David contre Goliath. C’est un peu l’écart qui existe entre Le Minor, l’entreprise centenaire (50 salariés et 4 M€ de CA), établie à Guidel, dans le Morbihan et les géants chinois de l’e-commerce comme Shein ou Temu. Pour le fabricant de vêtements marins, détenteur du Label Entreprise du Patrimoine et acteur du Made In France, les récentes annonces de l’arrivée de l’acteur de l’ultra fast fashion Shein au BHV et dans des magasins en France, sont à l’opposé de son approche.
Et cela interroge comme le confie Sylvain Flet, co-dirigeant du Minor avec Jérôme Permingeat : Mais comment fait-on pour résister aux attaques de l’ultra fast fashion et des fabrications étrangères ?
Défenseurs du Made In France à 100 % et fabricants bretons en Bretagne, les dirigeants de Le Minor n’entendent pas baisser à la garde et mettent justement en avant ces fondamentaux. Outre leurs collections made in Bretagne, ils ont aussi tissé des collaborations à l’instar de celle initiée avec Le Laboureur, l’entreprise textile bourguignonne.
La responsabilité du consommateur
Face à la percée de Shein en France au sein de boutiques, Jérôme Permingeat, co-dirigeant de Le Minor avec Sylvain Flet, évoque "le loup dans la bergerie" tout en pointant des responsables. "Le responsable pour moi, c’est le consommateur. Shein en France, c’est 25 millions de consommateurs qui achètent des produits à moins de 10 euros pour la plupart. Savent-ils que pour avoir un prix de revient il faut diviser le prix par cinq au minimum ? Savent-ils que des achats à ce prix ont un impact : celui de détruire directement des emplois en France", interroge Jérôme Permingeat.
La filière textile en danger
Le dirigeant, également président du Medef Morbihan, expose plus largement sa vision des choses. Il pointe une évolution qui ne date pas de la montée en puissance de Shein et des autres plates-formes chinoises. "Cela fait quarante ans que nous sommes baignés par la fast fashion. Nos grands-mères achetaient ou tricotaient un pull qui se transmettait aux enfants voire aux petits-enfants. Aujourd’hui, nous sommes dans une ère où l’on doit changer tout le temps de vêtements. La fast fashion a pris racine il y a plus de 40 ans", analyse-t-il.
Face à cela, les deux chefs d’entreprise s’interrogent sur les volontés politiques de sauver ou pas la filière textile française. "Cela représente 60 000 emplois en France. Quels actes forts montrent que l’on s’en soucie ? ", interroge Jérôme Permingeat.
La piste d’une exonération de TVA sur le Made in France
Au cœur d’enjeux économiques mondiaux avec des règles hétérogènes, il évoque l’exonération de TVA "sur des produits réellement manufacturés en France pour essayer de jouer à armes égales". Mais il désespère de voir des actes fort appliqués par les pouvoirs publics.
Les leviers d’une marque premium
Les vents sont donc contraires aujourd’hui. "Discutez avec un investisseur, un banquier et décortiquez avec lui un compte d’exploitation, il vous dira que vous n’avez aucun intérêt à faire fabriquer vos textiles en France", évoque le dirigeant. Mais lui et son associé ont fait d’autres choix. Celui de miser sur une marque et un positionnement premium. "Le Minor en est une et cela nous permet de perdurer ainsi que de dégager de la valeur ajoutée. C’est le cas avec nos manteaux, ils sont vendus 700 euros car ils les valent. Travailler la laine est un savoir-faire qui se paye", commente l’entrepreneur.
L’entreprise a aussi actionné d’autres leviers. À la distribution intermédiaire, via des boutiques multimarques par exemple, elle a privilégié la vente directe en boutique et via le digital.
L’e-commerce, inexistant en 2018 lors de la reprise, représente aujourd’hui 50 % des 4 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels. Concernant les boutiques physiques, outre Guidel et Paris, dans le sixième arrondissement, Le Minor ouvre deux nouveaux magasins à nouveau à Paris, rue de Truffaut et rue de Turenne.