Les fabricants et distributeurs de meubles en France s’agacent de la montée en puissance de l’ameublement chinois. D’autant qu’ils jugent cette concurrence, qui n’est pas nouvelle mais qui monte en puissance, déloyale.
"La valorisation des entreprises engagées dans une production locale et durable est essentielle pour assurer la compétitivité du secteur face aux pratiques déloyales qui se multiplient avec l’arrivée de nouvelles plateformes de distribution chinoises insuffisamment contrôlées", explique Arnaud Visse, président de l’organisation professionnelle L’Ameublement français. Des sites d’e-commerce asiatiques, comme AliExpress ou Global Sources, feraient peser une menace sur les 14 600 fabricants d’ameublement tricolores, qui emploient 60 000 salariés.
Selon L’Ameublement français, les importations de produits finis d’ameublement en provenance de Chine ont ainsi augmenté de 10 % en valeur sur les 10 premiers mois de l’année 2024. Alors, que sur la même période, le marché français dévissait de 5,6 %.
Pour deux organisations professionnelles du secteur (L’Ameublement français, la Confédération nationale de l’équipement du foyer) et l’Institut de Prospective et d’Études de l’Ameublement (IPEA), les entreprises chinoises doivent composer avec un "marché intérieur atone" et avec "un protectionnisme douanier américain accru". Elles "sont officiellement soutenues par leur gouvernement pour trouver des débouchés alternatifs par un développement agressif et déloyal de leurs exportations à destination de l’Europe via quelques sites de vente en ligne chinois".
Dumping et non respect des réglementations
Sauf que les règles du jeu ne sont pas équitables, assurent les organisations professionnelles françaises de l’ameublement. Elles accusent les plateformes chinoises de dumping et de ne pas respecter des réglementations européennes et françaises comme la propriété intellectuelle, les réglementations environnementales ou le RGPD.
"Les produits qui y sont commercialisés ne respectent très souvent pas la réglementation, et peuvent présenter des risques pour les consommateurs ; de plus, du fait de leur faible qualité, leur durée de vie est courte et ils vont générer un surcroît de déchets", assurent-elles.
L’Ameublement français, la Confédération nationale de l’équipement du foyer et l’IPEA demandent l’encadrement de la concurrence des plateformes de vente en ligne chinoises. Toujours dans cet objectif, les professionnels de l’ameublement demandent aussi un renforcement des critères d’appels d’offres publics et privés "en faveur des solutions d’ameublement responsables et durables" et la pérennisation de l’éco-contribution ameublement visible au-delà de 2025.
Le marché français recule
Ces demandes interviennent alors que le marché du meuble continue de reculer en France. En 2024, la valeur du marché se monte à 13,8 milliards d’euros, selon les estimations de la profession. Par rapport à l’année précédente, le marché baisse de 5 % en 2024. "Le recul du marché en 2024 s’inscrit dans un contexte de contraction de la consommation", indique Guenhaël Seveno, président de l’IPEA. En cause : l’inquiétude des ménages face au contexte économique et aux difficultés du marché immobilier.
Faillite d’Habitat, difficultés de Maisons du Monde…
Cela a des conséquences sur les entreprises françaises. Au niveau des distributeurs, ces derniers mois ont été marqués par la faillite d’Habitat ou encore l’annonce de 91 suppressions de postes au sein de l’entreprise nantaise Maisons du Monde. Le ralentissement du marché impacte aussi les fabricants, comme en témoignent les redressements judiciaires du fabricant de meubles vendéen Gautier France et du fabricant de salles de bains Allibert.
Le marché du meuble supérieur à l’avant Covid
Deux segments résistent mieux que les autres : la literie (-2 %) et les sièges rembourrés (-4 %). En revanche, les spécialistes de la cuisine (-6 %), des meubles de salles de bains (-7 %) et de jardins (-8 %) soufrent plus durement. Les difficultés des deux premiers sont liées à la crise du logement neuf, celles du troisième sont davantage liées à la météo.
Le marché français du meuble reste toutefois supérieur en 2024 à ce qu’il était avant la crise sanitaire (13,4 milliards d’euros en 2019), le secteur ayant connu une forte augmentation de son chiffre d’affaires après la pandémie.
Rebond attendu en 2025
Pour cette année 2025, les professionnels du secteur espèrent un retournement du marché. "Si la baisse des taux d’intérêt et la stabilisation de l’inflation se confirment, nous pourrions voir une reprise progressive du marché dès la deuxième moitié de 2025", estime Guenhaël Seveno. Plusieurs éléments vont dans ce sens comme le haut niveau d’épargne des Français et les perspectives de rebond du marché immobilier, auquel le secteur de l’ameublement est en partie corrélé.
Pour soutenir la consommation des ménages, les organisations patronales voudraient "faciliter le déblocage partiel des Plans d’épargne logement pour financer l’achat de mobiliers". Et elles demandent donc une intervention de l’État pour faire en sorte que la consommation des Français ne profite pas qu’à l’industrie du meuble chinoise.