Si le siège d’Ilex, mainteneur et fabricant d’ascenseurs, est basé à Antibes, c’est dans le département voisin du Var, dans son usine de Puget-sur-Argens, qu’il entamera en 2026 un nouveau chapitre de son activité.
Un vrai service de R&D
Dès les premiers jours de janvier, l’entreprise familiale y lancera l’industrialisation de sa propre téléalarme. "Ce boîtier connecté est né d’un projet étudiant avec l’école d’ingénieur Polytech à Sophia Antipolis, raconte Paul Georges, dirigeant toute juste trentenaire de la société. C’est de la vraie technologie qui permettra de dépanner et débloquer les personnes à distance, et à terme, de faire de la maintenance prédictive." Loin d’être un gadget, cette innovation permettra notamment de répondre à la disparition de la 2G et de la 3G au profit de la 4G dans les ascenseurs dès l’année prochaine.
L’entreprise possède même un service R & D dans lequel elle investit environ 500 000 euros par an, soit 1 % d’un chiffre d’affaires qui atteignait 54 millions d’euros en 2024. Chapeauté par Jean-Claude Georges, fondateur de l’entreprise en 1989, ce service est voué d’ici un an à devenir une start-up à part entière, filiale d’Ilex.
Du Made in France jusqu'en Afrique
Pour exister et continuer de croître face aux multinationales du secteur, l’ascensoriste a su ainsi créer ses propres atouts. Comme il l’a fait en se lançant dans le développement et la fabrication de ses propres armoires de télécommande. Ce sont elles qui permettent à un ascenseur de fonctionner non-stop sans intervention humaine, elles qui envoient par exemple l’ordre de mise en marche ou d’arrêt à un étage. Il en sort 300 chaque année de son usine varoise où travaillent 8 personnes. "C’était important pour nous de construire en France, reprend le dirigeant. Dans le métier, presque toutes les usines ont fermé, tout est fait en Espagne ou en Italie. Il n’y a plus qu’un seul gros fabricant indépendant, près de Lyon."
Ilex a commencé il y a peu à en vendre en Afrique de l’Ouest. Soutenu par un prêt de Bpifrance, Paul Georges y a identifié des débouchés et surtout des besoins. "Il n’y a pas là-bas de culture SAV. Ils ont le matériel, qui vient de Chine, mais pas de service après-vente. Il ne s’agirait donc pas seulement de vendre du matériel mais d’une vraie notion de partenariat, sur place, impliquant de la formation."
16 implantations en France
Pour l’heure, la fabrication ne compte que pour 10 % de son activité, 80 % étant assurés par la maintenance et la réparation des 13 000 appareils que gère Ilex. Sur la Côte d’Azur mais également dans toute la moitié sud du pays, ainsi qu’à Paris et dans l’Est. Le groupe compte désormais 16 implantations, qui fonctionnent "comme un réseau de PME, souligne Paul Georges. Chaque agence est autonome. Souvent, ce n’est pas moi qui décide mais le patron de l’agence qui a le pouvoir. Cela permet de ne pas perdre en réactivité." Ni en réactivité, ni en compétences que le jeune dirigeant définit comme "la clé" pour rivaliser encore et toujours avec les géants internationaux. "Peu importe que vous ayez la meilleure organisation ou les meilleurs prix, assure Paul Georges, ce qui compte est la compétence du technicien, car c’est lui qui trouve l’origine d’une panne. C’est ce qui fait la force directe d’Ilex : nos techniciens interviennent sur toutes les marques et connaissent donc différentes technologies, pas une seule et unique."
Pour attirer et conserver ces profils experts, et ainsi se démarquer, l’entreprise compte sur un management bienveillant, une valorisation des profils et des perspectives d’évolution. Ici, pas de travail à la chaîne — "un technicien gère 120 ascenseurs, contre 180 dans un grand groupe " -, pas d’objectifs financiers non plus, pas même pour les commerciaux, refusant de s’inscrire dans une logique financière à tous crins. "Les collaborateurs ayant un salaire et une charge de travail corrects, et sachant qu’on essaie d’avoir une bonne ambiance et de la solidarité, il n’y a quasi-pas de turnover, certains sont là depuis 10, 15 ou 25 ans. Tous mes directeurs viennent des grands groupes qu’ils ont quittés car ils y subissaient une trop forte pression financière. C’est aussi grâce à cela qu’Ilex a grandi et est désormais la plus grosse entreprise indépendante du secteur." Dans un métier perçu comme peu attractif et en pénurie de main d’œuvre, l’enjeu est de taille.
Des acquisitions dès 2026
En conservant toute cette philosophie qui a fait d’elle une ETI, l’entreprise veut désormais accélérer, notamment par le biais de nouvelles opérations de croissance externe. "Après une pause de trois ans, nécessaire car nous avions un peu de mal à suivre la croissance, nous voulons repartir sur un rythme d’une ou deux acquisitions par an." Et ce dès 2026. Certains projets, déjà dans les tuyaux, concernent des PME, sur d’autres territoires, dont les patrons s'apprêtent à partir à la retraite. "Beaucoup de sociétés préfèrent se vendre à Ilex plutôt qu’à un grand groupe", assure le dirigeant.