« L'impression de courir après la montre.. : »

« L'impression de courir après la montre.. : »

En le contactant, nous lui avons laissé le choix de l'anonymat. Il a accepté de se livrer à visage découvert, pour humaniser un témoignage qui peut servir à d'autres. Jamais, il n'emploie le terme « burn-out ». Sa voix en tremble encore. Encore étudiant, Stéphane Le Bris créait sa boîte à Rennes. Jeune dirigeant sur tous les fronts, il a craqué il y a deux ans. Aujourd'hui, à 22 ans, il est équipier chez « Mac Do » dans les Côtes d'Armor, près de sa famille. En 2011, il lance donc Fanatic Game, premier réseau social de fans de jeux vidéo, « le Facebook » de ces gamers. Ce qu'il faisait dans sa chambre d'étudiant devient vite une entreprise à plein temps, avec un ami bordelais associé. « De 5.000 utilisateurs, nous sommes vite arrivés à 20.000. J'étais surmotivé !, raconte-t-il. Mais je n'avais aucune expérience en gestion, en négociation... » Épaulé par le fonds breton Logoden, entré à son capital, il s'aguerrit au pilotage de sa SARL dans laquelle il a investi 45.000 €. « Quand on entre dans une structure, cela prend une dimension différente. Tout allait bien, tout allait vite... Je n'ai pas vu le temps passer. Je contrôlais l'aspect technique mais j'étais embarqué dans des éléments que je ne maîtrisais pas, en confrontation avec la gestion. Cela me faisait peur », se souvient Stéphane qui intègre alors le Booster de la cantine numérique. « Les gens étaient attentionnés. Ils m'ont fait confiance avec mon sac à dos d'étudiant, mais les erreurs que j'avais commises au départ avaient beaucoup entaché la société. J'ai commencé à perdre pas mal de forces. Mon état était désastreux, mes nuits se résumaient à 4 ou 5 h. Je faisais des crises d'angoisse. J'étais complètement dépassé et ma santé financière était catastrophique. » Il finit par être hospitalisé. Un « coup de tonnerre » pour ses associés. Avec le recul, Stéphane Le Bris analyse : « C'est important d'être bien préparé pour créer. J'aurais dû prendre plus de temps pour être au top sur la ligne de départ. J'ai eu l'impression de courir après la montre. Se lancer juste pour vivre sur de l'investissement est voué à l'échec ! » Aujourd'hui, il est en passe de revendre sa société (75.000 membres) au Marseillais Provialink qui en a l'exploitation depuis six mois. « Il n'y avait pas vraiment d'autre issue. »



Propos recueillis par G.B.

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