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Le producteur d’énergie IEL ouvre son capital pour accélérer encore
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Le producteur d’énergie IEL ouvre son capital pour accélérer encore

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Le groupe IEL, qui installe et exploite des parcs éoliens et des centrales solaires photovoltaïques, a fait entrer dans son capital cet été une société d’investissement. Cet apport d’argent va lui permettre d’augmenter son portefeuille de sites de production mais aussi de se lancer sur les nouveaux marchés de l’énergie, comme la vente directe locale et l’auto-consommation collective.

IEL compte 17 parcs éoliens et 16 parcs photovoltaïques actifs dans le Grand Ouest. Ici le parc de Nieul-sur-l’Autise et Xanton-Chassenon, en Vendée — Photo : DR

En août dernier, l’installateur et producteur d’énergies éoliennes et solaires photovoltaïques IEL (28,7 M€ de CA en 2022, 90 collaborateurs) annonçait l’entrée dans son capital de la société d’investissement parisienne Infranity. Si le montant de cette arrivée au capital du leader régional dans son secteur n’a pas été dévoilé, elle va lui permettre, selon son président et co-fondateur, Loïc Picot, de franchir un nouveau cap. Ce qui n’est pas peu dire pour une PME qui grossit en moyenne de 20 % par an (et même 35 % attendus en 2023, à 35 M€ de chiffre d’affaires) et qui est passée de 50 à 90 salariés sur ces trois dernières années.

"Cette entrée va nous permettre d’accélérer sur notre portefeuille de projets", pointe celui qui conserve la majorité du capital de l’entreprise avec son co-fondateur, Ronan Moalic, vice-président. Chaque année, IEL se positionne sur quatre à six nouveaux projets d’une moyenne de 10 mégawatts (MW). Pour financer ces projets, elle doit apporter entre 10 et 20 % de fonds propres. "L’arrivée d’Infranity nous donnera l’opportunité de financer la totalité de notre portefeuille et donc de grossir en tant que producteur d’énergie", ajoute l’entrepreneur. Le reste du financement est généralement obtenu auprès des partenaires bancaires fidèles de l’entreprise : Banque Populaire Grand Ouest et Crédit Mutuel Arkéa.

Vers les achats d’énergie en direct

Cette activité de production et de vente d'électricité représente plus de la moitié du chiffre d'affaires de la PME briochine (16,3 M€ en 2022), dont les parcs éoliens et solaires photovoltaïques ont une puissance totale installée de 200 MW par an (à titre de comparaison, celle du parc éolien de la baie de Saint-Brieuc s’élève à 496 MW et devrait alimenter l’équivalent de la consommation électrique de 850 000 personnes). Ces sites sont amortis en une dizaine d’années, soit une rentabilité annoncée supérieure à 10 %. L’un des plus importants est une centrale solaire au sol en cours de construction dans la première couronne du Mans (Sarthe), pour un investissement total de 20 millions d’euros. "Elle sera la plus grosse de notre portefeuille."

L’apport d’argent va également autoriser l’entreprise, née à Lannion en 2004 et installée à Saint-Brieuc depuis 2010, à explorer de nouvelles voies de croissance. "Les marchés de l’énergie sont toujours en évolution", affirme le chef d’entreprise. "De plus en plus de consommateurs s’orientent vers l’achat d’énergie en direct, sans passer par les contrats avec les gros producteurs comme EDF. C’est un nouveau modèle économique, qui permet aux clients d’économiser 20 à 30 % par rapport à un contrat chez un gros producteur." Un nouveau modèle sur lequel IEL se positionne. "La vente en local, à des industriels ou des grandes collectivités nous intéresse. Le cadre réglementaire le permet. On démarre mais on plaide dans ce sens et nous sommes en discussion avec de gros acteurs industriels. Certaines pourraient aboutir début 2024."

Projets d’auto-consommation collective

Autre évolution du marché, des projets d’auto-consommation collective devraient voir le jour dès 2024, dont un à Pont-Saint-Martin (Loire-Atlantique). Il s’agit d’installations solaires photovoltaïques sur le toit d’une entreprise dont la production est partagée entre plusieurs PME proches, par exemple. Le projet de la Loire-Atlantique concernera ainsi quatre ou cinq sociétés.

