Pour Gilles Henrio, président du Tribunal des activités économiques de Saint-Brieuc (qui couvre toutes les Côtes-d’Armor excepté Dinan), le département costarmoricain s’est révélé "endurant" en 2025. Des indicateurs de l’Insee, arrêtés à la fin du troisième trimestre 2025, l’attestent. La collecte de TVA (liée au chiffre d’affaires des entreprises) en hausse de 2,1 %, alors que la croissance nationale est de 1,1 %. Les investissements progressent de 2,3 %. Quant au chômage, il s’est stabilisé à 6,3 %, comme sur l’ensemble de la Bretagne et reste inférieur à celui de la France métropolitaine, qui s’est établi à 7,7 %.
Un "matelas économique" de TPE qui amortit les difficultés
"Trois particularités de l’économie des Côtes-d’Armor expliquent sa résistance, reprend le président. La première est ce tissu de près de 53 000 entreprises, dont plus de 27 000 sont des structures modestes"
Autrement dit, le nombre d’emplois concernés par les procédures collectives de ces TPE est sans mesure comparé à des défaillances d’entreprises de tailles plus importantes. "La deuxième particularité est le poids des entreprises agroalimentaires qui répondent au besoin de s’alimenter et dont beaucoup produisent pour des marques de distributeur, qui progressent, ajoute-t-il. La troisième est une agriculture diversifiée, capitalistique et génératrice d’emplois."
Des retards de paiement qui fragilisent
Gilles Henrio pointe cependant des points de fragilité de ce modèle, avec "la baisse du cours du porc et les répercussions du Mercosur", pour l’agriculture, et "une industrie agroalimentaire de volume, dont la marge a tendance à baiser et qui a besoin d’investissements". Autre motif d’inquiétude, les retards de paiement s’allongent, atteignant en moyenne 13,3 jours pour les acteurs privés, et 21 jours pour les donneurs d’ordre publics. Les ordonnances d’injonction de payer ont augmenté de 8,5 %.
Cette résistance n’a cependant pas empêché une hausse des procédures collectives. Avec 400 redressements et liquidations judiciaires, elle s’élève même à + 23 %. Mais cette progression s’explique en partie par l’élargissement de la compétence du tribunal (ex-tribunal de commerce) à la plupart des activités économiques, comme les exploitations agricoles, sociétés civiles et associations, dans le cadre d’une expérimentation nationale de 4 ans débutée au 1er janvier 2025
Vers la création d’un "permis d’entreprendre"
À périmètre constant, la hausse n’est "que" de 9 %. Ces procédures ont touché principalement les commerces de proximité, les entreprises du bâtiment et les bars et restaurants. 80 % d’entre elles ont concerné des TPE, souvent avec une mono-activité et "dont les fondamentaux n’ont pas été suffisamment pris en compte à leur création", pointe le président du tribunal.
C’est pourquoi Gilles Henrio appelle à la création d’un "permis d’entreprendre", qui ne viendrait pas diminuer la liberté de créer son entreprise mais qui formerait les créateurs aux fondamentaux d’une entreprise. Un groupe de travail devrait être mis en place, avec à sa tête l’expérimenté juge consulaire honoraire Alain Pivert.
Plus d’immatriculations que de radiations
Enfin, il y a eu en 2025 plus d’immatriculations (4 100, en hausse de 5,5 %, grâce aux sociétés civiles, en progression de 18 %) que de radiations (2 300 en hausse de 2 %). Le solde positif s’élève à 8 %.