Patrice Gazzarin,
président Unicem (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction) Aquitaine
Vous tirez à nouveau la sonnette d'alarme concernant l'approvisionnement de l'Aquitaine en granulat. Vos précédents appels n'ont pas été entendus ?
Nous avons le sentiment de prêcher dans le désert. À ce jour, il n'y a pas eu de rupture d'approvisionnement réelle ni de chantier à l'arrêt. Du coup, le problème ne semble pas réel. Pourtant, il existe, et la profession s'inquiète d'une demande en hausse qui ne pourra pas être satisfaite. Bordeaux et le Sud-Ouest ont le vent en poupe, le développement du territoire y est important : cela signifie qu'il va falloir construire des logements et des équipements. Mais dans le même temps, l'accès à la ressource pour produire du granulat est de plus en plus difficile.
À qui s'adresse votre coup de gueule ?
Aux élus locaux ! Ils ont une position schizophrénique : ils rédigent des appels d'offres où le développement durable occupe une place importante, et dans le même temps, leurs décisions conduisent au développement des importations de granulat. En ne renouvelant pas les concessions des carrières, les élus favorisent les importations. Les documents d'urbanisme, Scot ou PLU, prévoient la fermeture quasi-systématique des carrières. Il y a de la part des élus la crainte d'affronter leur population dans un réflexe protecteur.
Que représente la filière en Aquitaine ?
Nous représentons 230 adhérents et 3.000 emplois. Cela peut paraître faible, mais il faut savoir que chaque emploi génère sept emplois indirects. L'intérêt de maintenir une filière locale est écologique et économique. Développer l'importation de granulat profite à des pays éloignés comme l'Écosse ou la Norvège. Quand ils seront en situation dominante, ce sont eux qui fixeront les prix, et plus le client.