Crampons usés, semelles ratatinées, ou encore textiles déchirés… La durée de vie des chaussures de trail n’excède parfois pas quelques mois. Surtout pour les pratiquants de distance d’ultra-trail, qui peuvent vite se retrouver avec un cimetière de baskets à la maison. Les chaussures deviennent alors des biens de consommation courants, qu’il faut racheter sans cesse. Accablés par ce constat, Louise Barbin et Philippe Morvan ont fondé en 2023 Valone, une marque qui a fait le pari d’une chaussure à la fois performante et désirable, mais aussi solide et réparable.
Avec déjà 500 paires vendues, la société commence à disséminer son modèle chez une dizaine de revendeurs en France. "Nous sommes par exemple présents au Vieux Campeur à Paris depuis ce mois-ci, et également chez 360 Expert Outdoor dans l’agglomération nantaise", souligne Louise Barbin. Outre les ventes à venir via son site internet, Valone ambitionne d’être présente dans une trentaine de boutiques fin 2026.
Un second modèle à venir en 2027
Accompagnée par Atlanpole, Valone avait réalisé à sa création un premier tour de table de 150 000 euros auprès notamment du Crédit Mutuel et du réseau Initiative. Elle vient de boucler un second tour d’un peu moins de 500 000 euros sous forme de prêts, toujours auprès de banques, et du réseau Entreprendre. Cette somme permettra à la jeune marque de commercialiser en 2027 un second modèle adapté aux terrains "roulants", soit des routes plus lisses. "À l’inverse, notre premier modèle, produit au Portugal, est adapté aux terrains techniques, avec beaucoup de relances. Cela peut être des sentiers de montagne, ou sur les chemins de randonnée du GR34 en Bretagne", souligne Louis Barbin.
La performance avant tout
Pour la partie design, Valone est parvenue à s’attacher les services de l’entreprise d’Annecy All Triangles (CA 4,75 M€ en 2022), qui développe l’offre de chaussure de montagne du géant américain The North Face. "L’objectif est de trouver des partenaires qui croient au projet, et grandissent avec nous", poursuit Louise Barbin.
La chaussure est ainsi équipée de fils de kevlar et d’une semelle très résistante de l’entreprise italienne Vibram, qui peut être changée une fois usée. Mais la marque ne mise pas que sur son côté durable pour convaincre ses futurs clients. "Aujourd’hui, un produit ne se vend pas car il est écoresponsable. Une chaussure doit avant tout être performante, légère, avec une bonne accroche. La réparabilité est pour nous non négociable, mais ce n’est pas notre premier argument de vente", note Philippe Morvan, ancien footballeur à l’EA Guingamp qui a par la suite tenté une carrière professionnelle dans le monde du trail.
Un nouveau tour de table à l’horizon
Malgré les promesses derrière ces chaussures, Valone mise sur une croissance modérée. "Nous ne voulons pas grandir trop vite. Nous prenons soin d’avoir une relation régulière avec chacun de nos revendeurs. Une marque peut mettre une dizaine d’années à s’implanter dans la tête des clients", argumente Louise Barbin, qui a travaillé auparavant deux ans au sein de l’enseigne bordelaise Asphalte. En attendant, Valone va suivre un programme rythmé : convaincre de nouveaux revendeurs, créer un atelier de réparation, ou encore mettre en place un réseau de cordonniers. "Nous n’avons pas encore eu besoin d’ouvrir notre capital à des fonds, souligne Philippe Morvan. C’est une option pour le troisième tour de financement, que nous envisageons l’année prochaine".