Présent sur tout le territoire grâce à son réseau commercial, le quincailler Legallais, installé à Saint-André-sur-Orne (Calvados), continue d’afficher des ambitions de croissance et d’innovation, notamment autour de l’omnicanal et du développement durable. Premier distributeur français de quincaillerie à destination des professionnels du bâtiment avec 1 500 salariés, 60 000 références produits disponibles et une plateforme logistique semi-automatisée qui expédie 15 000 colis par jour, l’entreprise familiale affiche une vitalité qui tranche avec les épreuves traversées au cours de ses 135 années d’existence.
L’histoire de Legallais commence en 1889. Alors âgé de 23 ans, Daniel Legallais, fils de capitaine de pêche, reprend la quincaillerie de la rue de Vaucelles à Caen, où il a fait son apprentissage. À l’époque, dans ce modeste magasin de 40 m², les lampes à pétrole côtoient les faucilles, les cuvettes en émail, les poêles à bois, les brouettes et les seaux à traire. L’activité s’adresse alors autant aux ménages qu’aux artisans et aux paysans normands. Il y appose son nom et bâtit patiemment une solide réputation auprès des particuliers, artisans et agriculteurs de la région.
"L’entreprise est née en même temps que la Tour Eiffel", relève Mathilde Casenave-Péré, arrière-arrière petite-nièce de Daniel Legallais et secrétaire générale du groupe Grand Comptoir, société mère de Legallais. Créée en 2007 pour élargir les activités du groupe, Grand Comptoir regroupe six filiales spécialisées autour de la distribution pour les professionnels du bâtiment, du second-œuvre et de la sécurité – Bricozor, DFC², Protecthoms, Pièces Express… Legallais représentant 90 % de l’activité du groupe.
Derrière le comptoir, dès les premières années, l’affaire prospère au rythme de la modernisation du quartier et de l’essor du commerce. Daniel Legallais agrandit les locaux, rachète les immeubles voisins, modernise sa vitrine et développe l’offre au gré des besoins : outillage, fontes, articles de marine, produits agricoles pour s’imposer comme un acteur majeur du commerce de quincaillerie en Basse-Normandie.
En 1920, l’entreprise devient Legallais & Bouchard, avec l’arrivée d’un nouvel associé, puis d’un neveu appelé à jouer un rôle clé : Lucien Dudouit, qui en prend la direction dans les années 1930. L’entreprise va vivre des années fastes de commerce de proximité jusqu’à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Mais en juin 1944, les bombardements alliés rasent Caen. La boutique, les stocks, les archives partent en fumée. "Seul un coffre-fort contenant la comptabilité de l’entreprise a pu être sauvé", raconte Mathilde Casenave-Péré.
Le "petit BHV normand"
Dès l’été 1945 pourtant, Lucien Dudouit relance l’activité depuis une maison voisine transformée en entrepôt de fortune. Avec les moyens du bord et une poignée de salariés revenus du Service du travail obligatoire (STO) ou de captivité, il réorganise les livraisons, restaure la comptabilité ligne par ligne, et pose les fondations d’une reconstruction ambitieuse.
En 1954, après dix ans dans des locaux provisoires, Legallais & Bouchard s’offre un immeuble unique à la dimension des grands magasins parisiens. L’entreprise inaugure un nouveau bâtiment sur les quais de l’Orne sur 10 000 m² avec 65 salariés.
Surnommé le "petit BHV normand", il devient une référence régionale en matière de distribution, mariant détail et négoce. Dans les années 1950-60, l’entreprise entre alors dans les Trente Glorieuses et accompagne l’équipement des foyers. Sur ces cinq étages, elle propose une offre pléthorique mêlant électroménager, matériel agricole, outillage, plomberie, visserie, droguerie, cuisinières, articles de marine. Pour séduire la clientèle rurale, un car d’exposition sillonne les campagnes et un service après-vente est mis en place.
Quincaillerie régionale et familiale
À la veille des années 1970, "forte de 150 collaborateurs, l’entreprise connaît alors son âge d’or en tant que commerce de proximité : c’est une quincaillerie régionale, familiale et intergénérationnelle, ouverte à tous" rapporte Mathilde Casenave-Péré. Mais dès la fin des années 1970, l’entreprise opère un virage stratégique pour faire face à la concurrence de la grande distribution spécialisée dans l’électroménager, le bricolage et l’outillage. Boulanger, Darty, Leroy Merlin, Castorama grignotent les parts de marché, les marges se tendent, la formule s’essouffle.
Pour s’en sortir, Legallais abandonne progressivement le commerce grand public en le cédant au BHV pour se recentrer sur son cœur de métier, la quincaillerie professionnelle.
Du dépôt de bilan à la renaissance
Malgré tous les efforts entrepris, en 1984, l’entreprise dépose le bilan. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais la relance s’organise. "À chaque fois, tel le Phénix qui renaît de ses cendres, l’entreprise a su se relever, se réinventer et poursuivre sa route", commente Mathilde Casenave-Péré. L’année suivante, un nouveau dirigeant, Philippe Casenave-Péré (Pas de lien entre Philippe Casenave-Péré et Daniel Legallais. Le lien de parenté de Mathilde Casenave-Péré (fille de Philippe Casenave-Péré) avec Daniel Legallais provient de sa mère), le père de Mathilde Casenave-Péré, prend en charge le développement commercial. Il restructure l’entreprise et s’affaire à la développer auprès des professionnels du bâtiment via le renforcement de son équipe commerciale et une expansion géographique avec la création d’agences commerciales dans le quart Nord-Ouest de la France, berceau de l’entreprise.
Dès les années 1990, Legallais étend son maillage commercial au-delà de la Normandie, jusqu’à Paris et dans une douzaine de villes de province, amorce une politique de rachats et devient un acteur national. "Alors qu’elle accueillait autrefois ses clients sur place, l’entreprise passe à l’offensive commerciale et part à la conquête du département, puis de la région, et du territoire national", explique Mathilde Casenave-Péré. L’entreprise internalise et professionnalise sa logistique avec la création d’un site dédié à Mondeville, dans le Calvados, développe la vente à distance via la création d’un catalogue en 1991 et anticipe le e-commerce dès 1999 avec la création du premier site marchand de la profession.
Avec son offre omnicanale, Legallais redevient un acteur offensif. L’entreprise noue des partenariats avec les majors du BTP et investit en 2005 dans une plateforme logistique de 20 000 m² à Saint-André-sur-Orne qu’elle agrandit en 2012, puis à nouveau en 2022. Une plateforme semi-automatisée capable d’expédier 15 000 colis par jour et d’alimenter une flotte de 25 camions. "Ce stock central nous permet aujourd’hui de garantir à nos clients la disponibilité immédiate de nos 60 000 références, toutes livrables à J + 1", conclut Mathilde Casenave-Péré.