« Il ne s'agit pas d'une réunion de plus pour évoquer des projets qui ne feront qu'attendre. C'est une mobilisation pour entrer dans une phase opérationnelle ! » Gérard Lahellec, vice-président de la Région Bretagne à la mobilité et aux transports, a été clair lors de la présentation en février du projet face à un parterre d'une centaine de chefs d'entreprises. Le plan d'actions logistique lancé par les élus régionaux doit rapidement entrer dans l'action. D'ici au mois de mars, six ateliers thématiques à Rennes, Lorient et Brest sont ainsi organisés avec des professionnels du secteur. Objectif : aboutir à un plan d'actions « concret et opérationnel » dès la fin mai, qui doit intégrer tous les modes (route, fer, mer) et toutes les filières. « Nous voulons bâtir le scénario budgétaire d'usage et de gouvernance. Avec vous, pour vous, ensemble », affirme Gérard Lahellec.
« État des lieuxcatastrophique »
Si l'élu breton a été aussi insistant sur l'aspect opérationnel du dossier, c'est d'abord pour tenter de convaincre des professionnels qui semblent dubitatifs alors qu'ils traversent une crise sans précédents. Il suffisait d'écouter les chefs d'entreprise présents dans la salle pour prendre le pouls des inquiétudes ressenties par le secteur. « L'état des lieux est assez catastrophique, s'est ainsi exprimé Marcel Garnier, président de la société de transports du même nom, à Loudéac. Nous sommes tous en difficulté ! Les meilleurs sont à l'équilibre, tous les autres réduisent leurs activités et leurs effectifs. On est dans une galère collective, tous les maillons sont en difficulté : les éleveurs, les abattoirs, les salaisonniers, les transporteurs ! Il faudrait que nos clients aillent bien mais ils ne vont pas bien. On part de cette situation, il y a donc du travail ! » Les transporteurs ont évidemment dans le collimateur le coût du carburant mais aussi et surtout l'écotaxe, dont la mise en application approche. Un cri du coeur qui n'a pas ébranlé Gérard Lahellec. « Nous sommes tous dans la même galère, lui a répondu l'élu. Et l'enjeu pour le demain immédiat, c'est de savoir si nous allons continuer à faire de notre territoire un territoire de production. »
Écotaxe : « Le combat n'est pas fini »
Quant à l'écotaxe, le vice-président de la Région en a profité pour dire tout le mal qu'il pensait du dispositif. « Le combat n'est pas fini. Car quand une taxe est réputée produire 1,2 milliard d'euros de retombées et que ça coûte 360 M€ pour la faire fonctionner, où est l'efficacité ? » Reste que lorsque l'on parle plan d'actions logistique et fret, il ne faut pas limiter le débat aux transporteurs. La Région l'a bien compris. Les industriels ont aussi leur mot à dire. Jean-Jacques Hénaff, président du célèbre producteur finistérien de pâtés, a ainsi souligné une tendance. « Nous connaissons depuis quelques années un fractionnement très important de nos commandes. Beaucoup de nos clients (GMS) sont passés à une commande hebdomadaire, voire, pour certains, jusqu'à trois par semaine. » Conséquence : des coûts de préparation qui flambent et des délais de plus en plus courts. « La GMS nous envoie de plus en plus leurs commandes par l'intermédiaire de robots, avec des heures fixes pour la réception des marchandises. Cela pose donc des problèmes. » Et Jean-Jacques Hénaff d'avancer, comme solution parmi d'autres, la mutualisation des flux. C'est ce qu'ont par exemple monté plusieurs industriels du Sud Finistère à travers le GIE Chargeurs Pointe de Bretagne, créé en 2011. « Cela nous permet de livrer en une seule fois des produits différents. » Ce qui n'est pas évident car « les conditions de préparation de commandes sont différentes d'une entreprise à l'autre », a souligné Jean-Jacques Hénaff.
Quelle place pour le ferroutage ?
Enfin, autre problématique sans nul doute abordé lors des ateliers thématiques, la place du ferroutage. Régis Denoual (Société Denoual à Elven-56) a ainsi fait part de son expérience en la matière. Aujourd'hui, sa société de transports possède seize caisses mobiles, lui permettant d'organiser 120 à 150 voyages en train entre Rennes et Lyon via la solution Combiwest. « Forcément cela ne pourra pas capter tous nos volumes, mais on veut faire plus, a expliqué Régis Denoual. Problème, il n'y a aujourd'hui qu'une seule ligne, vers la région Rhône-Alpes, et le réseau est déjà saturé. On aimerait voir s'ouvrir des lignes à Lille, Strasbourg ou Bordeaux. » Bref, un beau sujet de réflexion de plus pour le plan d'actions régional...
FILIère Le conseil régional de Bretagne a lancé une série de rencontres et d'ateliers avec des professionnels du secteur des transports et de la logistique, dont le moral est au plus bas. Objectif : un plan d'actions avant fin mai.