La localisation des centres de décision reste un facteur clé pour la dynamique économique du Finistère. C’est l’un des principaux enseignements de la nouvelle édition de l’observatoire des centres de décision pilotée par le réseau Investir en Finistère, présentée début mars à Landerneau, en présence de 150 chefs d’entreprise et dirigeants. Cette étude, réalisée tous les cinq ans, analyse l’évolution des entreprises dites "stratégiques", c’est-à-dire structurantes en matière d’emploi, d’innovation et de rayonnement.
Premier constat : le tissu d’entreprises stratégiques continue de s’étoffer. Leur nombre a progressé de 25 % entre 2020 et 2025. Elles sont au nombre de 918 contre 734 cinq ans plus tôt. Ces sociétés représentent désormais près de 40 % de l’emploi salarié privé, soit environ 89 000 emplois dans le département. Sur le long terme, l’observatoire recense plus de 10 000 emplois supplémentaires depuis 2012 dans ces entreprises.
L’ancrage local des décisions, moteur de l’emploi
L’étude met surtout en évidence le rôle déterminant de la localisation de la gouvernance des entreprises. Entre 2020 et 2025, les entreprises dont le centre de décision se situe en Finistère ont généré plus de 120 % de la croissance de l’emploi stratégique, compensant le recul observé dans les groupes à capitaux étrangers. Autrement dit, lorsque les décisions sont prises localement, les retombées économiques bénéficient davantage au territoire.
"Tant que les centres de décision sont ancrés, c’est une assurance de vitalité pour nos territoires."
"Tant que les centres de décision sont ancrés, c’est une assurance de vitalité pour nos territoires", souligne Jean-Jacques Déniel, président d’Investir en Finistère. Cette dynamique repose en partie sur l’innovation, portée notamment par des PME engagées dans des projets de recherche, des levées de fonds ou des collaborations au sein de pôles de compétitivité.
Brest et Quimper concentrent la croissance
L’observatoire met également en évidence des disparités territoriales. L’emploi stratégique reste fortement concentré dans les principales agglomérations du département.
Brest métropole et Quimper Bretagne Occidentale représentent ainsi à elles seules 78 % de la hausse récente de l’emploi stratégique.
Plus globalement, trois emplois stratégiques sur dix sont localisés dans la métropole brestoise. D’autres territoires, comme Landerneau-Daoulas, Quimperlé ou Concarneau, affichent également une dynamique positive, tandis que certains bassins ont été davantage exposés à des restructurations industrielles.
L’industrie agroalimentaire perd des emplois
C’est le cas notamment du bassin de Morlaix et plus spécifiquement du secteur de Landivisiau-Lampaul-Guimilliau, affecté par différents revers industriels ces deux dernières décennies (Gad, Jean Caby, Lampaulaise de Salaison…).
Entre 2012 et 2025, 2 643 emplois ont été perdus dans l’industrie agroalimentaire. L’IAA, avec des acteurs comme Eureden, Even et Bigard, demeure toutefois le premier pôle industriel du Finistère (14 000 emplois).
La tertiarisation de l’économie finistérienne se poursuit en parallèle. Le commerce de gros représente 14 % de l’emploi stratégique en 2025 ; les services aux entreprises, le BTP et le transport, 9 % chacun.
Un enjeu de transmission des entreprises
Au-delà de ces résultats, l’étude pointe un défi pour les prochaines années : le renouvellement des dirigeants. L’âge moyen des dirigeants d’entreprises stratégiques atteint près de 55 ans, avec une faible proportion de femmes à leur tête. Pour Jean-Jacques Déniel, la question de la transmission devient donc centrale. "Le vivier se restreint et cela va impliquer des concentrations accrues ou des disparitions d’activités faute de repreneurs". Dans ce contexte, Investir en Finistère entend sensibiliser les acteurs économiques à l’importance de maintenir les centres de décision sur le territoire, un levier jugé déterminant pour l’emploi et l’investissement à long terme.