"2024 a été une année à deux visages, avec comme point de renversement, la dissolution de l’Assemblée nationale", affirme Laurent Sahuquet, directeur régional Grand Est de la Banque de France. Avec lui, les représentants régionaux de l’Urssaf et de la direction générale des Finances publiques ne peuvent qu’acquiescer. Tous peinent à trouver les bonnes nouvelles de cette année 2024. "Il faut se satisfaire de notre victoire face à l’inflation qui devrait permettre de relancer le pouvoir d’achat et la consommation", affirme le directeur de la Banque de France pour éclaircir le tableau.
L’investissement des entreprises est touché
Parmi les principaux points noirs identifiés, la chute de près de 10 % du montant total des exportations des entreprises de la région, qui dépasse difficilement les 40 milliards d’euros en 2024 contre 44,5 milliards l’an passé.
Autre symptôme des difficultés économiques actuelles, la baisse de 1,3 % des investissements des entreprises, lié à l’instabilité politique et budgétaire selon Laurent Garnier, directeur régional des finances publiques du Grand Est : "Nous sommes dans un contexte où l’incertitude et l’attentisme dominent depuis la dissolution. Plusieurs entreprises ont dû mettre entre parenthèses des projets prévus en début d’année, notamment la plupart des projets visant à étendre leur activité".
Le chiffre d’affaires global décroche
Le bilan économique de 2024 contraste très fortement avec celui réalisé par les mêmes personnes l’an passé. "En 2023, le chiffre d’affaires global des entreprises dans la région Grand Est était en hausse de + 8 %. Douze mois plus tard, il est en baisse de 1,4 %. Il y a un décrochage dans le Grand Est sur l’année, même par rapport au niveau national", résume le directeur régional des finances publiques du Grand Est. Un décrochage qui se répercute sur la création d’emplois : au global, près de 5 000 postes salariés ont été supprimés dans le Grand Est cette année.
Les secteurs de l’industrie et du bâtiment principalement touchés
Les principaux secteurs économiques en difficultés pendant cette année 2024 sont l’industrie et la construction. Le chiffre d’affaires total des entreprises industrielles du Grand Est a diminué de 5,1 % sur un an, soit une chute de presque 5 milliards d’euros, retombant à un niveau inférieur à 2022.
Pour le secteur de la construction, ce sont surtout les défaillances d’entreprises qui sont l’élément le plus marquant : sur les 4 341 entreprises défaillantes dans le Grand Est sur les douze derniers mois (+ 13 % sur un an), plus d’un millier le sont dans le secteur du bâtiment. "Même si pour le second œuvre, la situation n’est pas catastrophique, le carnet de commandes pour les projets gros œuvres est trop faible pour tenir le choc", explique Valérie Bour, directrice régionale adjointe de la Banque de France.
Une situation qui ne devrait pas vraiment s’améliorer l’an prochain selon les prévisions de la Banque de France : "Le cycle de l’immobilier est un cycle long. L’année 2024 a été très difficile pour les entreprises du bâtiment, et, malheureusement, 2025 le sera sûrement aussi. Nous attendons une reprise du marché pour l’année 2026. Nous allons bientôt voir la fin du tunnel", assure Laurent Sahuquet.