Le fret fluvial va faire son retour à Toulouse, après avoir disparu depuis plus de cinquante ans. Il sera le fait de deux start-up ayant remporté l’appel à projets lancé par Toulouse Métropole et Voies navigables de France. Ce projet consistera à acheminer des marchandises par bateau électrique du port de Lalande, au nord de l’agglomération, jusqu’au port Saint-Sauveur au sud, en passant par le quai des Minimes, en empruntant le canal latéral à la Garonne puis le canal du Midi.
À l’aller, un transport de colis pour les commerçants
Ce service sera assuré par River Connect, start-up créée en 2023 et basée à Toulouse. Ce projet marquera le lancement de son activité. River Connect transportera des denrées alimentaires en provenance du MIN tout proche, à destination des commerçants et restaurateurs du centre-ville. "Une étude de marché réalisée auprès de 129 restaurateurs et commerçants du centre-ville a montré que 46 % d’entre eux seraient intéressés par notre service de livraison", explique son créateur, Florent Cambournac. Le transport de fret concernera aussi des colis. Le logisticien strasbourgeois Heppner sera l’un des deux premiers clients de la jeune société. "Le dernier kilomètre sera effectué par notre partenaire en cyclo-logistique Applicolis/Les Coursiers Toulousains (CA NC)", précise Florent Cambournac. Ce projet est soutenu par le programme Logistique 4.0/Logistique des derniers kilomètres de l’Ademe.
Au retour, des déchets alimentaires pour du compost
Le deuxième client de River Connect sera la jeune entreprise Les Alchimistes Occiterra, co-lauréate du projet. Créée en 2018, cette société collecte des déchets alimentaires auprès des professionnels et des collectivités pour les valoriser en compost, qu’achètent ensuite maraîchers et agriculteurs. Membre du réseau national Les Alchimistes, l’entreprise emploie aujourd’hui 20 personnes, pour un chiffre d’affaires d’un million d’euros. Ses cargaisons occuperont les flux retour de River Connect. "Ce projet n’est pas vital pour nous, mais c’est du bonus", explique Valentin Mizzi, cofondateur des Alchimistes Occiterra. "Nous y voyons le moyen d’assurer une collecte plus verte, et de participer à désengorger la ville. Nous espérons augmenter la part de déchets collectés à vélo (minime pour l’instant)". La plateforme de compostage se trouvant près du port de Lalande, l’adhésion au projet tombait sous le sens.
Pour la Métropole, un enjeu environnemental et patrimonial
"Nous avons trouvé l’association percutante", commente François Chollet, vice-président de Toulouse Métropole. Pour la collectivité, "cela répond à des enjeux de politique environnementale, sur la pollution de l’air et le bruit, mais cela touche aussi à l’économie, à la logistique, au trafic". Par ailleurs, cela s’inscrit dans la politique globale de réhabilitation portée dans le projet Grand Parc Canal.
Un financement encore attendu
François Chollet prévient toutefois que "le plan de charge est très progressif", avec des essais sur un premier bateau au printemps 2025, pour un lancement commercial attendu en septembre. Les acteurs concernés doivent encore signer certaines conventions. La concrétisation du projet dépend surtout des financements. River Connect utilise d’anciens chalands ostréicoles reconditionnés en barges de fret fluvial électriques et automatisées. "Nous attendons que l’Ademe libère la subvention qui nous a été octroyée en juillet 2024 pour pouvoir en commencer la transformation", temporise Florent Cambournac. Il faudra ensuite compter trois mois de travaux. Malgré cette incertitude, "nous menons en parallèle des démarches pour de prochaines implantations à Nantes (Loire-Atlantique) et à Reims (Marne)", précise Florent Cambournac.