Pas-de-Calais
LMK Energy relance la production régionale de charbon, en torréfiant le bois
Pas-de-Calais # Production et distribution d'énergie # Investissement

LMK Energy relance la production régionale de charbon, en torréfiant le bois

En 2011, Franck Levarde a fait le pari osé de se lancer dans la production de bois torréfié. Après 15 millions d’euros investis en six ans, il est devenu en janvier dernier le premier producteur français de bois torréfié. Et les débouchés sont nombreux.

C’est en plein cœur du bassin minier, et même au pied d’un terril, que la société LMK Energy produit aujourd’hui du bois torréfié, un combustible aux propriétés qui le rendent assimilable à du "charbon vert". S’il s’agit d’un joli clin d’œil à l’histoire de la région, c’est aussi une première en France.

Un marché mondial

Quand il rachète une colonne de torréfaction de bois à la société bordelaise Thermya, en 2011, Franck Levarde n’a aucune idée des difficultés qui l’attendent. « Au démarrage, la colonne n’a pas fonctionné. Nous avons donc dû investir en R & D pour parvenir à produire du bois torréfié », raconte le dirigeant. La torréfaction est un processus qui consiste à chauffer le bois, graduellement, pour le passer à un taux d’humidité quasi nul. Le bois torréfié est donc imputrescible, mais aussi hydrofuge, des qualités qui lui permettent de trouver de nombreuses applications sur un marché qui est mondial. « Le Japon aurait besoin de 3 millions de tonnes de bois torréfié pour remplacer ses centrales nucléaires », affirme Franck Levarde. Il ajoute : « En France, une société comme CPCU (NDLR : compagnie parisienne de chauffage urbain) en consomme 90 000 tonnes par an, qu’elle fait venir des États-Unis... »

Près de 15 millions investis

Quand il se lance dans cette aventure, Franck Levarde est conscient des enjeux et du potentiel du bois torréfié, mais il ignore encore qu’il faudra près de six ans et 15 millions d’euros d’investissement pour que sa colonne de torréfaction fonctionne. Soutenu un temps dans ce projet par Areva, qui y a investi 6 millions d’euros, il poursuivra seul l’aventure à partir de 2016. « Il y a eu beaucoup d’incertitudes durant toutes ces années car beaucoup d’acteurs se lancent dans la torréfaction du bois mais peu y parviennent… ». S’il existe déjà quelques acteurs sur le marché, aux États-Unis ou au Canada par exemple, la France n’en comptait aucun. Mais depuis janvier 2017 la colonne de LMK Energy est opérationnelle, ce qui fait de cette PME le premier producteur de bois torréfié en France. D’une hauteur de 12 mètres, la colonne de LMK est capable de produire 20 000 tonnes de bois torréfié par an, sous forme de plaquettes et à partir de déchets forestiers. En attendant de parvenir à ce résultat, la société a développé une activité de production de bûches densifiées, vendues sous les marques Ecolochauff et Maxi bûches. LMK affiche jusqu’à présent un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,6 million d’euros, en étant déficitaire en raison des investissements dans la colonne de torréfaction.

De nombreux débouchés

Franck Levarde a donc fait le pari de consacrer du temps et de l’argent dans une aventure incertaine et ce choix est sur le point de payer, car le bois torréfié compte plus d’un débouché. L’activité qui générera le plus de chiffre d’affaires, dans les années à venir, sera la vente de sa technologie, partout dans le monde, à des acteurs ayant besoin de produire du bois torréfié. Le site de Mazingarbe sera alors un démonstrateur de la technologie. En attendant de trouver des partenaires industriels, LMK va utiliser le bois torréfié produit par sa propre colonne de trois façons. D’abord, pour fabriquer des bûches de chauffage torréfiées : « Nous pouvons utiliser la même ligne que pour la production de bûches densifiées. La bûche torréfiée aura une efficacité accrue de 25 % », déclare le dirigeant. Ensuite, pour produire du paillage pour les parterres des collectivités et les jardins des particuliers : « Étant hydrofuge et imputrescible, ce paillage durera plus longtemps que les paillages classiques », précise Franck Levarde. Enfin, la troisième application serait la production de pellets à partir de bois torréfié, qui pourraient remplacer le charbon dans les appareils de chauffage. Mais pour cela, LMK a besoin d’investir 1,5 million d’euros dans une ligne de production de pellets. La société devrait donc se lancer prochainement à la recherche de financeurs sur le sujet. Avec ces façons d’exploiter le bois torréfié produit à Mazingarbe, Franck Levarde évoque « un chiffre d’affaires supplémentaire de près de 4 millions d’euros. Peut-être pas cette année, car il faut le temps d’installer les produits en grande distribution et d’expliquer ce qu’est le bois torréfié ». L’équilibre devrait être atteint dès 2017 selon le dirigeant qui affirme : « Il nous suffit de vendre une seule colonne pour être rentables ». Enfin, à termes, le bois torréfié de LMK pourrait également trouver des applications dans les panneaux de bois, le biocarburant ou encore les plastiques composites.

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