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Le vendéen Gendreau veut devenir le leader français de la conserve de poisson durable
Vendée # Pêche # RSE

Le vendéen Gendreau veut devenir le leader français de la conserve de poisson durable

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Depuis plus de 120 ans, la Conserverie Gendreau, implantée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, perpétue un savoir-faire autour des conserves de poisson. Sous la direction de Philippe Gendreau, l’entreprise vendéenne ambitionne de devenir le leader français de la conserve de poisson durable. Ce cap se traduit par une stratégie RSE affirmée, avec un engagement pour une pêche 100 % locale.

Pêche de sardines à bord d’un chalutier. Jusqu’à 15 tonnes de sardines sont mises en conserve chaque jour dans l’usine du groupe Gendreau, à Saint-Gilles-Croix-de-Vie — Photo : Gendreau

Sur les quais de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée, les pêcheurs débarquent des caisses de sardines depuis plus de 120 ans. Fondée en 1903 par Eugène Gendreau, l’entreprise Gendreau s’est rapidement tournée vers les conserves de poissons, marquant le début d’une aventure aussi industrielle que maritime exceptionnelle. Aujourd’hui, sous la direction de Philippe Gendreau, représentant de la quatrième génération, elle ambitionne de devenir le leader français de la conserve de poisson durable. Cette ambition repose sur une stratégie RSE affirmée et elle est symbolisée par le "100 % pêche locale" imprimé désormais sur les nouvelles boîtes de sardines du groupe. Comme l’explique le PDG Philippe Gendreau, "la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est devenue l’un des enjeux majeurs du 21ᵉ siècle. Notre défi n’est plus seulement de produire et de vendre, mais de le faire en donnant une dimension sociétale à nos actions."

Une stratégie ambitieuse fondée sur la durabilité

Philippe Gendreau est le PDG du groupe Gendreau. Il est la quatrième génération à la tête de la conserverie vendéenne, basée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie — Photo : Gendreau

Avec un chiffre d’affaires de 65 millions d’euros en 2023 et une prévision de 70 millions pour 2024 (+ 8 % sur un an), Gendreau s’impose comme un acteur clé de son secteur. Quelque 220 salariés travaillent au quotidien pour la PME, mais ce chiffre peut grimper à 250 lorsque l’activité, liée à la pêche saisonnière de la sardine, de mai à octobre, bat son plein. Le Vendéen traite 15 tonnes de sardines par jour, au pic de la saison, pour un total de 2 300 tonnes par an. Plus de 10 millions de boîtes de sardines sont vendues tous les ans, auxquelles s'ajoutent d'autres milliers de boîtes avec des préparations à base de maquereau, notamment. "Nous sommes le deuxième producteur de sardines en France et la troisième marque sur le marché des sardines entières en GMS, détaille le dirigeant. Notre objectif est de doubler notre part de marché dans les 5 ans."

Retour aux sources et à la tradition pour le nom

Caroline Hennequin, responsable marketing du groupe Gendreau. La marque "Les Dieux" occupe la troisième place de son segment de marché sur la sardine en boîte, en GMS — Photo : Gendreau

Cette ambition, ce cap, s’incarne d’abord par le changement de nom, tout frais, de sa marque phare, "Les Dieux", autrefois "Le trésor des Dieux". En réalité, le changement de nom est un retour aux sources puisqu’il s’agissait de l’ancien nom. "Ce retour s’accompagne d’une évolution visuelle qui reflète une volonté forte de reconnecter la marque avec ses racines tout en affirmant son engagement en faveur de la pêche locale et responsable", souligne Caroline Hennequin, responsable marketing du groupe Gendreau. "Les Dieux" renforce son ancrage territorial en mettant en avant à une pêche réalisée exclusivement au large des côtes françaises.

Une flotte de deux bateaux et des pêcheurs locaux

Le bateau Les Chignolles est l’un des deux navires de la flotte du groupe Gendreau — Photo : Gendreau

Les sardines du groupe Gendreau sont capturées essentiellement au large de la Vendée, entre le sud de la Bretagne et le nord de l’Île de Ré. Depuis six ans, le groupe Gendreau se qualifie ainsi de "pêcheur et conserveur" grâce à sa propre flotte composée de deux bateaux, modernes : "Papy Chichi" et "Les Chignolles". Représentant un investissement de plus de 5 millions d’euros, armés par La Belle Alliance, ils sont rattachés au port de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. L’usine est située à trois kilomètres du port. "La sardine pêchée au large de Saint-Gilles est débarquée et livrée à l’usine en quelques heures, explique Philippe Gendreau. Cette proximité garantit non seulement une fraîcheur exceptionnelle, mais aussi un minimum d’empreinte carbone."

Ces deux sardiniers pratiquent une pêche artisanale. Ils sortent en mer à la journée et rentrent chaque soir, évitant ainsi tout stockage prolongé. Caroline Hennequin précise qu’ils sont en outre "équipés de dispositifs sélectifs qui minimisent les prises accessoires, notamment les dauphins, et préservent les ressources marines". Par ailleurs, poursuit-elle, "la campagne de pêche, limitée de mai à octobre, respecte les cycles naturels des sardines pour préserver la biodiversité." Plus de 50 % des approvisionnements proviennent directement de cette flotte maison, complétés par d’autres pêcheurs du port de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. "Ce modèle unique soutient la filière locale, dit-elle, tout en réduisant l’impact environnemental grâce à un circuit court. Et cette proximité garantit une traçabilité exemplaire." Le Groupe Gendreau est le seul à revendiquer une pêche 100 % locale. "Sans ce modèle, précise Caroline Hennequin, la conserverie serait contrainte d’acheter de la sardine ailleurs en France et à l’étranger, comme le font nos concurrents."

