À Panjas, petite commune du Gers (400 habitants) à la lisière des Landes, Le Domaine de Joÿ (20 collaborateurs, dont 14 permanents, CA 2024 : 3,20 M€) se lance dans l’œnotourisme. Cette entreprise familiale de viticulture a investi 600 000 euros pour se doter d’un bâtiment flambant neuf de 800 m2, qu’elle consacre au stockage et à la distillation de l’Armagnac et, qui comporte une salle de 120 m2, équipée d’un espace traiteur, pouvant accueillir une centaine de convives à table.
171 hectares de vigne
La famille Gessler, propriétaire des lieux depuis quatre générations, ouvre les portes de sa cave au grand public pour un parcours à travers ses 40 cuves en fibre de verre et sa chaîne d’embouteillage, jusqu’à l’incontournable séance de dégustation. Les plus curieux peuvent même participer, selon la saison, à la taille des vignes, aux vendanges, à l’élevage des vins ou à la distillation de l’Armagnac. Fort de ses 171 hectares de vigne, auxquels s’ajoutent 10 hectares en bio, Le Domaine de Joÿ produit une gamme diversifiée de vins des Côtes de Gascogne, de Floc de Gascogne blanc et d’Armagnac. Engagé dans une viticulture responsable, il a décroché la certification Haute Valeur Environnementale en 2019.
“Nous vendons 1 million de bouteilles de vin chaque année et entre 15 000 et 20 000 bouteilles d’Armagnac, situe Vanessa Gessler, responsable marketing et communication, qui pilote le domaine en compagnie de son père Olivier et de son frère Kevin (en charge de la vinification et de la partie commerciale). Nous réalisons 70 % de notre chiffre d’affaires en France, chez les cavistes, les restaurateurs et dans les réseaux traditionnels, mais pas en grande distribution, et 30 % à l’export, où nous sommes portés par le vin aux États-Unis et l’Armagnac. Nous voulons aujourd’hui développer l’export où nous nous confrontons à des marchés difficiles. Nous essayons de cibler des marchés émergents, comme la Côte d’Ivoire par exemple. Nous sommes récoltants, ce qui signifie que nous gérons tout, depuis la plantation du pied de vigne jusqu’à la commercialisation de nos produits, en passant par notre propre mise en bouteille. C’est une force et une fierté pour nous.”
Le premier cépage : du Noah
Le Domaine de Joÿ, c’est aussi une histoire familiale centenaire lancée par Paul Gessler dans les années 1920. “Mon grand-père Paul Gessler, fils de pasteur, était originaire du canton de Bâle, raconte Olivier Gessler, 65 ans. Il était passionné par la nature et l’agriculture mais il ne pouvait pas louer ou acheter une exploitation en Suisse. Or, après la Première Guerre mondiale, la France souffrait du manque de main-d’œuvre. Alors, il est arrivé dans le Gers en 1922. Il a d’abord été métayer et, en 1925, il a eu l’opportunité d’acheter le Domaine de Joÿ. Cette exploitation faisait à l’époque environ 21 hectares mais la terre était très peu travaillée. C’était une vie difficile. Il a commencé par semer un peu de blé…”
Il plante son premier hectare de vignes en 1928, du cépage Noah, et le renforce en 1932. Six ans plus tard, il sème les graines de ses premiers cépages pour la distillation de l’Armagnac, qui intervient en 1942. Avec son épouse Marguerite, elle-même fille de parents suisses installés dans le Sud-Ouest lors de l’entre-deux-guerres, qu’il rencontre au culte du dimanche, il a quatre garçons, dont André Gessler, 96 ans aujourd’hui. Celui-ci reprend les rênes du domaine dans les années 1950. Et il épouse Véronique, toujours d’ascendance suisse.
André Gessler, précurseur sur les vins de qualité
“C’est lui qui a été le précurseur sur les vins de Côte de Gascogne de qualité, explique son fils Olivier. L’idée était de valoriser le produit en le vendant en vrac. Il vendait dans une cave, et aussi parfois des céréales à la coopérative. Mais c’était difficile de joindre les deux bouts.” Au début des années 1980, Olivier Gessler et son frère aîné Roland prennent la suite de l’affaire et, pour la première fois, lancent la production de vin en bouteille. “Nous avons investi, nous avons agrandi le chai pour pouvoir faire la vinification, nous avons développé un réseau commercial”, résume-t-il. Après une trentaine d’années en commun, les deux frères se séparent. Olivier rachète les parts de Roland et dirige depuis lors le Domaine de Joÿ avec son fils Kevin et sa fille Vanessa qui, comme lui, possèdent la double nationalité franco-suisse.
“Entre 1991 et 2020, nous n’avons eu que des bonnes années, mais depuis 4 ans, la viticulture souffre, indique Olivier Gessler. La situation économique mondiale est compliquée et nous devons affronter les effets du changement climatique. Nous enregistrons en 2024 une chute de 9 % de notre chiffre d’affaires. Mais nous restons optimistes et nous nous battons. Nous avons réussi à former une équipe de collaborateurs, dont une œnologue à plein temps, qui sont tous très liés les uns aux autres et nous cultivons notre esprit familial. En les responsabilisant et en nous entourant de personnes de qualité, nous sommes arrivés à faire des produits de qualité. L’offre d’œnotourisme que nous lançons fait partie des pistes de diversification de nos activités auxquelles nous pensons pour garder le cap.”