On ne manœuvre pas aussi facilement avec un bateau de croisière ou un méthanier dans l’estuaire de la Loire, qu’avec une petite voiture dans les rues de Saint-Nazaire. Ces gros navires ont besoin de l’assistance d’autres bateaux, des navettes plus petites, qui les aident à s’amarrer.
Depuis sa création en 1948, ces opérations sont la spécialité de l’entreprise Lamanage Huchet-Desmars (LHD). Avec 120 salariés à bord, dont une centaine de marins, la société (CA non communiqué) vient d’innover avec la première vedette électrique dédiée à ces opérations de lamanage.
Un budget total de 2,9 millions d’euros
Premier modèle du genre en Europe, cette vedette de huit mètres aura nécessité un budget total de 2,9 millions d’euros, dont 1,8 million d’euros pour la R & D et 1,1 million d’euros pour la construction. "Nous avons bénéficié de subventions de fonds européen (Feder), du fonds CMA CGM et de Bpifrance. Pour compléter, nous avons débloqué 1,5 million d’euros en autofinancement", complète Virginie Ringeard, responsable juridique et assurances de LHD.
Un véritable défi industriel
Les premières réflexions autour de cette vedette électrique remontent à 2021. Cinq ans plus tard, elle vient d’être mise à l’eau par son constructeur, le chantier naval vendéen Ocea, qui possède également un site à Saint-Nazaire. "Il devrait nous être livré d’ici la fin du mois", espère Virginie Ringeard. Si ce défi industriel a pris du temps, c’est qu’il ne se résume pas à un simple changement de motorisation. Les vedettes de lamanage doivent par exemple avoir une grande force de traction, pour tirer parfois plusieurs tonnes.
Cette vedette devait également être disponible 24h sur 24 et 7 jours sur 7, avec une charge possible en moins d’une heure pour ne pas l’immobiliser trop longtemps. "Avoir une batterie à plat s’il y a une opération à réaliser dans le port n’est pas une option", ajoute Virginie Ringeard. La vedette est ainsi équipée d’une batterie de 2,8 tonnes, pour un bateau d’un poids total de sept tonnes. "Il a fallu repenser la carène pour ne pas augmenter son tirant d’eau", appuie Virginie Ringeard.
Des preuves d’efficacité avant une potentielle industrialisation
LHD travaille également avec le cabinet nazairien Akajoule, afin d’ajouter des capteurs sur sa future vedette, et évaluer ses performances énergétiques par rapport aux équivalents thermiques. "De plus en plus de ports sont des zones ECA (zones de contrôle des émissions, NDLR). Mais les opérations de lamanage possèdent des dérogations car il n’y a aujourd’hui aucune solution de décarbonation. Lorsque notre vedette aura fait ses preuves, cela montrera à nos collègues présents dans d’autres ports que c’est possible. Cette vedette pourrait alors être industrialisée", souligne Virginie Ringeard.
Un investissement sur l’avenir
En parallèle de son activité historique de lamanage pour laquelle l’entreprise possède cinq vedettes, LHD s’est diversifié avec une flotte de navires plus grands, afin de réaliser des travaux en mer, ou encore d’intervenir pour de la maintenance sur les éoliennes offshores.
"Nous ne réalisons pas nous-mêmes les travaux, mais fournissons les navires pour des industriels du secteur", détaille Virginie Ringeard. LHD possède ainsi une flotte d’une quinzaine de navires, plus gros que les vedettes, pour ces opérations en mer. Un secteur qui à l’avenir pourrait bien suivre celui du lamanage vers la décarbonation.