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L'expert du contrôle d'accès Cogelec veut s’étendre sur le marché européen
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L'expert du contrôle d'accès Cogelec veut s’étendre sur le marché européen

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Le groupe vendéen Cogelec revendique plus de 50 % du marché français du contrôle d’accès aux habitats collectifs. La discrète entreprise, aujourd’hui cotée en Bourse, souhaite se développer sur l’ensemble du continent européen. Après avoir créé trois filiales en Allemagne, Pays Bas, et Royaume-Uni, Cogelec compte sur des partenaires distributeurs dans les autres pays européens.

Roger Leclerc, dirigeant de Cogelec, mise sur la R & D et l’export pour s’offrir d’autres perspectives de croissance — Photo : Benjamin Robert

Si vous avez un badge pour entrer dans vos bureaux, ou dans votre immeuble, il y a de fortes chances qu’il vienne d’une usine vendéenne. Et plus précisément de celle de Cogelec, à Mortagne-sur-Sèvre. Fondée en 2000 par six personnes, dont l’actuel directeur général Roger Leclerc, la discrète entreprise s’est lancée au départ avec un simple système de badges détectés par un lecteur pour ouvrir les portes des immeubles. Un quart de siècle plus tard, on peut dire que le succès est au rendez-vous. L’entreprise compte au total 350 personnes, dont 240 au siège vendéen. Elle a réalisé 66 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023. "Nous tablons sur une augmentation de 13 % du chiffre d’affaires pour 2024", planifie Roger Leclerc, fondateur et directeur général de Cogelec.

Un modèle économique unique

Si en 25 ans Cogelec a réussi à se rendre incontournable pour contrôler l’accès aux habitats collectifs, c’est notamment grâce à une innovation, sortie en 2007 avec le lancement de sa gamme Intratone. Cette dernière se distingue de la concurrence par son modèle économique unique. Par rapport aux interphones classiques, l’entreprise installe en bas des immeubles une platine qui se connecte directement au réseau de téléphonie. Ce système veut apporter un meilleur confort pour les habitants, qui ne sont plus dépendants du combiné mural et peuvent déverrouiller la porte avec leur téléphone, fixe ou mobile. "Nos concurrents fonctionnent depuis des décennies avec la vente d’interphones, alors que nous sommes basés sur un système d’abonnement et de services. C’est comme si nous avions un parc de centaines de milliers de cartes SIM", sourit le fondateur.

"En quelques jours, nous pouvons connecter plusieurs milliers de téléphones sans avoir besoin de rentrer dans chaque logement"

Parmi les arguments pour promouvoir sa solution, Roger Leclerc met aussi en avant une sécurité renforcée. "Un potentiel cambrioleur va tester les interphones avant. Avec notre système, vous pouvez décrocher même si vous n’êtes pas chez vous". L’entreprise revendique aujourd'hui une présence dans 16 millions de logements. Pour les bailleurs, ce système représente également une plus grande simplicité selon le directeur général. "De notre côté, nous installons seulement la platine en bas de l’immeuble, puis la connectons aux différents téléphones. En quelques jours, nous pouvons connecter plusieurs milliers de téléphones sans avoir besoin de rentrer dans chaque logement, comme cela est le cas pour un système d’interphonie classique, où il faut trouver un créneau avec chaque occupant", explique Roger Leclerc.

Un marché stable dans le temps

Les perspectives de croissance de Cogelec peuvent surprendre à première vue dans un marché de l’immobilier en crise depuis maintenant de longs mois. "Nous ne sommes pas sur un marché d’achat compulsif des clients. Nos achats se font car il y a une nécessité de changer les interphones. Nous avons un flux de 4 à 5 % du parc à changer tous les ans. Le marché est donc très stable", analyse Roger Leclerc.

Une internationalisation au cas par cas

Jusqu’en 2018, l’entreprise s’est surtout développée sur le sol français. Mais cette année-là, Cogelec prend une nouvelle dimension. Elle entre en Bourse, sur Euronext, et lève 39 millions d’euros. Objectif affiché de cette opération : l’export, avec la création de trois filiales en Allemagne, en Angleterre, et aux Pays Bas. "Nous avons créé ces filiales dans les pays avec un fort pouvoir d’achat, et une population assez dense", détaille le dirigeant. Ces lancements, juste avant la crise du Covid-19, ont connu des embûches à leurs débuts. "La crise sanitaire a été délicate car il n’y avait plus d’assemblée générale dans les copropriétés, et les décisions étaient reportées", se souvient Roger Leclerc. De plus, les gestionnaires étrangers étaient habitués au procédé d’achat et vente avec l’interphonie, et il fallait les convaincre de changer leur habitude.

13 % de l'activité réalisée à l'étranger

"Notre rupture technologique a mis du temps à lever les réticences", note Roger Leclerc. Néanmoins, ces filiales ont tenu bon, et comptent aujourd’hui un total de 60 salariés, notamment des commerciaux. "Nous équipons 150 000 logements via nos filiales", ajoute le dirigeant. Ces dernières représentent aujourd’hui 8,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 13 % de l’activité totale.

