Il peut se targuer d’être le seul fabricant européen. Le groupe industriel nantais Armor (2 500 salariés, 446 M€ de CA) vient d’inaugurer sa nouvelle usine Armor Battery Films, qui lui permet de fabriquer des "collecteurs de courant revêtus" pour batteries. Il s’agit d’une fine couche de métal, recouverte d’une encre, qui permet de faciliter le transfert des ions au sein de la batterie. Ce système permet à la fois d’améliorer l’efficacité de la batterie, mais aussi de réduire les pertes de chaleur. "Le collecteur enduit permet environ un gain de 20 % d’efficacité", juge Laurent Martel, responsable industriel de cette nouvelle usine de 8 000 m². Cette dernière aura nécessité un investissement de 37 millions d’euros, incluant un soutien à hauteur de 8 % de France 2030.
Des retards du marché des batteries
Opérationnelle depuis un an, l’usine vient d’être inaugurée et compte déjà 50 personnes sur site. "Sur l’aspect technique, nous sommes parfaitement au niveau. Néanmoins, nous avons un retard sur le plan commercial lié au secteur des batteries, qui devait profiter d’implantation de gigafactory dont les projets sont repoussés", analyse Hubert de Boisredon, dirigeant d’Armor. Sur ce marché émergent, les industriels du Vieux Continent souffrent face à la concurrence, chinoise notamment. Au point que "les fabricants européens, encore en phase de montée en puissance, risquent d’être évincés avant même d’atteindre leur maturité", alertaient, début septembre, trois fabricants européens de batteries (Verkor, ACC et Powerco), pressant l’Union européenne de voler au secours de la filière.
Malgré ces menaces, l’ETI nantaise garde tout de même son cap, et prévoit de dégager un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros d’ici 2035.
Des marchés très divers
Si bien sûr l’essor des véhicules électriques constitue un levier de croissance pour cette nouvelle activité d’Armor, le marché ne progresse pas aussi vite qu’espéré. En Europe, l’objectif affiché de 100 % de voitures électriques en 2035 semble très compliqué à tenir, et prolongera la durée des moteurs thermiques. "La croissance est bien là, mais les délais sont plus longs", constate le dirigeant. Heureusement, pour l’ETI nantaise, les voitures électriques sont loin d’être l’unique marché ciblé. "Nous misons fortement sur le développement de batteries stationnaires, pour le stockage des énergies renouvelables. Nous répondons également aux batteries qui alimentent des data centers, ou encore à celles utiles pour le secteur de la défense", ajoute Hubert de Boisredon. Les véhicules logistiques ou encore les batteries résidentielles, permettant de stocker de l’énergie à son domicile, sont également dans le viseur d’Armor.
Par contre, les plus petits formats comme les téléphones portables ne rentrent pas en ligne de compte. "Les utilisateurs changent leur téléphone sans que la batterie ne soit en cause. L’ajout de notre collecteur induirait un coût supplémentaire pour les fabricants de smartphones, sans forcément induire un gain pour l’utilisateur", explique Pierre Guichard, responsable R & D au sein d’Armor Battery Films. Ce service de recherche et développement, qui compte 16 personnes, travaille sur les batteries de demain, comme des modèles à base d’électrolytes solides.
Les fabricants américains très demandeurs
Armor Battery Films compte aujourd’hui une quarantaine de clients, dont 40 % en Europe, 40 % en Amérique du Nord, et 20 % dans le reste du monde. "Nos concurrents sont principalement en Chine. Or, les fabricants de batteries américaines ne peuvent plus vraiment importer de produits chinois qui sont très fortement taxés, ce qui nous donne un avantage sur ce territoire", analyse le dirigeant. En attendant que des mesures fortes soient également prises pour favoriser la production européenne, le groupe Armor, spécialisé dans la formulation d’encres et l’enduction de couches fines sur films minces, reste confiant sur l’avenir du secteur des batteries pour les années à venir.