La RSE comme moteur de transformation

La marque emblème du groupe Gendreau retrouve son nom d’origine, les Dieux, et met en avant son côté pêche 100 % locale, au cœur de sa stratégie RSE — Photo : Gendreau

La stratégie de Gendreau repose sur les trois grands axes de toute bonne politique RSE au sein d’une entreprise : environnemental, social et sociétal. La dimension pêche 100 % locale est bien entendu la figure de proue de son volet environnemental. Mais dans les filets de Gendreau, d’autres actions sont lancées. Un bilan carbone est en cours de réalisation depuis octobre 2024. "Avec ce bilan carbone, nous souhaitons souligner l’aspect vertueux de notre modèle d’approvisionnement en circuit court, remarque Caroline Hennequin. Sur la base des résultats obtenus, un plan d’actions sera élaboré et des objectifs seront définis d’ici à la fin 2025 afin d’améliorer les aspects identifiés comme prioritaires sur l’ensemble de la chaîne de production."

Autre volet environnemental ouvert par Gendreau : les déchets. Sur le site de production, l’entreprise s’engage à recycler 95 % de ses déchets d’ici à 2028 et à réduire de 10 % sa consommation d’eau et de gaz sur la même période. En 2023, 87 % des déchets étaient déjà valorisés. Ces résultats s’appuient sur des investissements dans de nouvelles infrastructures, comme l’installation de systèmes de récupération d’eau des stérilisateurs et l’optimisation des réseaux énergétiques.

Valoriser le capital humain

Pêche à la sardine. Le groupe Gendreau défend la pêche locale, entre le sud de la Bretagne et le nord de l'Île de Ré, au large de la Vendée — Photo : Gendreau

La qualité de vie au travail est une autre priorité pour Gendreau, qui déploie des initiatives pour attirer et fidéliser ses talents. En 2023, l’entreprise a mis en place un service de navette pour ses salariés, des aides au logement pour les nouveaux arrivants, ainsi qu’un programme de formation ayant touché 68 collaborateurs. Ces efforts visent à renforcer l’engagement des équipes et à limiter le turnover. Caroline Hennequin ajoute : "Nous savons que la réussite de nos projets dépend de nos équipes. C’est pourquoi nous investissons dans leur bien-être et leur montée en compétences." L’objectif à cinq ans est d’atteindre un taux de satisfaction de 90 % sur la qualité de vie au travail et de réduire le turnover des salariés à moins de 10 % par an. Selon le rapport RSE 2023, il est aujourd'hui de 33,7 %.

Soutenir les associations locales

L’engagement sociétal de Gendreau se manifeste par son soutien aux associations locales, ses dons alimentaires et sa participation à des événements comme le "Printemps de la Sardine". En 2023, l’entreprise a reversé 7 000 euros aux sociétés de sauvetage en mer (plus de 154 000 euros en 8 ans) et distribué plus de 12 700 boîtes de sardines à des associations d’aide alimentaire, comme la Banque alimentaire, les Restaurants du Cœur ou le Secours Populaire. Gendreau bénéficie du label PME+, réobtenu en 2024, qui souligne notamment cet engagement sociétal.

Les défis d’un marché en mutation

Sardines, maquereaux, thons : le marché des conserves de poisson évolue rapidement. Les consommateurs privilégient des produits sains, locaux et responsables, et Gendreau répond à ces attentes ses sardines 100 % locales, mais aussi des emballages recyclables ou un taux de sel faible. Les boîtes de métal sont fabriquées par une entreprise bretonne, à Douarnenez... "Réussir dans ce contexte, c’est trouver un équilibre entre tradition et innovation, tout en restant fidèle à nos valeurs, affirme Philippe Gendreau. La réalisation de nos engagements RSE garantit non seulement notre réussite économique, mais donne également du sens à notre travail quotidien."

Une histoire familiale et vendéenne depuis plus de 120 ans

Le groupe Gendreau, fondé en 1903, s’est lancé dans la conserve de poisson dès 1906 — Photo : Gendreau

La conserverie Gendreau, emblème de l’industrie vendéenne de la conserverie, est le fruit d’une aventure familiale qui débute en 1903. Cette année-là, Eugène Gendreau fonde une conserverie artisanale à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, initialement dédiée aux conserves de viande. Dès 1906, il se tourne vers les produits de la mer en rachetant une usine spécialisée, amorçant ainsi l’orientation maritime qui façonnera l’identité de l’entreprise.

Après la Première Guerre mondiale, Eugène et son fils Edmond créent la Société Anonyme des Établissements Gendreau. Ils diversifient leur production avec des conserves de poissons, légumes et viandes, consolidant leur ancrage local grâce à l’emploi de nombreuses ouvrières issues du port voisin.

Dans les années 1950, Claude Gendreau, représentant de la troisième génération, décide de concentrer l’activité sur les conserves de poissons, notamment les sardines. Sous sa direction, la production est multipliée par cinq et le chiffre d’affaires par dix, positionnant Gendreau comme un acteur incontournable du secteur.

L’arrivée de Philippe Gendreau dans les années 1980 marque un tournant décisif. En 1994, il devient PDG et modernise l’entreprise tout en lançant des gammes innovantes, comme les plats cuisinés sous la marque "Cuisine d’Océane". La décennie suivante voit également l’obtention du premier Label Rouge pour les sardines de Saint-Gilles-Croix-de-Vie en 2001, une reconnaissance du savoir-faire familial.

En 2019, la conserverie crée "La Belle Alliance", une société d’armement maritime qui lui permet de maîtriser toute la chaîne de production, de la pêche à la mise en boîte. Aujourd’hui, avec quatre générations à sa tête, le Groupe Gendreau reste profondément ancré dans son territoire, employant 221 salariés et cuisinant des sardines 100 % locales.

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