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Comment les vêtements marins de Le Minor ont traversé les tempêtes
Lorient # Textile et mode # PME

Comment les vêtements marins de Le Minor ont traversé les tempêtes

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À Guidel, dans le Morbihan, Le Minor fait vivre l’un des derniers ateliers de maille 100 % made in France. Depuis 1922, l’histoire de cette référence textile du made in France s’écrit. La marque bretonne a su réunir nom patrimonial et outil industriel au fil de marinières iconiques et autres pulls marins pour préserver et transmettre un savoir-faire local.

Sylvain Flet et Jérôme Permingeat ont repris Le Minor en 2018 et la positionne comme une marque textile premium Made in France — Photo : Humery - Thomas Humery

Et si un jour, Kate Middleton, princesse de Galles, devenait l’ambassadrice de la marque textile Le Minor ? " Nous avons expédié à la cour d’Angleterre un manteau réédité à partir d’une pièce datant des années 70 dessinée par Courrèges. Nous trouvions qu’il symbolisait l’élégance à l’égal de ce qu’incarne la Princesse de Galles. Nous ne l’avons pas vue avec ce manteau encore… Mais qui sait ? ", dévoile Sylvain Flet, co-dirigeant de Le Minor à Guidel.

Au-delà du clin d’œil, l’initiative illustre l’ambition retrouvée de cette PME bretonne : faire rayonner depuis le Morbihan un savoir-faire intégralement français. Peu de maisons textiles peuvent en effet revendiquer une histoire aussi dense. Installée à Guidel, la marque figure parmi les derniers bastions de la bonneterie 100 % made in France, où chaque pièce est tricotée, confectionnée et finie sur place. Derrière ses pulls marins iconiques se dessine une trajectoire industrielle singulière, née de deux histoires longtemps parallèles : Le Minor à Pont-l’Abbé, marque patrimoniale, et la Manufacture Bonneterie Lorientaise (MBL), outil industriel de la maille.

Préserver des savoir-faire régionaux

L’histoire débute en 1936, lorsque Marie-Anne Le Minor fonde à Pont-l’Abbé une maison dédiée à la broderie d’art bretonne. Son ambition : préserver des savoir-faire régionaux menacés par l’industrialisation et l’uniformisation. " Le Minor, dès l’origine, s’inscrit dans une démarche de sauvegarde du patrimoine textile breton ", rappelle Sylvain Flet.

Au fil des décennies, la marque devient une référence culturelle, associée à une Bretagne exigeante et qualitative. Elle incarne un style, une identité forte et une certaine idée de l’élégance régionale.

MBL, de Lorient à Guidel, la fabrique de la maille

Une autre entreprise, la Manufacture Bonneterie Lorientaise (MBL) né, elle, dès les années 1920, fondée par une certaine Berthe Etui qui installe à Lorient un atelier de tricotage. Femme cheffe d’entreprise dans un univers très masculin, elle pose les bases d’un véritable savoir-faire industriel. L’atelier se spécialise dans la maille jersey, robuste et fonctionnelle, destinée aux marins et aux travailleurs du littoral breton.

Dans les années 1950, Juliette Corlay, chef d’entreprise lorientaise, qui a débuté en vendant sur des marchés, reprend l’entreprise de Berthe Elui. Après un incendie qui manque de tout compromettre, elle renégocie les dettes et installe l’usine à Guidel, où elle structure et modernise la production. Sous sa direction, MBL connaît son apogée dans les années 1970, avec jusqu’à 250 salariés produisant pulls marins, tricots de travail et vêtements utilitaires, notamment pour la Marine nationale.

De MBL à Le Minor

Le rapprochement s’opère lorsque MBL a l’opportunité de reprendre la marque Le Minor suite à la vente de la société finistérienne en 1982. Le rachat de cette marque avec une belle notoriété lui permet de faire coup double : avoir un nom plus vendeur que MBL et des produits phares à l’image du kabig, le manteau de laine que les vacanciers parisiens plébiscitent.

MBL devient donc Le Minor. Pas de quoi échapper à la désindustrialisation des années 1980 qui fragilise toutefois l’ensemble du secteur. Comme beaucoup d’ateliers français, l’entreprise subit la concurrence internationale et la délocalisation progressive de la production textile.

En 1987, en pleine crise, Le Minor est reprise à la barre du tribunal par la famille Grammatico. Après le décès accidentel de Jean-Luc Grammatico, sa sœur Marie-Christine est propulsée à la tête de l’entreprise. Elle affronte un secteur sinistré, stabilise l’activité et préserve les emplois. Elle développe notamment le marché japonais, qui représentera jusqu’à 90 % du chiffre d’affaires, en misant sur l’authenticité d’une fabrication française totalement intégrée.

2018, un nouveau chapitre industriel

En 2016, Sylvain Flet et Jérôme Permingeat découvrent l’atelier pour une collaboration avec leur marque Le Flageolet axée sur des nœuds papillons fabriqués en France. L’année suivante, Marie-Christine Grammatico les contacte et leur confie chercher un repreneur avec une exigence claire : " Je veux que tout le personnel soit repris et que la marque renaisse en France. "

Ils finalisent l’acquisition en 2018. L’entreprise compte alors 23 salariés pour 1,6 million d’euros de chiffre d’affaires. Le défi est double : sécuriser l’activité et préparer l’avenir.

Depuis, la transformation est engagée. Modernisation des machines, amélioration de l’ergonomie, agrandissement du parc de tricotage : l’atelier de Guidel redevient le cœur stratégique du projet. Avec une moyenne d’âge de 58 ans des salariés au moment du rachat, la transmission des savoir-faire devient prioritaire. " Un savoir-faire en maille, c’est trois ans de transmission ", souligne Sylvain Flet.

Cap sur une marque premium française

Côté commercial, Le Minor sécurise d’abord ses clients japonais, dont les commandes progressent de 30 %, avant de réduire sa dépendance à un seul marché. La marque relance sa visibilité en France, développe fortement l’e-commerce et modernise ses boutiques, bénéficiant d’un effet d’accélération pendant la crise sanitaire.

Symbole du renouveau, le magasin d’usine de Guidel passe de 18 000 euros de chiffre d’affaires en 2018 à près d’un million d’euros aujourd’hui, devenant une destination à part entière pour les amateurs de made in France. L’entreprise emploie désormais 50 salariés et réalise 4 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Son objectif : s’imposer comme une marque premium française, fondée sur un atelier vivant à Guidel, une production intégralement made in France et une vision industrielle de long terme. " Le Minor a une âme, et cette histoire passionne autant les collaborateurs que les clients ", conclut Sylvain Flet.

Lorient # Textile et mode # PME # Made in France