Pour ses 60 ans, le Groupe Renaudi ne peut pas afficher son plus beau chiffre d'affaires. "Les Travaux Publics ont été moins secoués que le Bâtiment mais nous sommes en baisse, confie Philippe Renaudi. Nous allons avoir une rentrée pénible avec moins d'investissements des collectivités, un tarissement des ressources." L'exercice annuel devrait ainsi se clôturer à 39 millions d'euros, contre 42 millions pour le précédent.
Des jours meilleurs reviendront. Il le sait, le BTP subit des cycles. Et le groupe en a connu des soubresauts. "Le Covid et ses deux mois de fermeture", répond spontanément le président du groupe. "Les événements de 1968", pour son père, Antoine, à l'origine du Groupe avec la création en 1964 de TAMA, Transports Alpins Matériaux Agglomérés. L'entreprise aux camions jaunes (ils le sont restés) opère dans le terrassement et n'a alors pas 10 salariés. Le Groupe en emploie aujourd'hui 250.
De l’aéroport de Nice aux routes du bord de mer
Diplômé de l’École Spéciale des Travaux Publics de Paris, Philippe travaille en 1984 dans une filiale de SAE devenue groupe Eiffage qui "six mois après mon arrivée rachète une société aux États-Unis, se souvient-il. Le directeur me propose d’y aller, avec un contrat de quatre ans." Mais son père lui fait comprendre qu’il a besoin de lui sur la Côte d’Azur. L’aventure américaine ne se fera pas et le jeune ingénieur rejoint la société familiale jusqu’à occuper le fauteuil de président en 1996 lorsque le fondateur prend sa retraite.
L’année suivante, TAMA, en groupement avec ses confrères azuréens, signe son premier chantier d’envergure : la réalisation de la piste nord de l’aéroport de Nice sur 2 700 mètres de long. Puis ce sera la construction de la pénétrante du Paillon à Nice, 2 kilomètres de chaussée en remblai dans le lit majeur de la rivière, l’hôpital de l’Archet de Nice, le bord de mer de Menton, Cagnes-sur-Mer ou Cannes-la-Bocca.
Des acquisitions territoriales
Au-delà des terrassements, l’entreprise étoffe ses activités via, l’année de ses cinquante ans, l’acquisition de la société CEFAP (travaux de voirie et de revêtement de chaussées). Il y avait déjà eu celle d’EMGC à Menton en 1997, dans les ouvrages d’art et le génie civil, avant celles de Roatta et de Brosio et de la société monégasque SMC (détection et contrôle vidéo des réseaux enterrés) en 2017.
Reconstruire la Vallée de la Roya
Dans l’histoire du Groupe Renaudi, il est un chantier exceptionnel : le 2 octobre 2020, la Tempête Alex s’abat sur les montagnes maralpines, faisant dix morts, huit disparus, 13 000 sinistrés et des dégâts évalués à près d’un milliard d’euros. Dès le lendemain, le conseil départemental des Alpes-Maritimes confie au groupe la reconstruction de la Vallée de la Roya. Il sera accompagné de 6 partenaires et d’une vingtaine d’entreprises locales sous-traitantes. Anthony Renaudi, ingénieur travaux et fils de Philippe, mène ces opérations inédites qui s’étendront sur près de 40 kilomètres et sur deux ans.
De la diversification dans les ports
Dans les crises ou les projets d’envergure, c’est sur la Côte d’Azur, Monaco y compris, que le groupe Renaudi a toujours choisi de mener ses activités. Il y a bien la création en 2022, de la Société de Mesures Corse (SMC), dans la détection, et le contrôle vidéo des réseaux enterrés, "mais c’est de l’ingénierie, pas des travaux publics", précise Philippe Renaudi. Car pas question pour lui d’aller trop loin. Ni géographiquement, ni en matière d’activités.
Investi successivement dans de nombreux mandats (il est président de la CCI Paca et membre statutaire du Medef), le patron de 61 ans, se libère peu à peu de la gestion et de l’exploitation du groupe, mais il garde les rênes de la stratégie. Et celle-ci passe par de la diversification. "Uniquement dans des métiers cousins du nôtre, souligne-t-il. Je ne me sens pas d’aller dans la restauration ou l’hôtellerie, ce n’est pas notre métier." Contrairement à la gestion des ports de plaisance à laquelle il s’intéresse de plus en plus, examinant avec attention les délégations de service public (DSP), "aujourd’hui dans les Alpes-Maritimes, et à terme dans le Var et dans les Bouches-du-Rhône. Nous sommes en train de recruter en conséquence sur le développement, des profils qui ont de vraies compétences. Et gérer des ports dans lesquels il faut effectuer des travaux et des aménagements, c’est vraiment ce que l’on connaît. "
Une passion perpétuée
Un savoir-faire qui se perpétue avec la troisième génération du nom. Fin 2023, Philippe Renaudi annonce officiellement au personnel la transmission. Quelques semaines plus tard, Clémence devient directrice générale administrative et financière, son cadet Anthony, directeur général, sa sœur Morgane, directrice de la communication et du marketing. "Il ne nous a pas du tout obligés", assure Clémence, tout juste trentenaire en évoquant son père. "Il y a un peu plus de dix ans, un grand groupe m’a contacté avec une offre d’achat, confie Philippe Renaudi. Mais j’ai d’abord voulu discuter avec mes enfants. Ils m’ont dit alors qu’ils voudraient reprendre." Après leurs études, école de commerce pour l’une, école d’ingénieur pour l’autre, voilà qui est chose faite.
La mission impossible du recrutement
Les voici donc depuis le début de l’année à la tête de la holding où les attendent des problématiques que leur père ni leur grand-père n’avaient connues. À commencer par le recrutement. "Impossible de trouver un chef de chantier, un soudeur, un maçon, un topographe, énumère Philippe Renaudi, c’est catastrophique. Ces deux dernières années, nous avons même dû refuser des chantiers par manque de personnel. Nous formons au maximum en interne."
Autre enjeu, celui de la RSE. Clémence Renaudi est à la manœuvre et détaille volontiers les mesures prises pour verdir les flottes de camions ou rendre plus durable la consommation énergétique des bâtiments, du siège aux bases vie des chantiers. Quant au volet social, cela fait 60 ans ou presque que se pratique la RSE en interne, les repas, les fêtes, les challenges façon Koh Lanta ou courses de caisses à savon, entre dirigeants et salariés. Un esprit de famille qui perdure.