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"L’État s’est substitué aux banquiers pour me prêter de l’argent"
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"L’État s’est substitué aux banquiers pour me prêter de l’argent"

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Pour se sortir d’une conjoncture difficile mêlant les épidémies de grippe aviaire et de covid, Le Grenier des Gastronomes a fait appel à l’État. Grâce à l’aide d’un commissaire aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises, rattaché à Bercy, il a obtenu deux prêts et une subvention pour renflouer sa trésorerie et passer la tempête. Tout en transformant son business.

Manuel Lenglet, dirigeant de la PME industrielle landaise Le Grenier des Gastronomes, spécialisé dans la transformation du canard — Photo : Romain Béteille

La grippe aviaire et le covid. C’est ce qui a failli faire chavirer l’industriel landais de l’agroalimentaire Le Grenier des Gastronomes, spécialisé dans la transformation du canard. En rachetant cette PME d’une cinquantaine de salariés basée à Hagetmau en février 2017, Manuel Lenglet, ancien patron de l’imprimeur girondin d’étiquettes de vin Barat avait de belles perspectives. "La boîte, née en 2009, faisait 30 millions de chiffre d’affaires. Elle avait connu une belle croissance et visait les 50 millions d’euros", rappelle le dirigeant.

Action, réaction

L’épizootie d’influenza aviaire, qui a touché de nombreuses exploitations du Sud-Ouest, a rebattu les cartes. "Le nombre de canards s’est réduit. On travaillait avec de grosses coopératives qui ont réservé leurs canards à leurs propres sociétés (de transformation), relate Manuel Lenglet. En 2016, on avait transformé un million de canards. En 2017, c’était moins de la moitié".

Le chef d’entreprise tente de réagir. "J’ai monté un groupement, Gers Landes Production, pour sécuriser une partie des approvisionnements, précise-t-il. On a aussi retravaillé considérablement notre mix produit".

Autrefois principalement "sur du cru", la PME, qui revendait à des conserveurs, change de direction pour fabriquer elle-même toujours plus de produits élaborés, notamment en se dotant de sa propre conserverie. "C’est largement plus de la moitié de notre chiffre d’affaires aujourd’hui, est c’est aussi notre valeur ajoutée", poursuit Manuel Lenglet.

Le Grenier des Gastronomes, spécialisé dans la transformation du canard, emploie une cinquantaines de salariés dans son usine landaise d’Hagetmau — Photo : Antoine Cariou

Impasse financière

Moins de canards, moins de chiffre, mais toujours autant de salariés. "Je n’ai fait aucun plan social. Il y a eu du chômage partiel en 2020 et 2021", rappelle le patron du Grenier des Gastronomes. L’épidémie de Covid a, à cette période, mis à mal le secteur de la restauration hors foyer, qui représentait 40 % de l’activité de la PME.

"Les banquiers ne voulaient pas me faire de PGE. C’est là que l’État s’est en quelque sorte substitué aux banquiers pour me prêter de l’argent."

"On est tombés de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires à 12,7 millions d’euros en 2023 avec 240 000 canards", précise le chef d’entreprise. Le manque de trésorerie le pousse à déposer un dossier en vue d'un redressement au tribunal de commerce avant de se raviser 5 jours plus tard. Le remboursement de la dette contractée auprès des banques lors de son précédent LBO prend des airs d’épée de Damoclès. "Les banquiers ne voulaient pas me faire de PGE (prêt garanti par l’État, NDLR). C’est là que l’État s’est en quelque sorte substitué aux banquiers pour me prêter de l’argent directement. J’ai pris lien avec un mandataire social en 2019 et on a pu commencer à discuter avec l’État et la région en 2020", raconte Manuel Lenglet.

Bercy à la rescousse

Pour obtenir ce soutien financier, Le Grenier des Gastronomes a fait appel à un commissaire aux restructurations et à la prévention (CRP) des difficultés des entreprises, un représentant de l’État présent en région et rattaché à Bercy, chargé d’accompagner les entreprises en difficulté. Résultat : un prêt à 2,5 % d’un million d’euros, versé en août 2021. "Il a fallu montrer patte blanche, bien sûr, mais ce sont les CRP qui m’ont donné la clé d’entrée et ont permis de discuter avec Bercy, indique l’entrepreneur. Ils se sont montrés très à l’écoute et aidants. Ils ont fait entendre pas mal d’arguments auprès des banquiers. Ça a en quelque sorte servi de garantie".

Le Grenier des Gastronomes a effectué un virage pour être capable de fabriquer des produits plus élaborés à plus forte valeur ajoutée et moins dépendre de son approvisionnement en canards, mis à mal par la grippe aviaire — Photo : Grenier des Gastronomes

Le Grenier des Gastronomes a également obtenu une subvention (200 000 euros) et un prêt (785 000 euros) de la région en 2022. "À ce moment-là, j’ai fait investir cinq managers. Je reste majoritaire (90 %) mais ça a permis de renforcer l’équipe dirigeante et de s’assurer d’avoir tout le monde à bord".

Un virage réussi

Aujourd’hui, la tempête s’est calmée. "On est revenus dans un marché à peu près normal, même si la restauration souffre toujours d’une chute de fréquentation". L’entreprise transforme 500 000 canards par an, deux fois moins qu’en 2016, mais la stratégie de valorisation paye. "Notre mix client a changé, on n’a plus besoin de valoriser nos produits par le volume. On a repris notre croissance depuis deux ans, on est à 21 millions d’euros de chiffre d’affaires et on dégage des résultats positifs. On est en capacité, avec le site actuel, de doubler l’activité."

Un million d’euros

La PME, dont la dette a été rééchelonnée en 2022, a aussi réussi à sécuriser ses approvisionnements, sans se couper totalement des grosses coopératives. "Un canard sur deux vient de notre propre groupement", poursuit Manuel Lenglet. L’entreprise a même réinvesti 250 000 euros ces 18 derniers mois pour développer ses capacités de production et améliorer le confort des opérateurs (qui travaillent dans un environnement réfrigéré).

Le Grenier des Gastronomes est présent en grande distribution sous la marque "Les Thomasines" — Photo : Grenier des Gastronomes

"Il faut que les chefs d’entreprise aient en tête que ces dispositifs sont là pour aider et arrêtent d’hésiter, termine Manuel Lenglet. Souvent, on a peur d’aller demander de l’aide et d’être désigné à la vindicte populaire parce qu’on a mal géré la boîte. Mais l’objectif, au final, c’est bien d’actionner tous les leviers possibles pour sauver l’entreprise pour actionner des leviers. Il faut y aller".

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