L'année 2016 s'annonce tendue pour les clubs d'entreprises ligériens. Les plus importants d'entre eux, notamment le Club Gier Entreprises (190 entreprises adhérentes), Cleo (100 adhérents) ou encore Acctifs (120 membres) percevaient, jusqu'en 2015, des subventions du Conseil général de la Loire. Des subventions de fonctionnement ou liées à des projets précis. Mais le vote de la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) bouleverse la donne. Celle-ci prive en effet, dès 2016, les Conseils départementaux de la compétence économique pour la transmettre aux Régions. Sauf que chaque collectivité est maître de ses choix et de son calendrier. Cette année est une période de double transition : transition de compétences avec la mise en oeuvre de la loi NOTRe et transition politique avec l'arrivée à la Région d'une nouvelle équipe qui n'a pas encore complètement déballé tous ses cartons. La question concerne les clubs de tous les territoires mais est particulièrement cruciale dans la Loire où les clubs d'entreprises, historiquement très nombreux, étaient traditionnellement soutenus par la collectivité départementale. Pour 2016, ils ne percevront aucune aide. Ni du Conseil Départemental, ni de la Région.
Trouver d'autres sources de financement « Le Club Gier a un budget annuel d'environ 600.000?. Nous perdons cette année environ 10 % de nos financements », précise Jean-Luc Deshayes, président du Club Gier et dirigeant de la société BDEM à Saint-Chamond. « Nous n'avons plus que les financements de Saint-Étienne Métropole. Les 90 % restants sont issus de nos ressources privées : les adhésions, les prestations de service, les partenariats... Nous sommes le premier club de la Loire et nous comptons bien le rester » martèle-t-il. Pour ne pas toucher au budget global et maintenir l'ensemble de son offre, le Club Gier a décidé d'augmenter ses cotisations de 5 %. Et travaille d'arrache-pied au développement des partenariats privés. « Hors de question que nous proposions moins de services à nos adhérents ! », s'exclame Brigitte Blanchard, déléguée générale de l'organisation. Par exemple, l'accompagnement il y a quelques jours de 11 entreprises sur le WNE (World Nuclear Exhibition). Ou le projet de crèche inter-entreprises qui pourrait déboucher en septembre 2017. Des partenariats sont déjà en cours avec des banques comme le Crédit Agricole ou BP2L pour la mise en place de conférences économiques au sein du club. « Cette situation va nous pousser à évoluer. Nous voulons monter en compétences économiques, devenir un interlocuteur plus important de la CCI, de l'État et des collectivités. Nous souhaitons apporter plus d'expertise, plus d'accompagnement encore. Nous ne pouvons pas nous contenter de faire le dos rond. Ces deux années vont être charnières pour trouver le bon positionnement », insiste Jean-Luc Deshayes. Du côté de Cleo, dans l'Ondaine, la stratégie est moins offensive. Le club espère que la Région mettra rapidement la main à la poche. « Le Département représentait un quart de nos financements (budget global : 200.000€). Mais il ne faut pas s'affoler. Il y a une année blanche, c'est vrai, mais la Région devrait revenir nous aider. En attendant, nous avons la trésorerie pour passer l'année », rassure Laurent Lherbret, son président. Mais reconnaît, « cette situation nous incite à réfléchir effectivement au développement de partenariats privés. Ils sont infimes pour l'instant chez nous ». Denis Destampes, président d'Acctifs, n'est pas particulièrement inquiet non plus : « Il est vrai que cette absence d'aides cette année nous fait sortir de notre zone de confort mais nous ne changeons pas notre fusil d'épaule. Nous restons en veille par rapport à la Région ».
À la Région justement, le vice-président en charge de l'économie, Martial Saddier, replace ces attentes dans le contexte budgétaire global.
Dilemme financier à la Région
« En Auvergne Rhône-Alpes, les engagements financiers des départements en matière économique ont représenté l'année dernière 70 M?, hors agriculture : 11 M€ pour les agences de développement, 6 millions d'euros pour les syndicats mixtes, 30 millions d'euros pour les aides directes aux entreprises et 15 M€ pour les aides à l'immobilier d'entreprise. La compétence a effectivement été transmise à la Région mais pas les financements. Nous ne sommes pas en mesure d'absorber du jour au lendemain ces dépenses ». L'équipe de Laurent Wauquiez réclame à l'État un ajustement de la question d'ici l'automne et le vote de la loi de finances. En attendant, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a validé en Assemblée des conventions permettant aux départements la possibilité de continuer à financer en 2016 l'économie. L'Allier, la Savoie, la Haute-Savoie par exemple, auraient saisi la balle au bond selon Martial Saddier. Dans la Loire, le choix a été fait de continuer à financer en 2016 seulement les organisations que le Département avait créés, l'Agence de Développement notamment. « Nous planchons actuellement, dans le cadre de l'élaboration de la stratégie régionale à trouver un montage financier, technique et juridique pour travailler avec les départements sur cette question économique. La base sera la fusion de toutes les agences ».
Les Départements n'ont plus de compétence économique. La Région est désormais seule décisionnaire. Transition légale doublée d'une transition politique à la tête d'Auvergne-Rhône-Alpes... Résultat : une année blanche en terme de financements pour les clubs d'entreprises.