«Positif, créatif, réactif»: ce sont les trois mots d'ordre chez Mafelec à Chimilin (près de La-Tour-du-Pin) depuis le rachat de l'entreprise par des cadres à Schneider Electric en 2006. «Ce leitmotiv, explique Gilles Heinrich, P-dg de Mafelec, signifie qu'il ne faut ni se morfondre ni se dire que l'on est parfait. Nous avons fait 42% de croissance en trois ans, mais on peut toujours être un peu meilleur.» Mafelec propose depuis 1947 des solutions de commandes et de signalisation adaptées aux environnements les plus extrêmes. Ainsi, que ce soit en extérieur, soumis à l'agression du sel, à des vibrations, à des températures de -400ºC à+80ºC, à un environnement chimique,etc., les composants électromécaniques doivent résister et durer. Il s'agit de boutons pour les ascenseurs, de feux de signalisation, de poignées d'alarme, de commutateurs, de pupitres de commandes pour les bus ou les trains, de boîtiers de levage et de manutention pour différentes industries et même d'applications navales militaires pour la Défense.
Contrefaçon chinoise
«Depuis notre retour à l'indépendance, nous nous recentrons sur notre valeur ajoutée, c'est-à-dire notre savoir-faire spécifique.» Ce développement passe notamment par l'export, qui représente 50% du chiffre d'affaires, et qui a valu à l'entreprise le Trophée export 2008 de la Chambre de commerce et d'industrie du Nord-Isère. «L'export n'est pas un choix, estime Gilles Heinrich, la France est trop petite. Mais nous sommes copiés par les Chinois, avec de la contrefaçon, des vols de brevets... Pour nous défendre, nous communiquons auprès de nos clients. Nous avons une expérience de 60 ans avec une qualité inégalée, une grande flexibilité et un travail sur le long terme. Alors bien sûr, nous sommes obligés de baisser nos prix, de manière générale, pour faire face à cette concurrence.» Cette politique de baisse des prix passe par «une remise en cause de nos façons de travailler afin d'aboutir à des gains de productivité pour être plus agressifs.» Mafelec a notamment mis en place la méthode Lean manufacturing, qui permet «de fluidifier la production et un gain de vitesse», affirme Thierry Reynaud, directeur de la production. «Nous évoluons vers l'automatisation de certaines tâches pour nous doter d'une structure compétitive. Mais nos équipements sont conçus en interne pour tout maîtriser, limiter les coûts et réagir à l'évolution des produits.» Les postes répétitifs sont progressivement remplacés par des métiers à valeur ajoutée, «mais sans licenciements. La machine ne remplace pas l'homme, elle est pilotée par lui. Nous faisons évoluer les compétences par la formation.» Ainsi, chez Mafelec, 3% de la masse salariale est consacrée à la formation. Et de nouveaux métiers apparaissent dans l'atelier.
«Expliquer le changement sans brutaliser»
L'évolution de l'entreprise par les ressources humaines est une idée forte pour Gilles Heinrich qui dit pratiquer «un management de proximité. Les gens ont peur du changement. Alors il faut expliquer ce que l'on fait sans brutaliser, être transparent et moderniser par la dynamique, en assumant le passé de l'entreprise et son présent pour créer le futur. Sans être une entreprise paternaliste, il y a un certain esprit d'appartenance à une équipe gagnante.» Les «Maféleciens», comme il les appelle, sont parfois présents depuis plusieurs décennies dans l'entreprise. Mais ils sont passés de 190 en 2007 à 250aujourd'hui et devraient être 300 d'ici à cinq ans. Cette augmentation de personnel correspond notamment à une extension de la gamme. «Deux tiers de nos produits vendus aujourd'hui n'existaient pas il y a trois ans, se félicite Gilles Heinrich. Le développement d'un nouveau produit, c'est 1M€ investis pour vingt ans de vente.» Le service recherche et développement compte 45 personnes. «Notre force, explique Pascal Pedrinelli, directeur technique et des projets, c'est de ne pas acheter des briques technologiques. Nous développons en interne les fonctions de base des produits et devenons de véritables spécialistes, pas juste des assembleurs.» Ainsi, si la demande d'un client mène à la création d'un nouveau produit adaptable à d'autres clients, le service R & D anticipe les besoins pour être réactif, avec 400.000€ d'investissement en moyenne par an. Les nouveaux produits ne sont pas les seuls projets de Mafelec. L'entreprise devrait agrandir ses locaux, passant de 1.300m² à 2.500m². Des bureaux commerciaux devraient voir le jour en Allemagne et aux États-Unis d'ici à cinq ans, pour faire suite à l'ouverture de celui de Windisch en Suisse en 2008. Gilles Heinrich a même «une ambition de rachat d'entreprise: nous allons avoir besoin de croissance externe dans les années qui viennent».
Mafelec, créateur de boutons pour ascenseurs, feux de signalisation et autres commandes specifiques, se développe grâce à l'export et à la R & D.La société nord-isèroise mise aussi sur la réorganisation de sa production. Et ceci malgré un «incident toxique» qui aurait pu être dramatique mais qui a renforcé l'esprit d'entreprise.
Anne-Gaëlle Metzger