Le courrier est parti ce matin et arrivera dans les bureaux de tous les parlementaires de la région Paca. Il est le résultat d’une mobilisation inédite de l’ensemble des syndicats patronaux du Sud de la France, réunis le 3 novembre à Thecamp, à Aix-en-Provence : Medef, CPME, UIMM Alpes Méditerranée et Côte d’Azur, Mobilians, les fédérations du BTP, des travaux publics, du transport de voyageurs, les routiers 06 et 83, France Chimie Méditerranée, la Fédération des entreprises de propreté du Sud-Est, la Fnaim et l’Unmih, le Meti, les Femmes chefs d’entreprise ou le Centre des jeunes dirigeants en Paca.
Une mobilisation forgée en une semaine
En tout, une trentaine d’organisations patronales, qui veulent faire tache d’huile et dirent stop aux taxes, charges sociales et autres complexités administratives dont la France a le secret. Selon leurs représentants, "la menace est suffisamment sérieuse pour que nous nous serrions les coudes et que tous ensemble, nous réagissions à cette situation."
Stéphane Benhamou, président du Medef Sud et du Medef Var en veut pour preuve la rapidité avec laquelle cette mobilisation patronale s’est mise en branle : "À partir d’un simple mail et en moins d’une semaine, nous avons mobilisé l’intégralité de la représentativité économique en région."
Le spectacle "pitoyable" des députés
Pour résumer la situation, Marcel Ragni, président de l’UIMM Côte d’Azur, emprunte les mots prononcés par Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation : "On ne peut pas sauver l’industrie d’une main et creuser sa tombe de l’autre." Pour le patron de l’industrie azuréenne, "les parlementaires agissent mal. Nous leur demandons 40 milliards d’euros d’économie, ils trouvent 40 milliards d’impôts", et d’interroger : "Comment parler de souveraineté si nous continuons à taper sur l’industrie et l’économie en général ?"
Stéphane Benhamou dénonce ainsi "le spectacle pitoyable que nous livrent les parlementaires depuis trois semaines. Leurs postures clientélistes et populistes sont intolérables et indignes."
Pour le patron des patrons, "cela suffit" et il appelle tous les parlementaires à prendre leurs responsabilités, à prendre la juste mesure des enjeux économiques.
À travers deux chiffres, il veut souligner leur inculture économique : "67 % des élus de l’Assemblée nationale n’ont jamais approché, de près ou de loin, une entreprise" et une mesure a déjà eu des conséquences particulièrement néfastes, puisque "le nombre de contrats en alternance signés en septembre 2025 a baissé de 55 % par rapport à septembre 2024."
Trop, c’est trop
Et pendant ce temps-là, "dans les autres pays européens, ça pédale. Malgré les difficultés, ils se donnent les moyens d’avancer", s’insurge Stéphane Benhamou. Alors que l’Allemagne a voté 100 milliards d’euros d’investissements dans la Défense et une baisse de l’impôt sur les sociétés, en France, "Airbus paie 38 % d’impôts et doit se battre face à des concurrents internationaux." Et, "ils voudraient même s’attaquer au Pacte Dutreil", s’insurge l’entrepreneur varois. Pour lui, c’en est trop, toucher à ce pacte, qui permet aux entrepreneurs de transmettre leurs entreprises dans des conditions acceptables, c’est mettre à mal la souveraineté économique du pays.
"L’entreprise est la solution"
Les patrons régionaux disent stop à toutes taxes supplémentaires, tout en avançant que l’entreprise est la solution. "La plupart des dirigeants sont prêts à investir et à produire pour finalement générer davantage de ressources. Il y a de nombreux projets, une cinquantaine, notamment autour de Fos et de l’étang de Berre, mais seuls deux sont concrétisés. Les autres n’existent encore que sur le papier", rappelle Pascal Kuhn, directeur d’Airbus Helicopters à Marignane et président de l’UIMM Alpes Méditerranée. "Les parlementaires parlent d’impôts et les industriels commencent à parler d’aller ailleurs", ajoute Marcel Ragni, citant l’exemple de Philippe Veran. Le PDG de Biotech Dental (1 000 salariés ; 200 M€ de CA), à Salon-de-Provence, qui vient de sauver FasTeeh, la start-up à l’origine de la brosse à dents Y-Brush, en redressement judiciaire depuis juillet 2025, l’a martelé tout le week-end : "Si la taxe Zucman est votée, j'irai ailleurs !"
Emporter les autres régions
Pour éviter d’en arriver là, les patrons de la Région Sud espèrent montrer l’exemple. "La responsabilité qui est la nôtre est de faire école, que les 12 autres régions françaises et les territoires ultramarins nous emboîtent le pas", confie Stéphane Benhamou, rappelant que cette tribune envoyée à tous les parlementaires de la région est une première étape. Suivront des rendez-vous avec chacun d’entre eux. Et pourquoi pas, un jour, un mouvement rassemblant tous les dirigeants et leurs salariés, car "le dialogue au sein de nos boîtes est total", selon Marcel Ragni, car "nous incarnons l’exemple du vivre ensemble", pour Stéphane Benhamou.