Cogelec mise maintenant sur son essor dans d’autres pays européens pour continuer sa croissance… mais sans parier sur la création de filiale en propre. "Nous miserons plutôt sur des distributeurs partenaires dans les autres pays, notamment en Espagne et en Italie. Dans le Sud, il y a historiquement une culture de l’interphonie qui est forte, avec des entreprises déjà installées. De plus, cela nous évitera des investissements pour établir une équipe sur place", souligne Roger Leclerc.

Une bonne poignée de high-tech

Outre l’export, l’entreprise ne manque pas de relais de croissance. Depuis l’été 2024, elle commercialise un nouveau produit, baptisée Kibolt. Il s’agit d’une clé microélectronique, soit une clé de haute sécurité, qui ne peut pas être reproduite. "Cette dernière fonctionne avec un cylindre spécifique (zone où la clé est introduite dans la serrure, NDLR) qui peut être installé sur toutes les portes", s’enthousiasme Roger Leclerc. L’accès à une cave, un garage, ou encore un escalier ne nécessite ainsi qu’une seule clé. Chacune est identifiée par un numéro et ouvre seulement les serrures Kibolt dont l’accès a été autorisé.

Traçabilité des ouvertures de portes

"Les syndics ont parfois des murs entiers de clés. Retrouver la bonne clé peut mettre du temps. C’est aussi le cas pour un opérateur de téléphonie, qui a besoin d’accéder à un local technique dans un immeuble. Notre système leur facilite la tâche. De plus, il offre aussi une traçabilité des personnes rentrées par la porte. Cela contribue à la sécurité des lieux", appuie le dirigeant. En outre, l’aspect électronique de la clé Kibolt permet, par rapport à une clé mécanique, de résister au crochetage. "Cela peut servir à des installations qui nécessitent une forte sécurité, comme des transformateurs électriques par exemple", note le dirigeant.

Certes, ces clés Kibolt sont en moyenne 10 fois plus chères qu’un système de clé classique... "Un cylindre électronique se situe aux alentours de 200 euros. Mais nous apportons un réel service pour les gestionnaires des communs d’immeubles", justifie le dirigeant.

Des indicateurs au vert

Entre export et innovation, l’ETI ne semble pas près de ralentir le rythme. Et les chiffres de ces dernières années l’attestent. Suite à la sortie de la crise sanitaire, Cogelec marquait une croissance de 27 % en 2021, pour un chiffre d’affaires de 51,6 millions d’euros. En 2022, le groupe enregistrait encore une augmentation à deux chiffres (16 %) de son activité. L’année suivante, rebelote, avec + 10,5 %, et un chiffre d’affaires qui s’établit à 66 millions d’euros. "Aujourd’hui, tous les indicateurs sont au vert", se satisfait Roger Leclerc. Même le niveau de trésorerie, qui s’établissait fin 2023 à 22,5 millions d’euros, semble pouvoir offrir à l’entreprise d’une sécurité supplémentaire en cas de mauvaise surprise. Cogelec est ainsi prête à ouvrir les portes des années à venir avec sérénité.

Encadré : Un nouveau produit pour le maintien à domicile

Cogelec ne veut pas perdre son élan actuel. Pour ce faire, Roger Leclerc, directeur général, ne minimise pas les moyens, notamment sur la R & D, qui représente un effectif de 60 personnes au sein de l’entreprise. Fruit de ce travail, l’entreprise lancera Kibolt Home au printemps 2025, un bandeau de porte complet doté d’une dizaine de brevets. La porte comporte ainsi des options qui n’apparaissent pas, à première vue, comme des besoins essentiels : une caméra grand angle, un lecteur de badge, un micro et un haut-parleur permettant la fonction interphone, ou encore un capteur de mouvements intégré. "Le bandeau comprend neuf points de verrouillage, ainsi qu’un judas numérique connecté", complète le dirigeant. Le propriétaire peut ouvrir la porte à distance à ses proches et aux visiteurs. "Kibolt Home représente un avantage pour le maintien à domicile de personnes âgées, avec des aidants qui viennent par exemple livrer un repas", argumente Roger Leclerc. Le dispositif est aussi doté d’une fonction anti-errance. "Si par exemple un parent âgé est désorienté et souhaite sortir du domicile, une simple pression sur la poignée enclenchera un appel sur le téléphone de son enfant ou de la personne responsable. Il pourra alors communiquer visuellement avec lui pour comprendre sa demande, le rassurer et éventuellement accepter sa sortie", détaille Roger Leclerc. Des capteurs de vibration détectent aussi les tentatives d’effraction. À l’étroit dans ses locaux, Cogelec a procédé à une extension d’usine il y a deux ans. Avec maintenant 10 000 m² de surface, l’ETI fabriquera ce nouveau produit en Vendée. Il sera testé en premier lieu sur le sol français.

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