Enfin, Infranity, qui avait été mis en concurrence avec d’autres fonds spécialisés dans le financement des infrastructures, va permettre d’assurer une veille technologique dans le domaine du stockage d’énergie. "On devra investir dans des structures de stockage comme des containers ou des petites stations pour lisser la demande", reprend le Costarmoricain. IEL attend une évolution technologique pour se lancer.

À côté de son activité de producteur d’énergie dans le grand Ouest, IEL possède trois filiales, dont deux sont dédiées à cette activité principale. IEL Développement est l’entité qui prospecte et développe les nouveaux projets. IEL Exploitation assure la maîtrise d’œuvre des gros projets et le suivi d’exploitation des parcs éoliens et des centrales solaires photovoltaïques. Les deux énergies se retrouvent quasiment à égalité dans le portefeuille des sites exploités. Mais l’énergie solaire est majoritaire pour les projets qui se développeront en 2024.

"Les cycles de réalisation dans le solaire sont plus rapides que dans l’éolien. Ils sont de deux à quatre ans pour les premiers, de cinq à huit ans pour les seconds", avance comme explication le diplômé, comme Ronan Moalic, de l’Insa Rennes. "Les deux énergies sont complémentaires. La saisonnalité est forte dans le solaire et si l’éolien est mieux réparti sur l’année, il y a toujours beaucoup de vent pendant l’hiver."

Une aventure à mener

La troisième filiale d’IEL, la seule qui n’est pas basée à Saint-Brieuc mais à Nantes, se révèle comme l’une des pépites du groupe. Créée en 2008, au moment où la réglementation s’ouvrait dans le domaine des toitures solaires photovoltaïques, IEL Études et Installations s’est spécialisée dans les installations pour les bâtiments des professionnels, au premier rang desquels les industriels et les acteurs de la grande distribution. Elle va représenter 15 sur les 35 millions d’euros de chiffre d’affaires attendus en 2023. Et se trouve en progression. "Le post-Covid et la guerre en Ukraine, avec la flambée des prix de l’énergie ont provoqué une prise de conscience", estime Loïc Picot.

Pour accompagner cette croissance importante de ses activités, le groupe IEL investit également dans les murs et les hommes. En 2022, des travaux d’extension de son siège briochin ont permis de porter sa surface à 350 m² et de réaménager les espaces, pour un coût global de 400 000 € HT. Cette année, la PME a investi 1,7 million d’euros hors taxe dans le nouveau local de 1 000 m² d'IEL Études et Installation à Pont-Saint-Martin. Toujours côté immobilier, le groupe a déposé un permis de construire en août pour construire un nouveau bâtiment de 350 m² derrière son siège briochin. L’édifice, qui coûtera 1,2 million d’euros hors taxe, abritera IEL Exploitation. Les travaux ont débuté en octobre.

Les deux fondateurs, qui se sont lancés dans l’entrepreneuriat comme dans "une aventure à mener", comme le confie Loïc Picot, ont vu leurs effectifs grimper au point de ne plus pouvoir connaître tous les prénoms de leurs collaborateurs. "Nous sommes à l’aise avec notre taille car nous avons bien structuré l’équipe dirigeante, avec notamment un directeur par filiale, qui sont toutes tournées vers le même projet d’entreprise : celui d’être un producteur régional d’électricité, reconnu par les acteurs économiques régionaux", souligne-t-il. "Nous avons fait le choix dès le début de nous limiter au grand ouest, pour être un acteur important dans un plus petit territoire plutôt qu’un petit acteur sur un grand territoire." Pari gagné puisque le groupe IEL est le premier producteur indépendant du grand Ouest, avec 17 parcs éoliens et 16 parcs photovoltaïques actifs. Il compte atteindre une puissance totale en exploitation de 500 MW à l’horizon de dix ans.

Saint-Brieuc # Production et distribution d'énergie # Investissement industriel # Investissement immobilier # Levée de fonds # PME