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"Les incertitudes politiques freinent les investissements des entreprises"
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"Les incertitudes politiques freinent les investissements des entreprises"

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En cette fin 2024, les chefs d’entreprise normands sont dans l’incertitude face à l’instabilité politique du pays et leurs investissements s’en ressentent. Président de CCI Normandie, Vincent Laudat souligne l’attente d’une réduction des charges fiscales et d’une simplification des obligations déclaratives chez les chefs d’entreprise, ainsi qu’un meilleur accès aux prêts.

"En région, près d’un dirigeant sur deux affirme que la situation politique française a un impact sur le niveau d’activité de son entreprise", souligne Vincent Laudat, président de la CCI Normandie — Photo : Sébastien Colle

Quelle est votre analyse de la conjoncture économique en Normandie ?

Pour la Normandie, la conjoncture économique est placée sous le signe de l’attentisme. L’activité économique a de nouveau ralenti au premier semestre 2024, malgré un recul de l’inflation. On constate que le manque de vigueur de la demande fragilise les entreprises, notamment dans le commerce, les services aux particuliers et la construction.

La hausse du prix des matières premières demeure la deuxième source de préoccupation des chefs d’entreprise, selon la dernière enquête que nous avons mené auprès des chefs d'entreprise en cette fin d'année, notamment dans les secteurs du commerce et de la construction qui sont les plus impactés par ce problème. À cela s’ajoute la hausse du coût de l’énergie qui reste une forte charge, même si cette difficulté apparaît moins pressante qu’il y a un an. La prolongation du bouclier tarifaire jusqu’à début 2025 semble endiguer, dans une certaine mesure, les difficultés liées à l’énergie. Cependant l’industrie, très consommateur d’énergie, reste le secteur le plus pénalisé.

"En Normandie, près d’un dirigeant sur deux affirme que la situation politique française a un impact sur le niveau d’activité"

On peut aussi souligner les difficultés en matière de ressources humaines, toujours considérées comme un obstacle structurel, et qui touchent une entreprise sur quatre. Sur ce point, l’industrie et la construction sont davantage confrontées à ces difficultés de recrutement. Enfin, et alors qu’elles semblaient s’estomper le semestre dernier, des difficultés d’approvisionnement en matières premières et de marchandises repartent à la hausse pour retrouver le niveau observé l’année dernière. Le commerce, la construction et l’industrie sont concernés par cette problématique. Et les dirigeants doivent aussi composer avec les incertitudes générées par la situation politique actuelle. En Normandie, près d’un dirigeant sur deux affirme que la situation politique française a un impact sur le niveau d’activité de son entreprise.

Quel est l’impact de ces incertitudes sur les investissements des entreprises ?

Plus d’un dirigeant sur cinq reconnaît que cette instabilité politique a un impact sur leurs projets d’investissement en termes d’immobilier, de matériel ou encore d’équipement. Une tendance que l’on observe particulièrement dans la construction ou la part de dirigeants qui freinent leurs investissements monte à un sur quatre.

Les investissements financiers des entreprises, qui sont avec la consommation des ménages un des éléments qui portent la croissance, diminuent en Normandie depuis 2022 d’après une étude de la Banque de France de Rouen réalisée sur plus de 7 000 entreprises (-5 % en 2022 et -7 % en 2023, NDLR). Et alors que tous les secteurs sont concernés par cette baisse pour les microentreprises (-21 %, NDLR) et les PME (-15 %, NDLR), la hausse des investissements des ETI est portée par les services et le BTP (+ 1,5 % en 2023, NDLR). Cette diminution des investissements prouve à quel point les chefs d’entreprise ne sont pas sereins.

Face à ces inquiétudes, on peut cependant noter une bonne nouvelle avec, depuis le début d’année, une variation des encours de crédits distribués aux entreprises normandes qui est supérieure au niveau national. Ainsi, à fin juillet 2024, la progression est de + 2,5 % par rapport à juillet 2023, contre + 1,6 % en France. Une évolution qui reste cependant moins dynamique que durant la période pré-covid.

De quoi ont besoin les chefs d’entreprise pour retrouver la confiance ?

La situation politique liée aux élections législatives anticipées a généré de l’incertitude chez les ménages et dans l’ensemble de la sphère économique. Pour mieux comprendre le phénomène, le réseau des CCI de Normandie a voulu mesurer l’impact de cette séquence politique inédite sur l’activité des entreprises mais aussi recueillir les attentes des dirigeants vis-à-vis des pouvoirs publics en matière économique pour les prochains mois. Et il ressort de notre étude trois priorités, avec d’abord plus de sept dirigeants sur dix dans l’attente d’une réduction des charges fiscales et d’une simplification des obligations déclaratives. De plus, face aux difficultés de recrutement et aux hausses des charges sociales, près de la moitié des dirigeants souhaite une réduction du coût du travail et bénéficier de mesures d’incitation à l’embauche. Enfin, ils sont près de 30 % à vouloir accéder plus facilement aux prêts et aux autres mesures de financement pour les entreprises.

Que peut-on attendre d’ici la fin de l’année et le début 2025 ?

Dans ce climat économique instable, les dirigeants normands affichent des perspectives d’activité timides pour la fin de l’année. Les indicateurs de performance que nous avons pu relever sont globalement stables et de légères augmentations sont observées. Pour le second semestre 2024, 42 % des dirigeants s’attendent à une stabilité de leur chiffre d’affaires, alors que 21 % anticipent une hausse. Ces perspectives plus encourageantes sont en lien avec la fin d’année et sont mesurées dans le commerce où le solde d’opinions gagne cinq points. A contrario, l’industrie ne bénéficierait pas de ce redressement.

"Les incertitudes politiques et économiques n’ont heureusement pas freiné le mouvement de décarbonation engagé dans les entreprises normandes"

Globalement, un léger regain de consommation serait envisagé en lien avec une inflation mieux régulée. Ce redressement, certes mince, a un effet positif sur les perspectives de chiffre d’affaires, de marges et de trésorerie. La prudence est toujours de mise pour les investissements. Il y aurait moins de projets dans l’industrie et la construction. Pour la fin de l’année, les perspectives exprimées par les chefs d’entreprise montrent une poursuite du ralentissement des recrutements sur l’ensemble des secteurs d’activité à l’exception du commerce. Aussi, le manque de visibilité plus élevé dans l’industrie ne permet pas d’entrevoir de nouvelles embauches.

Les incertitudes politiques et économiques n’ont heureusement pas freiné le mouvement de décarbonation engagé dans les entreprises normandes. Ainsi, le réseau des CCI de Normandie, dans ses activités d’accompagnement des entreprises, enregistre un nombre d’audits phénoménal à réaliser dans les prochains mois. Les entreprises ont bien compris que le mouvement était enclenché vers une décroissance des produits carbonés, face au réchauffement climatique, et que la décarbonation serait un facteur de compétitivité. Les efforts réalisés aujourd’hui seront à terme payants pour nos entreprises, notamment en matière de baisse de coût de la facture énergétique.

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