Pour Patrick Roger, professeur de sciences de gestion - École de management - à l'Université de Strasbourg, la structure des banques leur empêche d'être objectives. «Les banques ne peuvent pas être objectives parce qu'elles ont des actionnaires qui constituent leur souci premier. C'est leur satisfaction qui est la première recherchée, compte tenu par ailleurs de leurs contraintes réglementaires (Bâle 1, 2, 3, Solvency II pour les assureurs, etc.) Pour un particulier, cela se traduit par le fait que le banquier va orienter ses placements vers des produits sur lesquels l'établissement fait de la marge. Un peu comme un vendeur d'électroménager vous oriente vers la machine sur laquelle il marge le plus ou sur laquelle il touche la meilleure prime à la vente.
«Banques mutualistes plus rassurantes mais...»
Cela dépend évidemment du montant investi: un épargnant un peu plus fortuné que la moyenne sera dirigé vers le département "gestion privée", où il aura droit à un peu plus de présence, ne serait-ce que pour soigner son ego, mais les règles fondamentales évolueront peu. Si en terme de profil de risque les banques mutualistes sont plus rassurantes, leurs fonds maison sont aussi vendus de manière prioritaire. Si on veut être bien soigné, il faut surveiller ce que fait son gestionnaire dans le choix des produits de placement, car l'intérêt des deux parties n'est pas toujours convergent.
«Tout le monde se tient»
Les Français ont avec l'argent un rapport très différent des Anglo-Saxons, par exemple. Il y a des raisons historiques: le temps des banques nationalisées, quand le client pensait que son banquier travaillait pour le bien public. Depuis, la transition s'est faite mais la mentalité des Français n'a pas évolué aussi vite que celle des banquiers. Les banques françaises sont-elles solides? Les pouvoirs publics répondent oui. Mais si vous regardez la composition de l'actionnariat, par exemple, de la Société générale, vous trouvez une de ses filiales internationales. Natixis, Groupama... Tout le monde se tient. Cinq ans avant la crise, aucun Américain n'aurait imaginé la chute de Lehman Brothers. Sur les marchés, l'impossible arrive tous les jours. Et la garantie des dépôts à hauteur de 100.000€ ne tiendrait pas la route si des millions de déposants étaient concernés.»