Loïc Liétar, un homme grand, souriant, à la poignée de main vigoureuse, parle plus volontiers de son entreprise, STMicroelectronics, que de lui-même. Mais ce n'est peut-être pas surprenant quand on apprend qu'il y a déjà passé 25ans. Petit retour en arrière sur les étapes qui l'ont mené au poste de ?corporate vice-president? de cette multinationale et, depuis peu, à la présidence du pôle de compétitivité mondial Minalogic. Né à Paris, Loïc Liétar a grandi à partir de six ans à Rabat, au Maroc, où son père architecte travaillait. Mais à 16 ans, il rentre seul en France pour intégrer une classe préparatoire à Versailles. «J'ai reçu un choc. Ça n'a pas été une période terrible, je l'ai traversée en apnée. Heureusement, j'avais coutume de monter à cheval...» Enfant doué, il avait un an d'avance et avoue aujourd'hui que «c'est plus facile d'être jeune et immature en prépa. Quelques années plus tard, je ne l'aurai pas supporté». Il intègre ensuite l'École polytechnique et, après son diplôme d'ingénieur, enchaîne avec un DEA et une thèse en microélectronique. Pourquoi ce choix? «Parce qu'un circuit électronique, c'est très beau! Sinon, j'aurais fait des sciences sociales. J'avais d'ailleurs effectué un stage à l'Ined, l'Institut national d'études démographiques.» Mais ce sera donc la microélectronique.
Subtilités culturelles
Mais très vite emporté par la vie professionnelle, il ne soutiendra jamais sa thèse. «Au moment de ma soutenance, j'étais chez Thomson. C'était l'époque de la fusion et de la création de STMicroelectronics. Et moi qui avais toujours rêvé de vivre en Italie, on m'y a envoyé pour travailler. Je devais être le premier Français de l'entreprise. C'était une période fantastique.» Après trois ans de l'autre côté des Alpes et un premier rêve réalisé, il est de retour à Paris. Mais il aura d'autres expériences à l'étranger, dont deux ans à Singapour et quatre en Californie. «J'ai toujours été exposé aux cultures différentes. C'est une expérience familiale formidable. Et ce sont des enjeux managériaux. Ça demande un savoir-faire particulier. On prend des claques avant de comprendre. Car il y a toujours des subtilités, même avec des pays proches comme l'Italie. C'est d'ailleurs une belle réussite de ST d'avoir su prendre le meilleur des cultures italienne et française.» C'est d'ailleurs parce qu'il a vécu de telles expériences à l'étranger et qu'il a pu évoluer au sein de la société que Loïc Liétar n'a «jamais eu envie de travailler ailleurs. Il y a toujours de nouveaux métiers, de nouveaux pays, de nouveaux patrons. ?The sky is the limit.? Quand on veut apprendre, dans un environnement humain riche et chaleureux, il n'y a pas de motivation pour partir.» Il avoue quand même «trois coups de blues en 25 ans». Mais il a été soutenu par «des personnes clés de ST qui ont tenu le rôle de parent ou de grand-père. Ce sont des points de référence. Il y a des périodes difficiles, où le business va mal. Quand il faut prendre des décisions humaines et réduire les effectifs, il faut assumer. Ça demande d'être cohérent aussi bien dans le bon que dans le difficile.» Il évoque également les périodes où il est «à la frontière du business établi et cherche à faire différemment, à être à contre-courant. Ça entraîne des échecs normaux, c'est frustrant, mais c'est enthousiasmant». Avec une telle implication pour son travail, Loïc Liétar trouve malgré tout du temps à consacrer à sa femme et ses quatre enfants, de quatre à quinze ans. «Le professionnel envahit le privé et vice-versa. J'ai beaucoup de flexibilité.» Il travaille à Genève mais habite à Grenoble. «Je suis à la maison un jour sur deux. Ça rend mes enfants plus forts, ils n'ont pas besoin de moi pour vivre. Ce qui est dur, c'est une absence inattendue. Quand mon garçon de cinq ans apprend que papa ne rentre finalement pas ce soir, l'imprévu fait partie de sa vie. Ce qui a été difficile, c'est lorsque j'ai dû m'absenter deux mois. Mais ce n'était pas négociable.»
Loïc Liétar, le nouveau président du pôle de compétitivité mondial Minalogic, a fait toute sa carrière chez STMicroelectronics. Mais comme il n'aime pas s'ennuyer, son parcours est étayé de changements et d'évolutions.
Anne-Gaëlle Metzger