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"En plus de notre activité digitale, nous avons traité 50 millions de plis l’an dernier"
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Benoît Collin directeur du site Paragon Editique de Carros "En plus de notre activité digitale, nous avons traité 50 millions de plis l’an dernier"

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Les entreprises d’éditique ne sont que quelques-unes en France et le marché a encore tendance à se resserrer avec l’augmentation de la dématérialisation. Le groupe irlandais Paragon compte deux sites sur cette activité dans l’Hexagone pour un chiffre d'affaires de 26 millions d'euros. L’un à Blois, le second à Carros dont Benoît Collin est le directeur.

Benoît Collin est le directeur du site Paragon Editique de Carros, près de Nice — Photo : Olivia Oreggia

L’éditique est un secteur peu connu, de quoi s’agit-il ?

Quand j’explique que mon métier est d’imprimer et de mettre sous plis les courriers, les gens ont souvent la vision d’une personne à son bureau, avec sa petite imprimante, qui prend un document, le plie, lèche l’enveloppe… Sur ce site de Carros, où travaillent 25 personnes, on est loin de cela puisqu’au dernier exercice, nous avons traité 50 millions de plis pour 210 millions de pages imprimées. Et on est déjà monté à 60 millions ! Quatre camions viennent chaque jour récupérer les plis.

Sur son site de Carros, Paragon Editique a une capacité de traitement de plus de 100 millions de plis par an — Photo : Olivia Oreggia

"Nous imprimons 2 millions de relevés bancaires chaque année."

Quelle différence alors avec l’imprimerie ?

Nous sommes dans le document de gestion : relevé de compte, carte de mutuelle, convocation aux assemblées générales pour les syndics de copropriété, factures… tout ce qui contient de la donnée personnelle et qui est personnalisé. Par exemple, sur les 2 millions de relevés de compte que nous imprimons, tous se ressemblent mais les données à l’intérieur sont toutes différentes. Contrairement à la carte Yves Rocher, produite sur un autre site de Paragon en France, sur laquelle seul le nom change.

En reprenant l’exploitation du site à Pro BTP fin 2022, Paragon a investi dans des machines, notamment ces imprimantes, pour augmenter la capacité de production, qui a doublé la première année — Photo : Olivia Oreggia

Comme nous traitons de la donnée confidentielle, tout est très informatisé et industrialisé. On ne peut pas se permettre de mélanger deux plis, d’imprimer le mauvais verso sur le mauvais recto. Chaque feuille est tracée pour s’assurer que l’opération est bien intègre, qu’il y a bien le bon nombre de feuilles, qu’elles sont dans le bon ordre, bien pliées comme le client l’a demandé, en deux, en trois ou à plat, que le pli a bien été affranchi et déposé en Poste. On parle d’intégrité du pli et d’intégralité des documents confiés.

Et si le destinataire a par exemple déménagé et que le courrier n’a pas pu être distribué, il revient chez nous, nous informons le client et gardons une trace dans le dossier.

Une année, nous avons ainsi traité plus d’un million de retours de courriers recommandés, parce que l’adresse avait changé ou que le destinataire l’avait refusé.

Paragon Editique numérise et archive les accusés de réception afin que ses clients puissent avoir un suivi complet et précis — Photo : Olivia Oreggia

"Il y a encore une prédominance du papier. Et on pense qu’il ne disparaîtra pas, en tous cas pas tout de suite."

Néanmoins, le papier est à la baisse face à la dématérialisation… comment gérez-vous cette évolution ?

Nous avons développé toute une partie digitale dans notre activité pour nous adapter au marché. Nous avons notamment fait le choix fort de devenir, il y a quelques mois, éditeur de logiciel sur la lettre recommandée électronique (LRE). Dans notre stratégie, nous souhaitons accompagner nos clients vers cette transition afin qu’ils puissent avoir un seul et unique prestataire pour traiter le papier électronique.

Mails, SMS… nous sommes dans l’omnicanalité, car tous ces canaux sont complémentaires selon le message à adresser, même s’il y a encore une prédominance du papier. Et puis on pense qu’il ne disparaîtra pas ou en tous cas, pas tout de suite, même si on subit des pertes en volumes, sans avoir perdu de clients.

Le papier reste, pour l’heure, prédominant dans l’activité de Paragon Editique. Une bobine de papier se déroule sur 12 kilomètres ! — Photo : Olivia Oreggia

Dans ce contexte, quelles sont vos perspectives ?

Le marché se resserre, de plus en plus de prestataires ferment ou décident de vendre. On reste donc à l’écoute des opportunités, Paragon s’étant construit en partie par des acquisitions. Sa volonté est d’être forcément dans les trois derniers acteurs de l’éditique. Basé en Irlande d’où il est originaire, le groupe a un actionnariat familial et investit justement pour être toujours là demain, alors que d’autres n’y croient plus.

L’activité de Pragon Editique est fortement informatisée pour assurer le suivi et l’intégrité parfaite des documents traités — Photo : Olivia Oreggia

Nous devrions récupérer des parts de marché qui nous permettraient de compenser aussi ces baisses. Surtout dans la région où nous sommes un peu tout seuls dans notre métier, bien que nous ayons des clients dans toute la France. Le premier prestataire d’éditique avec des capacités quasi équivalentes, est basé à Lyon. Également dans un souci des enjeux RSE, nous voudrions trouver de nouveaux partenaires plus locaux et régionaux.

Paragon est finalement présent à Carros depuis peu, depuis fin 2022 et la reprise de l’exploitation du site alors occupé par Pro BTP.

Paragon Editique imprime 2 millions de relevés bancaires par an — Photo : Olivia Oreggia

Quelle est la place des sujets RSE dans votre activité ?

Nous sommes très axés sur la RSE sur le site. C’est une culture que j’ai et qui est très forte. Nous arrivons à déployer pas mal d’actions parce qu’il est vrai qu’on achète et jette beaucoup de matières. Nous effectuons donc un tri très poussé avec une valorisation de déchets à plus de 99 %. Évidemment, nous n’utilisons pas d’encres polluantes mais nous avons tout de même des bacs de rétention pour éviter, si jamais un bidon se perçait, que l’encre aille souiller les nappes phréatiques ou les caniveaux.

Nous travaillons beaucoup sur les transports. Notre fournisseur d’enveloppes, Pochéco, qui est un gros faiseur dans le métier et qui lui-même a des valeurs RSE très fortes, est basé à Lille. La marchandise vient depuis Lille en train… Malheureusement, il ne peut pas aller plus loin que Miramas, des camions doivent ensuite prendre le relais. Avec Pochéco, nous travaillons d’ailleurs aussi sur un nouveau concept de palettes complètement en bois pour du zéro déchet, avec un carton qui serait repliable et réutilisable.

Paragon Editique parvient à revaloriser 99 % de ses déchets — Photo : Olivia Oreggia

Le papier, quant à lui, est recyclé mais nous essayons d’en limiter au maximum les déchets en massifiant encore davantage les commandes, les impressions, en travaillant sur un ordonnancement optimisé. Sur les bobines, nous avons déjà réussi à travailler sur du 42 centimètres de large au lieu de 45, en supprimant des bandes qui partaient à la poubelle. Nous avons réduit les déchets de 7 %.

Alpes-Maritimes # Industrie # Numérique # Grandes Entreprises # Écosystème et Territoire # Innovation