Après de longues années passées aux stades précliniques et cliniques, Medincell entre dans les années les plus transformatives de son histoire, anticipant une hausse régulière – voire spectaculaire – de ses revenus. Fondée en 2003 à Jacou (Hérault) près de Montpellier, la biotech (140 salariés), qui développe des médicaments injectables, a porté son chiffre d’affaires de 9 à 25,4 millions d’euros (27,7 millions en incluant divers services) sur son exercice 2024/2025. Mieux, depuis son introduction en Bourse en 2018 et une levée de fonds de 43 millions d’euros annoncée cette année, sa capitalisation s’envole. Elle a atteint 530 millions d’euros en fin d’année 2024, puis 570 millions d’euros en juin 2025, la plaçant au premier rang des biotechs françaises les mieux valorisées, devant des noms très médiatiques tels que Valneva ou Abivax.
Une percée médicamenteuse
Ce bond s’explique d’abord par les revenus tirés d’Uzedy, un traitement de la schizophrénie. Fruit de 10 années de recherche, ce produit est fabriqué par le groupe pharmaceutique israélien Téva, qui utilise la technologie innovante de Medincell : son système d’injection sous-cutanée à action prolongée (un mois), qui remplace la prise quotidienne de médicaments, parfois problématique chez certains patients schizophrènes.
L’accélération commerciale de 2024
Autorisé pour le marché américain par la FDA (agence du médicament) en 2023, Uzedy a généré 141 millions de dollars (121,5 M€) pour Téva en 2024, tandis que Medincell a perçu 6,5 millions de dollars de royalties dès cette première année d’exploitation commerciale. Au titre du contrat signé avec l’israélien, la biotech sera éligible à 105 millions de dollars (97 M€) de paiements d’étapes sur les revenus à venir tirés d’Uzedy. Le marché américain pour celui-ci est estimé entre 1 et 2 milliards de dollars. "Ce traitement fonctionne bien auprès des professionnels car selon les données terrain collectées par Téva, il réduit le taux de rechute de 42 % et divise par deux la durée d’hospitalisation. C’est le meilleur médicament du marché", se félicite Christophe Douat, directeur général de Medincell.
Un gros potentiel à exploiter
Mais Uzedy, un traitement de première intention, n’était que le début. Téva et Medincell travaillent sur un deuxième antipsychotique, baptisé Olanzapine LAI, destiné aux patients schizophrènes les plus sévères. Après les derniers essais bouclés avec succès en janvier, la demande de mise sur le marché sera déposée auprès de la FDA au second semestre 2025. Selon un analyste financier cité par le dirigeant, le potentiel commercial de l’Olanzapine est plus énorme encore : les ventes pourraient atteindre de 2 à 3 milliards de dollars aux États-Unis dans les trois ou quatre ans. "L’un de nos concurrents a échoué à développer ce type de traitement, mais nous avons convaincu Téva que nous le ferions, tout en supprimant la contrainte de l’hospitalisation en cas d’effet secondaire. Nous avons réussi en 24 mois", souligne Christophe Douat.
En quête d’autres partenaires
Enfin, Medincell s’appuie sur un troisième moteur de croissance, avec son portefeuille de projets en développement. En avril 2024, la biotech a signé un partenariat avec l’américain AbbVie, visant à codévelopper jusqu’à 6 produits injectables dans divers domaines thérapeutiques. De même, Medincell développe un traitement de la douleur post-opérative avec le canadien AIC. Au total, la biotech prévoit d’atteindre les 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Dans l’intervalle, elle sera devenue plus que profitable : sur le dernier exercice, elle a déjà divisé ses pertes par deux (soit -11 M€), et elle prévoit d’atteindre la rentabilité en 2027. L’Ebitda devrait ensuite atteindre les 200 millions d’euros, selon le dirigeant, en 2030.
Forte de sa santé financière, Medincell prévoit sous peu d’étendre ses installations de Jacou (4 000 m2), en doublant la surface de son laboratoire. Elle veut aussi investir sur son développement à l’international, notamment aux États-Unis où elle emploie déjà une équipe de trois personnes. L’objectif est d’allonger la liste de nouveaux partenaires pharmaceutiques.