Le gouvernement n’a pas l’intention de définir une politique spécifique visant à attirer de manière ciblée des employés et travailleurs qualifiés du Royaume-Uni pour s’installer au Luxembourg », a précisé, le mois dernier, Jean Asselborn, le ministre des Affaires étrangères qui répondait à une question parlementaire. Pas question, donc, de s’activer outre mesure pour capter de la matière grise en quête de nouveaux horizons suite à la décision de la Grande-Bretagne de divorcer de l’Europe. Ce qui vaut pour les Hommes et également valable pour le business. Courant juillet, le ministre de l’Economie, Etienne Schneider et le ministre des Finances, Pierre Gramegna, se sont rendus à Bristol et à Londres dans le cadre d’une mission économique visant à prendre la température de la place financière londonienne et de promouvoir les avantages de l’écosystème financier luxembourgeois, y compris auprès des start-up comme le confirme la présentation organisée au Level 39, l’incubateur londonien dédié à la finance de demain. Il faut savoir que les entreprises, notamment les institutions actives dans les fonds d’investissement, devront impérativement conserver un accès (et même être présents) au marché de l’UE pour continuer à y commercialiser leurs produits financiers (en disposant de ce que l’on appelle le passeport européen). Pour rappel, la City est le plus important centre financier du monde.
Des « copains d’abord »
« Les entrevues de ces deux derniers jours nous ont permis de mesurer l’incertitude qui plane sur les entreprises établies au Royaume-Uni. Celles-ci se posent de nombreuses questions sur leur stratégie de développement pour les années à venir. Dans ce contexte, le Luxembourg est perçu comme un havre de stabilité, offrant un cadre juridique fiable et des solutions pragmatiques. L’approche constructive du gouvernement luxembourgeois, qui contraste avec les démarches agressives de certains autres centres financiers (Paris, Francfort ou bien encore Dublin sont sur les rangs), est grandement appréciée par les acteurs britanniques », a souligné Pierre Gramegna. « En raison des fortes relations commerciales et financières que nous entretenons depuis toujours, le Luxembourg a intérêt à œuvrer au niveau européen pour que le Royaume-Uni ne soit pas isolé de l’UE », a quant à lui, indiqué Étienne Schneider. Au-delà de son soutien et de son écoute attentive, le Luxembourg compte s’appuyer sur ses différents atouts pour se positionner, non pas comme un profiteur – on l’aura compris – mais comme un partenaire fiable et à valeur ajoutée : économie ouverte sur l’international, stabilité politique, administration à l’écoute, leader européen des fonds d’investissement… Cela dit, ça n’empêche pas quelques taquineries non plus à l’image de celle délivrée par Nicolas Mackel, le patron de Luxembourg for Finance, l'organisme de promotion de la place luxembourgeoise, qui, dans le Figaro daté du 23 juin, indiquait qu’« à Paris, on promet de dérouler le tapis rouge, si le tapis rouge n'est pas en grève ce jour-là ».
Développer le business avec Londres et accueillir des sièges sociaux d’entreprises, des start-up et des banques britanniques au Luxembourg (une bonne nouvelle pour un marché de l’immobilier grand-ducal déjà rayonnant) permettrait également de compenser les effets négatifs du Brexit pour le Grand-Duché. Les échanges commerciaux vont forcément se réduire et le pays pourrait voir une partie des 6.000 résidents britanniques actifs sur son territoire, plier bagage. Ils sont, en effet, nombreux à travailler au sein des institutions européennes.