L'aventure personnelle de Michel Vié commence quand en 1988, bac en poche, il décide d'assouvir sa passion de l'aviation en s'engageant dans la sélection hypersélective des pilotes de l'aéronavale. À la clé: une carrière de neuf ans avec un total de 1.800heures de vol, une fonction d'instructeur puis la responsabilité des opérations de pont sur le porte-avions Foch. «Je sais qu'une carrière de pilote était courte. À la sortie, j'ai choisi de reprendre mes études avec une vraie motivation puisque je savais pourquoi j'étudiais.»
«Avoir une autre vision que celle d'un dirigeant salarié»
Michel Vié choisit l'École des Mines de Nancy «parce que je voulais une formation généraliste» puis l'enchaînement de postes à responsabilité dans le conseil en innovation technologique, le facility management, le second oeuvre du bâtiment et pour terminer directeur général des Résidences Trigano qu'il va contribuer à redresser en deux ans. Mais à la quarantaine, Michel Vié souhaite ajouter une corde à son arc. «Je voulais créer ou reprendre une entreprise pour avoir une autre vision que celle d'un dirigeant salarié.» Là encore, son choix va être fixé par ses goûts personnels: il a la passion du vin. Ce Tarbais d'origine privilégie la recherche d'un domaine viticole en Alsace, une région qu'il connaît bien et qu'il apprécie. Rapidement, il découvre que la SARL Martin Schaetzel Grands Vins d'Alsace, un domaine familial fondé en 1803 et situé à Ammerschwihr cherche un repreneur. La maison est spécialisée dans les vins bio et de terroir et sa réputation est solide. La première rencontre entre Michel Vié et Jean Schaetzel, par ailleurs professeur d'oenologie au centre de formation de Rouffach, se déroule autour d'une dégustation des crus du domaine. Le cédant accepte d'accompagner pendant plusieurs années le repreneur pour ce qui touche à la vinification. Michel Vié retourne à l'école pour décrocher un brevet professionnel agricole option viticulture ainsi qu'un diplôme de dégustateur.
Appui d'un ami et soutien du cédant
Si la relation cédant-repreneur ne pose pas de difficultés, celles-ci surgissent ailleurs. «J'ai découvert que le monde agricole était très fermé et celui de la viticulture alsacienne plus encore. Si certains viticulteurs m'ont épaulé, d'autres ne voyaient pas mon arrivée d'un bon oeil.» Les banques renâclent au vu du CV. «Certaines n'ont même pas pris la peine d'étudier le dossier pour justifier leur refus. Elles n'ont pas voulu prendre en compte mon expérience dans le domaine commercial et de la gestion d'entreprise ainsi que les garanties que j'apportais. C'est assez curieux quand on constate comment certaines banques surfinancent le secteur agricole.» Finalement, un établissement bancaire se laissera convaincre au vu d'un dossier très solidement ficelé avec l'appui d'un ami lui-même viticulteur dans le Bordelais et l'assurance que Jean Schaetzel restera auprès de son successeur pendant sept ans à titre de conseiller technique. Michel Vié a fêté sa première année à la tête du domaine le 1ermars et mise sur un «très fort développement commercial» dans un marché de niche.
De l'aéronavale à la reprise d'un domaine viticole, le parcours de Michel Vié sort des standards. Il reste toutefois marqué d'une constante: la passion.