Gilles Henrio, le président du Tribunal des activités économiques (ex-Tribunal de commerce) de Saint-Brieuc résume la situation en 2024, d’une formule imagée : "l’économie des Côtes-d’Armor est un matériau qui a subi des pressions, parfois des déformations mais qui a réussi à garder sa forme initiale."
Dans le détail, les redressements et liquidations judiciaires ont progressé de 23 % sur un an, à 326 procédures, après avoir déjà progressé de 25 % en 2023. Un chiffre 2024 supérieur à celui de la région (22,2 %) mais inférieur à celui du pays (24,1 %). Ces procédures ont été en majorité des liquidations (225, en augmentation de 18 %) souvent immédiates, dont les conséquences sont moindres qu’ailleurs grâce à la structure économique du département. "75 % des entreprises costarmoricaines sont des TPE, rappelle le magistrat. Les liquidations ont surtout concerné de jeunes TPE en mono-activité, dont le fonds de roulement a été insuffisamment financé. "
Moins de salariés impactés par les liquidations
Le nombre de salariés impactés a diminué de 42 % (530 contre 906), en l’absence d’entreprise liquidée plus importante, comme on avait pu le connaître avec E-loft en 2023. Et le passif fiscal, social et bancaire a baissé de 30 %, arrivant à 49,6 millions d’euros, contre 70,7 millions d’euros en 2023.
Parmi les secteurs les plus impactés, figure celui du bâtiment, avec 71 professionnels "de taille modeste" ayant subi une liquidation, contre 54 en 2023. "La difficulté d’accès à l’emprunt pour les primo-accédants, l’augmentation des frais de fonctionnement des entreprises et le manque de visibilité des mesures d’aide à la construction" ont joué, explique Gilles Henrio. Les secteurs des commerces de proximité (67 contre 55 un an plus tôt) et des bars et restaurants (59 contre 48), notamment en raison de changements dans les habitudes de consommation, suivent.
La rénovation sauve les meubles
La collecte de TVA dans les Côtes-d’Armor a diminué de 1,2 %, si on se réfère aux chiffres de l’Insee arrêtés en septembre 2024. Si l’industrie manufacturière (29 % de l’activité du département) recule de 3,9 %, le secteur de la construction progresse, lui, de 3,8 %. "Cela peut s’expliquer par le secteur de la rénovation, qui se maintient, reprend le président. Mais les derniers mois de l’année laissent craindre des chiffres moins bons sur l’année."
Baisse de 2,5 % des investissements
Les investissements ont diminué de 2,5 % en 2024, plus que la moyenne nationale d’1,5 %. "Nous constatons très fréquemment un transfert de budget d’investissement vers le budget de maintenance, relève le magistrat. L’agroalimentaire, sur lequel repose en grande partie la santé de l’économie, fait ces arbitrages alors que le secteur doit engager une transformation de son outil de travail pour répondre notamment aux enjeux environnementaux et de sécurité alimentaire."
Enfin, le chômage était stable à 6,2 %, supérieur à celui de la Bretagne (5,9 %) mais inférieur à celui de la France métropolitaine (7,1 %). Le taux de Lamballe Terre et Mer est le deuxième plus bas en Bretagne, à 4,7 %, derrière celui de Vitré (Ille-et-Vilaine, 3,7 %).
Plus d’immatriculations que de radiations
Dans le domaine du contentieux du Tribunal de commerce, devenu depuis le 1er janvier le Tribunal des activités économiques en incluant notamment les contentieux des 11 000 associations (dont 85 emploient plus de 50 salariés) et des 6 000 exploitants agricoles du département, les 12 magistrats ont rendu 2 665 décisions, en moyenne dans un délai de 46 jours. Seules 0,18 % de ces décisions ont fait l’objet d’une infirmation totale par la Cour d’appel. 5 dirigeants ont été condamnés par le tribunal (3 interdictions de gérer, 2 faillites personnelles).
Côté registre, le nombre d’immatriculations d’entreprise s’est élevé à 3 921 (+ 17 %) et celui des radiations à 2 235 (+ 25 %). Ces dernières concernent là aussi de petites structures datant d’il y a 4 ou 5 ans.