Pourquoi créer ces Nuits de la prospective économique le 20 mars prochain ?
Marielle Walicki : Les chiffres annonçaient un effondrement des entreprises sur le quatrième trimestre 2024 et le premier trimestre 2025. En fin d’année dernière, j’ai passé chaque jour en audience, sans exception, pour traiter des défaillances d’entreprises (Marielle Walicki est avocat d’affaires, NDLR). Les dépôts de bilan se sont multipliés, touchant aussi bien des TPE que des structures de 30 ou 80 salariés. La cause n’était plus d’ailleurs à chercher uniquement dans le remboursement des PGE. L’enjeu est plus profond : ce sont des entreprises qui n’ont pas su franchir une étape clé de leur croissance.
Face à cette réalité, il fallait réagir. Alors, comme il existe à la CCI, des Nuits de la création ou de la transmission, nous avons lancé les Nuits de la prospective économique dédiées à la pérennité des entreprises et à leur capacité à anticiper les défis.
Bruno Pourcines : L’objectif est de fédérer tous les acteurs travaillant autour de l’entreprise - monde judiciaire, du chiffre, associatif, Urssaf… -, de montrer que tout le monde avance dans le même sens. Ce qui sauve les entreprises est la capacité de ces acteurs à trouver des solutions hors des lignes. Le Portail de la prévention des entreprises est déjà un collectif de 12 associations qui œuvrent en ce sens.
Selon vous, des défaillances d’entreprises auraient-elles pu être évitées ?
M. W. : Beaucoup auraient pu être sauvées si leurs dirigeants avaient bénéficié d’un accompagnement adapté, au bon moment. Trop souvent, les chefs d’entreprise ignorent l’existence de dispositifs comme la conciliation ou le mandat ad hoc qui sont pourtant des outils puissants, totalement confidentiels et conçus pour apporter des solutions concrètes avant qu’il ne soit trop tard.
B. P. : Des difficultés peuvent en tout cas être évitées. Mais les chefs d’entreprise doivent oser demander de l’aide. La force du Portail est d’établir, gratuitement et en toute confidentialité, un diagnostic qui peut conduire à dresser une fiche alerte. Dans ce cas, on revient vers la personne en moins de 24 heures. Le chef d’entreprise sait qu’il a un endroit, derrière son écran, pour demander de l’aide. On établit 1 à 5 fiches par semaine selon les périodes. En 18 mois d’activité, nous en avons établi 140.
À qui cette soirée s’adresse-t-elle ?
M. W. : Toutes les entreprises du territoire sont invitées, y compris les micro-entreprises. Il s’agit de semer la graine des signaux faibles, provoquer peut-être un déclic face à ce que j’appelle les "drapeaux rouges" pour anticiper et agir avant qu’il ne soit trop tard.
B. P. : C’est l’occasion pour tout chef d’entreprise de rencontrer en un même lieu tous les acteurs qui peuvent lui être utiles. Et puis de se faire aussi une autre image de certains. Constater par eux-mêmes que le banquier, l’Urssaf ou le Service des impôts des entreprises ne sont pas forcément les méchants. De manière générale, le soutien et l’accompagnement, y compris des services de l’État, ont beaucoup évolué depuis le Covid.
Mais tous peuvent ne pas se sentir concernés ?
M. W. : Avec toutes les crises que l’on traverse, avec l’augmentation des matières premières, des marges qui s’effondrent, alors que des mammouths du marché disparaissent… c’est impossible aujourd’hui, même pour la meilleure, la plus performante des entreprises, de ne pas se sentir concerné. Regardez Tesla, c’est le meilleur exemple. Un geste inacceptable d’Elon Musk et les ventes ont baissé en Europe. Nous sommes dans une nouvelle économie. Aucune entreprise dans le monde n’est à l’abri.
Et, au-delà de cette soirée, si votre entreprise se porte au mieux, vous avez forcément des sous-traitants, des prestataires avec lesquels vous travaillez… protégez-les ! Cela commence par les délais de paiement. Pour créer de la richesse, pour garder notre excellence française, ne pas laisser pas perdre nos savoir-faire, il faut prévenir les difficultés éventuelles.
B. P. : Aujourd’hui, les associations agissent le plus souvent en "mode pompier", une fois l’incendie déclaré. Nous voudrions arriver à ancrer le modèle de prévention, pour que le chef d’entreprise anticipe ou, à défaut, réagisse au mieux lorsque se présentent les obstacles. Plus tôt c’est pris en charge, plus efficace ce sera. Or, les réactions les plus courantes sont à l’inverse un repli sur soi, le silence, la honte. Les associations regroupées au sein du Portail s’occupent à la fois du technique et de l’humain, de l’entreprise et de l’entrepreneur. Et ceux qui osent faire appel à elles le disent : dans 100 % des cas, ils voient leur moral s’améliorer dès qu’ils commencent à parler.
Que va-t-il se passer lors de ces Nuits de la prospective économique ?
M. W. : Il y aura des speed meetings confidentiels et des tables rondes. C’est un événement unique pendant lequel les chefs d’entreprise pourront rencontrer tous les acteurs essentiels du soutien, échanger, conseiller et anticiper l’avenir économique. Tout l’écosystème est mobilisé : les tribunaux de commerce du département, les chambres consulaires - CCI, Chambre des Métiers et de l’Artisanat, Chambre de l’Agriculture, Chambre de l’économie Sociale et Solidaire - l’Ordre des experts-comptables, l’Ordre des avocats du Barreau, les administrateurs et mandataires judiciaires, l’UPE06, la Banque Populaire Méditerranée et des institutions clés comme la Banque de France, la Direction des services fiscaux, l’URSSAF et des experts en gestion RH.