Au titre de Selha Group (130 M€ de CA, 900 salariés), que vous présidez, vous avez défendu lundi 5 mai 2025 devant le Tribunal de Commerce de Paris votre offre de reprise pour une usine d’électronique du groupe angevin Eolane. Cette usine est située à Valence dans la Drôme (près de 150 salariés). Pourquoi cet intérêt ?
Nous avons regardé ce dossier dès le début, mais nous n’avions pas déposé d’offre dans un premier temps. Seule cette usine nous intéressait, il n’était donc pas opportun de nous aligner face à des offres de reprise plus globale, en particulier celle de Cicor (la reprise par le groupe suisse de sept sites d’Eolane en France et au Maroc a été validée le 18 avril 2025, NDLR). Pour nous, l’intérêt pour cette usine à Valence est multiple : sectoriel, complémentaire et géographique. Cela nous permettrait de nous rapprocher de clients de la région Auvergne-Rhône-Alpes, l’une des plus industrialisées de France. Nous attendons la réponse autour du 20 mai.
Que pourrait offrir de plus ce site aux quatre autres que vous possédez déjà en Mayenne, en Seine-Maritime et au Maroc ?
Reprendre les activités d’Eolane à Valence nous permettrait de développer nos activités industrielles au sens large. Aujourd’hui, Selha est très présent sur des marchés souverains : l’aéronautique, mais aussi l’énergie, la Défense, les télécommunications, le nucléaire… Nous avons tiré les enseignements de la période Covid : le secteur de l’aéronautique, dont nous étions très dépendants à l’époque, a plongé. Depuis, nous nous sommes attachés à diversifier notre portefeuille. En trois ans, nous avons ainsi réussi à obtenir une croissance de 80 %, de 80 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022 aux plus de 140 millions d’euros que nous visons sur l’exercice en cours.
Plus précisément, quel apport industriel l’usine valençoise aurait-elle ?
L’usine fournit des produits très complexes pour les recharges de batteries de véhicules électriques ou encore les outils de ticketing (validation de billets d’accès, par exemple). Ce sont des outils très intégrés, très optimisés, très sollicités. Ce sont aussi des cycles de production plus rapides et évolutifs que ceux de l’aéronautique, ce qui permet d’être plus innovant.
Face à la concurrence asiatique, l’électronique a-t-elle donc des perspectives de croissance en France ?
À l’échelle de l’électronique mondiale, cela reste des marchés de niche. Le but n’est pas de fournir les composants pour produire des consoles de jeux vidéo ou des smartphones. Mais nous sommes sur des produits pour lesquels la distance de la localisation des sous-traitants amène des risques pour les clients : en termes de droits de douane, de frais logistique, de sécurité des délais de livraison mais aussi par rapport aux conflits qu’on observe çà et là. Être plus proches des clients permet aussi d’être très réactif. On entend beaucoup parler de groupes qui travaillent avec des sous-traitants électroniques de pays lointains, mais cet aspect proximité avec de grands donneurs d’ordre du secteur de Lyon ou Grenoble notamment reste très pertinent.
Deux autres candidats à la reprise de l’usine de Valence se sont positionnés : Elmersys, holding de la PME doubienne Merem spécialisée en solutions électroniques et connectées (12,3 M€ CA en 2022, environ 50 salariés) et la société d’investissement parisienne Verdoso (portefeuille d’activités variées ; environ 2 500 employés directs ou indirects, 600 M€ de CA). Quels arguments avez-vous en faveur de votre dossier ?En tant que groupe industriel électronique, notre projet s’inscrit dans le temps long, avec la volonté de pérenniser l’usine. Nous pourrions avoir des apports réciproques entre les différents sites. Notre groupe dispose d’un bureau d’études, d’un laboratoire d’analyses, d’une école de formation (la Tech’up Academy), etc. De quoi amener des compétences complémentaires à Valence et offrir les capacités d’accéder plus facilement à des marchés plus complexes.