«Les droits de plantation sont le dernier rempart»
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«Les droits de plantation sont le dernier rempart»

Gérard Boesch, président de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava)
L'Ava fête ses 100 ans cet été. Avec des enjeux qui ont fortement évolué depuis sa naissance... Aujourd'hui, nous nous battons pour que le vin d'Alsace, ne soit pas victime de la mondialisation. Nous devons veiller à rester en dehors des standards, à être originaux. Nous sommes face à un enjeu économique majeur : notre vignoble est pris en étau, entre la montagne et l'urbanisation. Mécaniquement, cela fait du cours de nos vignes l'un des plus élevés de France. Notre topographie, avec beaucoup de coteaux, renchérit les coûts d'exploitation. Nous sommes donc obligés de nous positionner sur des vins moyen et haut de gamme.
Mais ne constate-t-on pas une érosion des prix ?

Si, et il faut se battre contre ! Mais ce n'est pas propre à notre secteur. La taille moyenne des domaines a progressé en Alsace, la productivité s'est améliorée. Malgré cela, même en serrant les coûts, nous n'arrivons pas à lutter contre les régions où les domaines sont plus vastes. C'est bien pour cela que notre souci numéro un reste de ne pas standardiser notre production. Au marketing de la demande, en vogue actuellement, nous devons opposer le marketing de l'offre. En cela, les professionnels du Jura, avec des vins à fortes typicité et identité, sont exemplaires.

Comment appréhendez-vous le risque de libéralisation des droits de plantation? Cette libéralisation, ce serait la mise à mort de tout notre système qualitatif. Les droits de plantation sont notre dernier rempart depuis la libéralisation, à partir de 2008, des pratiques viticoles, oenologiques et d'étiquetage. Cette dernière, en autorisant l'inscription sur toutes les bouteilles -et plus seulement sur les vins de qualité- du millésime et du cépage a permis aux industriels de travestir des produits de masse en produits artisanaux. Si en plus on libère les droits de plantation, on leur donne la possibilité d'installer où ils veulent des productions intégrées.

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