies, les entreprises passeront la crise. Les perspectives de développement sont particulièrement présentes dans les pays émergents, qui représentent 67% de la croissance mondiale.
Allons-nous assister à un retour du keynésianisme ?
Keynes a dit que lorsqu'un déséquilibre se produit sur le marché, l'État doit investir en aidant la demande. Puis l'État se retire quand la situation s'améliore afin de ne pas creuser éternellement les déficits. Keynes n'a jamais dit: «Il faut une relance budgétaire éternelle». En France, le dernier excédent budgétaire date de 1974. Il est possible de parler de relance publique aux États-Unis. Pas en France. Car les Français ne savent pas réguler leurs dépenses. C'est le grand danger de cette crise: qu'elle pousse l'État français a encore plus d'interventionnisme. Or, une autre crise se profile pour 2012 ou 2015 en France: le financement des retraites par répartition.
Quelle solution doit adopter l'État français ?
Le Portugal, la France et l'Italie sont les trois lanternes rouges de l'économie européenne depuis cinq ans. Comme par hasard, il s'agit des pays où la pression fiscale sur les entreprises est la plus forte. La croissance française devrait atteindre 0,9% en 2008 et 0,6% en 2009. Il faut faire passer de 44% à 40% la pression fiscale sur les sociétés en France, afin de ramener ce taux dans la moyenne européenne. Cela représente 70Md€. C'est le montant des hausses de frais de fonctionnement des collectivités depuis 2002.
Qui va profiter de la crise ?
Plusieurs bonnes nouvelles sont à mettre à l'actif de cette crise: les taux d'intérêt baissent, l'euro devrait se maintenir à son niveau normal, c'est-à-dire à 1,20$ pour un euro, et le prix de l'essence chute. Le G20 a remplacé le G8, ce qui diminue le risque de protectionnisme. Et beaucoup d'entreprises sont sous cotées. La moitié des entreprises du CAC 40 ont leur capitalisation boursière inférieure à leurs fonds propres. Pour les fonds souverains et les fonds privés, c'est la période des soldes qui s'ouvre. On sait d'ailleurs qu'ils ont mandaté des banques d'affaires pour leur trouver des proies. Il ne faut jamais aller en bourse en attendant un rendement rapide. Mais il faut aussi se souvenir qu'entre mars et décembre2003, le CAC 40 avait progressé de 50%. Enfin, il faut tenir compte de la diminution de l'immobilier qui devrait se poursuivre en 2009, avec une baisse des prix que j'estime à 20%.
Après l'affaire Kerviel et la crise actuelle, comment le monde de la finance peut-il redorer son image ?
Le problème est que beaucoup de personnes ne savent pas à quoi sert la finance. Le marché n'est pas un casino. La finance sert à financer l'économie. Tout système génère ses abus. La crise que nous connaissons doit permettre une plus grande transparence, notamment en terme d'impunité. Certaines castes se sont constituées avec des personnes intouchables. C'est le cas dans de trop nombreux conseils d'administration, où la cooptation est devenue la règle. Cette crise doit aussi nous faire comprendre qu'une entreprise qui affiche une rentabilité de 7% est une belle entreprise.
Alors que la crise économique se propage à l'économie réelle, Marc Touati, directeur général délégué de Global Equities et président du cabinet de conseil ACDEFI, craint que l'État français n'apporte la mauvaise solution, en augmentant encore son interventionnisme. Selon lui, l'immobilier devrait baisser de 20% et la croissance atteindre 0,6% en 2009. Il conseille aux entreprises de miser sur les marchés de niche, la recherche et développement et le développement international, et de profiter des opportunités créées par la diminution de l'euro et du prix du pétrole.