Le projet de rachat de l’éditeur lyonnais et hébergeur de données Ciril Group (500 salariés ; 10 sites en France ; 63 M€ de CA en 2023) par le fonds d’investissement américain Carlyle est scruté de près par Bercy. Le 1er août, le site L’Informé révélait que le fonds américain, qui gère quelque 450 milliards de dollars d’actifs, avait remporté la bataille pour l’acquisition du discret groupe fondé en 1978 et basé à Villeurbanne, près de Lyon.
Cette transaction, valorisée 525 millions d’euros, a été conclue à l’issue d’une enchère organisée par la banque d’affaires Hottinguer Corporate Finance. Enchère à laquelle ont participé plusieurs grands fonds français, dont Five Arrows Principal Investments, la branche d’actifs alternatifs de Rothschild & Co.
Une question de souveraineté nationale
Problème, le groupe lyonnais, reconnu pour ses solutions logicielles et son infrastructure hautement sécurisée (certification ISO 27001 et HDS), est fortement implanté auprès des collectivités locales françaises, offrant ses services dans des secteurs sensibles tels que la santé, les finances publiques et les services à la population. L’ETI lyonnaise est également opérateur d’un "cloud souverain". Autant d’activités que bon nombre de députés n’entendent pas voir partir outre-Atlantique.
"Le contrôle de Ciril Group par un acteur étranger pourrait exposer les données nationales à des risques liés à des législations extraterritoriales "
En tête, la députée LFI — NFP de la 6e circonscription de Paris, Sophia Chikirou, qui a alerté le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique Éric Lombard sur l’acquisition de Ciril Group par Carlyle.
"Le contrôle de Ciril Group par un acteur étranger, en particulier un fonds d’investissement américain, pourrait exposer les données nationales à des risques liés à des législations extraterritoriales telles que le Cloud Act américain, autorisant l’accès à des données sensibles par les autorités américaines sans contrôle de l’État français", explique-t-elle avant de mettre en garde le ministre. "Dans ce contexte, laisser se concrétiser une telle acquisition, en dépit des risques évidents pour la souveraineté numérique et la sécurité des données sensibles, pourrait constituer un manquement grave à l’exercice des fonctions de M. le ministre et relever, le cas échéant, d’une mise en cause devant la Haute Cour".
Vers une prise de participation de Bpifrance ?
Prise très au sérieux, cette alerte aurait donné lieu, selon Challenges, à l’ouverture d’une enquête par le Service de l’information stratégique et de sécurité économique (Sisse) qui dépend de Bercy. "Difficile de savoir, à ce stade, si le Sisse pourrait aller jusqu’à recommander l’annulation de l’opération. Mais ce service stratégique de Bercy devrait rendre son avis courant septembre", relate le média.
Pour rappel, en octobre 2023, sur avis du Sisse, Bercy avait bloqué la cession à l’américain Flowserve de Segault et Velan SAS, deux sociétés spécialisées dans la robinetterie nucléaire. Selon L’Informé, l’hypothèse d’une prise de participation de Bpifrance aux côtés de Carlyle est aussi à l’étude pour protéger les intérêts français dans cette opération.