Le 21 mars, l’UIMM Bretagne a inauguré à Bruz, au sud de Rennes, un nouveau bâtiment dédié au numérique et à la cybersécurité. Ce site de 3 000 m², comprenant 26 salles de cours, accueille les étudiants de l’ESNA (École Supérieure du Numérique Appliqué). Créée en 2018, cette école interne du pôle formation de l’UIMM Bretagne répond aux besoins croissants en compétences numériques des entreprises industrielles.
Avec un investissement de 7,1 millions d’euros, soutenu par l’OPCO2I, la Région Bretagne et Rennes Métropole, cette nouvelle infrastructure renforce la capacité de l’ESNA à former des experts en cybersécurité, cyberdéfense et systèmes numériques. L’objectif est clair : former des jeunes qualifiés qui intégreront demain les entreprises industrielles de la région.
De nouvelles formations lancées
Depuis son lancement, l’ESNA connaît une croissance rapide. Elle a multiplié son effectif d’apprenants par cinq en cinq ans, pour atteindre 180 inscrits en 2025, répartis entre ses sites de Lorient et Bruz. Son succès repose sur un excellent taux d’insertion professionnelle et une approche pédagogique axée sur la passion et la technique plutôt que sur la sélection académique classique. "On ne sélectionne pas nos étudiants sur leur niveau en maths, mais sur leur niveau technique, ça en fait des passionnés", explique Florence Basseville, directrice CFA-ITII du pôle formation UIMM Bretagne. L’école se distingue par ses performances en compétition : ses étudiants ont remporté quatre années de suite (2021-2024) le prestigieux Capture The Flag (CTF) de l’European Cyber Week à Rennes.
À la rentrée 2025, l’ESNA étoffera son offre avec une nouvelle formation en OSINT (intelligence open source), une première en Bretagne. L’intelligence open source est le processus de collecte et d’analyse d’informations disponibles publiquement afin d’évaluer des menaces, de prendre des décisions ou de répondre à des questions spécifiques. C’est une compétence clé pour assurer la sécurité des informations et soutenir les décisions stratégiques des organisations.
"Créer des filières de techniciens"
"L’intérêt de la formation, c’est de créer des filières de techniciens, on va avoir besoin dans les années qui viennent de bons techniciens qui viendront travailler dans nos PME, nos hôpitaux et nos collectivités territoriales, et qui seront de formidables généralistes pour faire du préventif, déceler les premières alertes et organiser la riposte si besoin. On coche une case qu’il manquait dans les dispositifs", pointe Sébastien Sémeril, vice-président en charge de l’économie et de l’emploi chez Rennes Ville et Métropole.
Thalès et Safran, employeurs de premier plan des apprentis
L’UIMM Bretagne ne se contente pas de former des spécialistes du numérique, elle accompagne aussi les grands industriels du territoire. Le pôle formation s’appuie sur le lycée professionnel Jeanne d’Arc de Vitré pour proposer un parcours en électronique et systèmes (niveau BTS), permettant aux alternants d’évoluer chez des géants comme Thalès à Étrelles (spécialisé dans la microélectronique) et Safran à Fougères (fabricant de cartes électroniques).
Avec l’implantation de Safran à La Janais, ou plus précisément son entité Safran Aircraft Engines, l’UIMM Bretagne prévoit d’accélérer son partenariat avec l’industriel. Ce futur site de 6 hectares, opérationnel en 2027, vise la production de pièces de turbines pour l’aéronautique, avec 200 salariés dès son ouverture et le double possiblement en 2028. Face à ces besoins, une formation spécialisée en fonderie à la cire perdue est en discussion.
Safran très attendu à La Janais
La fonderie à la cire perdue est une technique de moulage de précision. Elle sera utilisée par Safran pour fabriquer, depuis son site rennais, des centaines de milliers de pièces pour ses moteurs d’avions civils et militaires. "L’intérêt avec Safran, c’est de se dire qu’on a enfin un potentiel de volumes important. Nous avons identifié deux métiers transversaux : celui du contrôle industriel, et du pilotage d’installations. Nous prévoyons de lancer une formation de fonderie à la cire perdue pour cela", précise Mathieu Péraud, délégué général de l’UIMM Ille-et-Vilaine Morbihan. Des entreprises locales sont également intéressées par cette offre : les bretilliens Microsteel et Nowak, qui utilisent cette même technologie. De quoi renforcer l’écosystème local sur ce procédé à haute valeur ajoutée.
"Les formations sont souvent l’élément prépondérant pour attirer des entreprises et des usines, au-delà même du financement et de l’écosystème d’innovation", relève Mathieu Péraud.