La valorisation de 2CRSi (environ 400 salariés, plus de 200 M€ de chiffre d’affaires) a franchi le milliard de dollars en avril 2026. Comment expliquez-vous cette progression ?
La valorisation reflète la dynamique de marché, mais notre réalité reste avant tout industrielle. Nous sommes sur un marché sous tension, avec une demande largement supérieure à l’offre.
Ce n’est pas uniquement lié à l’intelligence artificielle. Le contexte géopolitique joue aussi, notamment sur les besoins en équipements militaires. Nous produisons des serveurs pour les simulateurs de vol depuis longtemps, et aujourd’hui nous en livrons plus que jamais. L’introduction de l’IA dans ces usages est un facteur d’accélération très important.
On observe aussi un intérêt croissant d’investisseurs particuliers, notamment dans le Grand Est, qui ont accompagné la remontée du titre ces derniers mois. Le milliard de dollars de valorisation en Bourse, ce n’est qu’une étape.
Vous avez relevé vos ambitions à plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2027. Sur quelle base de comparaison repose cette trajectoire ?
Nous avons une dynamique commerciale très forte et un carnet de commandes élevé, dont un contrat de 290 millions d’euros. Mais il ne faut pas se tromper : nous n’en sommes qu’au début.
Cette croissance repose sur plusieurs piliers : la vente de serveurs, le développement des services avec 2CRSi Cloud Solutions (des prestations d’hébergement, d’intégration et d’exploitation) et les projets d’infrastructures, notamment les "AI factories", c’est-à-dire des centres de calcul dédiés à l’intelligence artificielle (et le projet du consortium AEther).
Ce sont des projets structurants, mais qui prennent du temps et dépendent aussi de facteurs externes, comme l’accès à l’énergie ou les décisions publiques. À titre indicatif, quelques mégawatts de capacité installée représentent aujourd’hui de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars d’investissement.
Vous affichez un EBITDA de 9,6 millions d’euros pour près de 205 millions d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2025-2026. Comment évolue votre modèle économique ?
Notre métier est en train d’évoluer. Nous restons fabricants de serveurs, mais nous développons des services autour du déploiement et de l’exploitation d’infrastructures d’IA.
Ces activités offrent des niveaux de marge plus élevés, car elles reposent davantage sur de l’ingénierie que sur l’achat de composants. À l’inverse, la vente de serveurs dépend fortement du coût des GPU, des processeurs et de la mémoire, en forte hausse dans un contexte de pénurie.
Nous visons environ 36 millions d’euros d’EBITDA sur l’exercice, pour un chiffre d’affaires attendu en forte progression. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de croissance très rapide, avec un chiffre d’affaires multiplié par près de dix au premier semestre de l’exercice 2025-2026 par rapport à la même période de l’exercice précédent.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins à votre développement ?
Le marché reste très contraint. Il y a des tensions sur les composants, avec des hausses de prix et des délais variables. Il y a aussi des enjeux d’infrastructures, notamment l’accès à l’énergie pour les data centers.
Nous avons également renforcé nos conditions commerciales, en sécurisant les commandes en amont, notamment via des acomptes, pour limiter les risques liés aux fluctuations de marché. Mais globalement, la demande reste largement supérieure à l’offre.
Votre croissance repose fortement sur l’IA et sur des technologies soumises à des contraintes réglementaires. Est-ce un risque ?
C’est une contrainte, mais aussi une barrière à l’entrée.
Aujourd’hui, les technologies comme celles de Nvidia sont centrales, notamment parce qu’elles sont compatibles avec les réglementations ITAR, qui encadrent l’export de technologies sensibles, notamment à usage militaire.
Dans ce cadre, certaines livraisons nécessitent des autorisations de plusieurs juridictions de différents pays, selon l’origine des composants ou la destination finale. Tous les concurrents ne sont pas en mesure de gérer cette complexité. Cela peut ralentir certains projets, mais cela renforce aussi notre positionnement.
Le marché de l’IA est parfois décrit comme une bulle. Partagez-vous cette analyse ?
S’il y a une bulle, elle est plutôt du côté des marchés financiers. Sur le plan industriel, nous sommes dans une situation de pénurie.
Il n’y a pas assez de puces, pas assez d’infrastructures, pas assez d’énergie. On est encore au début du cycle. La demande est là et elle devrait continuer à croître, notamment avec les évolutions à venir autour de la robotique et des usages industriels de l’IA.